Prison à vie pour avoir confectionné la bombe de l’aéroport d’Alger


UN DES DERNIERS éMIRS DE LA PHALANGE TERRORISTE EL AHOUAL DEVANT LE JUGE

Après deux renvois, le procès de Rabah Guettaf, l’un des derniers émirs de la phalange terroriste Al Ahoual, activant au centre du pays, s’est ouvert hier devant le tribunal criminel de Dar El Beïda, à Alger.

Agé de 73 ans, natif d’El Harrach, Guettaf fait son apparition au box, les mains menottées, quelques minutes avant l’entrée de la présidente du tribunal et de ses deux assesseurs (femmes). Arrêté en 2005, entre Chlef et Aïn Defla, lors d’une embuscade au cours de laquelle il a été blessé, Guettaf a été jugé et condamné à la peine capitale pour plusieurs opérations terroristes, avant qu’il ne se pourvoit en cassation contre la même peine, qu’il a écopée par contumace, pour son implication dans l’attentat contre l’aéroport d’Alger, le 26 août 1992, qui avait fait 9 morts et 128 blessés. Hier, les parties civiles, les ayants droit des 9 victimes décédées et de 17 blessés, n’étaient pas présentes.

Guettaf se dit «convaincu» et «sans regret» de son long parcours dans les rangs des groupes armés, depuis le MIA (Mouvement islamique armé) dirigé par Mustapha Bouali, entre 1982 et 1987, jusqu’à Al Ahoual, en passant, par d’autres phalanges de la mort et ayant côtoyé de nombreux dirigeants du parti dissous. Après lecture de l’arrêt de renvoi, la présidente lui cite les chefs d’accusation : «incitation au port d’armes contre l’Etat», «atteinte à l’unité nationale», «constitution de forces armées», «propagation de meurtres et de destruction», «direction d’un gang armé», «confection et détention d’engins explosifs», «destruction de bâtiments publics», «non-dénonciation de vols avec préméditation», «création d’association de malfaiteurs», «assistance à une association de malfaiteurs», «dissipation de criminels» et «détention d’armes à feu». L’accusé déclare avoir déjà été condamné à mort, pour les mêmes griefs, mais la juge précise : «J’ai ici les déclarations de Rachid Hechaichi, Hocine Abderrahim, Saïd Soussene, Mansouri Meliani, Djamel Laskri, qui vous citent comme étant celui qui a confectionné la bombe de l’aéroport.»

Silence

Guettaf garde le silence. La juge l’interroge sur son enrôlement dans les rangs des groupes armés. «J’ai rejoint le MIA, de Bouayali, en 1983. J’étais sous ses ordres», dit-il en affirmant qu’il n’a pas de «culture religieuse», mais «je lis beaucoup les informations sur le djihad. On voulait instaurer un Etat islamique». Parmi ses anciens compagnons, Guettaf cite Mansouri Meliani, Abdelkader Chebouti, tous décédés. Il nie avoir commis d’actes terroristes en disant : «Ce sont eux qui passaient à l’action, pas moi. J’étais avec eux, mais je n’intervenais pas», avant d’évoquer l’attaque menée contre l’école de police de Soumaa à Blida, début de l’année 1990. «Après la mort de Bouayali, je suis resté avec Meliani et Chebouti. On s’est dit qu’avec le Fis, on pouvait instaurer l’Etat islamique. Il y avait de nombreux dirigeants et chacun avait son idée. Mais le pouvoir ne voulait pas entendre. Il ne comprend que le son des balles, comme le disait à l’époque Mohamedi Saïd, qui était un responsable de l’ALN». La présidente : «Qu’avez-vous fait ?» L’accusé : «Une contre khota (plan).» La juge : «Vous avez fait des victimes ?» L’accusé : «Même en allant défendre le pays, il y aurait eu des victimes. Il y avait trop de divergence entre les dirigeants du FIS, même s’ils auraient pris le pouvoir, il y aurait eu des victimes.» La présidente le ramène à la réunion de Zbarbar, à Lakhdaria. «Qu’avez-vous décidé ?» L’accusé refuse de répondre. La juge revient à l’attentat de l’aéroport et Guettaf répond : «J’ai été arrêté en 2005. Je suis resté 4 mois à Blida, chez les services. Je n’ai subi aucun mauvais traitement. J’ai avoué tout ce que j’ai fait et à aucun moment, ils ne m’ont parlé de cette affaire d’explosif, jusqu’à 2014. J’ai passé 15 ans dans les rangs des groupes armés. J’ai pris ma retraite avec eux. Nous avions un atelier de bombes, mais je n’ai jamais confectionné d’engins. Said Soussene et Hocine Abderrahim avaient leur propre organisation. Ce sont eux qui m’ont cité dans l’affaire.»

La présidente lit certains procès-verbaux d’audition qui impliquent l’accusé dans la confection de la bombe sur ordre de Hocine Abderrahim. Guettaf nie et précise : «Il était d’un côté et moi de l’autre.» La présidente : «Parlez-nous de la réunion secrète de Mohamadia, à Alger, avec Djaafar El Afghani et d’autres responsables, où le choix de l’aéroport d’Alger comme cible a été décidé.» Guettaf persiste à nier les faits. La juge : «Il y a trop de détails pour être un mensonge. Connaissez-vous Rachid Hechaichi le pilote ?» L’accusé affirme que ce dernier est une de ses connaissances, mais persiste à rejeter les faits, en clamant à chaque fois : «Je ne faisais pas partie de leur organisation. C’était plus facile de me coller cette accusation. A la réunion de Zbarbar, nous n’étions pas d’accord. Chaque groupe est reparti seul. Il n’y a pas eu consensus.» Guettaf perd le contrôle ce qui a suscité le rappel à l’ordre de la présidente. «Vous êtes trop nerveux. Comment faisiez-vous au maquis lorsque quelqu’un vous contredisait ? Vous le tuez ?» L’accusé : «Si j’avais confectionné cette bombe, les services qui m’ont arrêté l’auraient ajouté à mon dossier. J’ai été au maquis avec Bouayali. J’ai continué parce que je suis convaincu de mon idée et je n’ai pas de regret.» La juge donne la parole au procureur général, qui revient dans son réquisitoire sur le groupe qui a commis l’attentat contre l’aéroport, en disant : «Déjà lors de la réunion de Zbarbar, la décision de mener des opérations terroristes avaient été déjà prises en 1992, les mêmes Mandouri Meliani, Abdelkader Chebouti, Guettaf et d’autres qui étaient dans le MIA de Bouayali, ont tenu une autre réunion secrète à Mohamadia, à Alger, pour choisir la cible et désigner les auteurs. Guettaf a été chargé de confectionner la bombe.» Il cite certains aveux qui enfoncent l’accusé, puis requiert la peine de mort.

L’avocat de l’accusé, Me Mohamed Hachemi, tente de casser l’accusation, en rappelant que son mandant l’accusé «ne descendait pas en ville. Il activait dans les maquis. Il ne pouvait pas être avec Hocine Abderrahim. Il active avec le groupe, mais il n’est pas concerné par l’attentat de l’aéroport, commis par un autre groupe».

Après délibéré, le tribunal prononce la peine de prison à perpétuité et un million de dinars, contre l’accusé. 


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