Poursuivi pour «atteinte au moral de l’armée» et «outrage à corps constitué» : Lakhdar Bouregaâ placé en détention préventive


Le moudjahid et militant politique Lakhdar Bouregaâ, interpellé samedi à Alger, a été placé, hier, sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du tribunal de Bir Mourad Raïs, a annoncé un communiqué du procureur de la République, A. Zerouk, près le même tribunal, cité par l’agence APS.

L’ex-commandant de la wilaya IV est poursuivi pour «atteinte au moral» de l’armée et «outrage à corps constitué», selon la même source.

Lakhdar Bouregaâ a été embarqué par les services de sécurité, samedi, vers une destination inconnue. Sa famille, encore sous le choc, dénonce une arrestation extrajudiciaire. «Vers 14h, deux hommes, à bord d’une voiture banalisée de marque Kangoo, se sont présentés au domicile familial en tant qu’agents de sécurité. Ils ont demandé après mon père qui dormait à l’intérieur de la maison. Il a été embarqué, sans violence ni pression, seulement vêtu de sa gandoura et de ses savates, vers une destination inconnue», a confié Mohamed Bouregaâ, son fils aîné, qu’El Watan a rencontré au domicile familial, à Hydra, sur les hauteurs d’Alger.

A ce moment, la famille ignorait ce qui s’était passé et ce sont les voisins et les jeunes du quartier qui l’ont alertée. «Nous avons essayé de le joindre sur son téléphone, en vain. Après une ou deux heures, nous avons pu le joindre via son téléphone. Il nous a dit qu’il était dans un centre des services de sécurité, mais ignorait l’endroit où il se trouvait», a-t-il ajouté.

L’état de santé de l’ancien moudjahid, âgé de 86 ans, inquiète aussi sa famille et ses proches. «Il a récemment subi une opération chirurgicale pour des problèmes de prostate.

Il a également subi par le passé une ablation partielle de l’estomac, en plus des soucis de tension artérielle», a noté Mohamed Bouregaâ. La famille est convaincue que la mise sous mandat de dépôt de Bouregraâ est liée à ses positions politiques hostiles au régime en place. «Mon père est un homme de principes. Il affichait publiquement ses positions politiques critiques envers le système et militait pour le changement. Ceci a dérangé le régime. Il n’y a pas de doutes», a estimé son fils aîné.

Lakhdar Bouregaâ avait déclaré récemment que le pouvoir a «déjà le nom du futur président de la République et cherche un moyen pour le légitimer». Pour Mountasser Oubetroune, un ami de la famille, l’ancien commandant de la Wilaya IV paye le prix de ses prises de position en faveur du changement politique. «Bouregaâ a écrit un livre intitulé Témoin de l’assassinat d’une révolution. Aujourd’hui, il ne veut pas être un témoin de l’assassinat de la révolution du 22 février.

Il a toujours estimé que le régime est illégitime depuis 1962 et que la volonté du peuple a été confisquée. Avec la révolution, étant honnête avec lui-même et l’histoire, aâmi Lakhdar a continué à défendre ses positions et s’est joint au mouvement populaire demandant le changement du système. C’est pour cette raison qu’il a été arrêté», a dénoncé notre interlocuteur. Selon lui, Bouregaâ, qui militait afin que les jeunes puissent décider de leur propre avenir, demeure populaire parmi les jeunes générations. «Bouregaâ a toujours insisté sur la nécessité de préserver l’armée en tant qu’institution moderne.»

Un collectif d’avocats s’est déjà constitué dans lequel figure Mustapha Bouchachi pour défendre l’ancien fondateur du FFS. «Nous allons soumettre une demande de libération provisoire. J’espère que les hautes autorités du pays prononceront la bonne décision», a conclu son fils aîné.

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