Poursuite de la répression contre le mouvement populaire : La guerre d’usure


l’ombre de la révolution, la répression. Face à l’insurrection citoyenne en cours dans le pays, le pouvoir aura employé tous les procédés et mobilisé tous les moyens en sa possession pour mettre fin à la révolution démocratique. Des techniques de manipulations «soft» jusqu’aux méthodes brutales. Une stratégie globale d’anéantissement a été mise en marche dès le départ des grandes mobilisations opposées au 5e mandat de Abdelaziz Bouteflika.

Ce dernier n’a pas tenu longtemps devant le puissant ouragan populaire. Dans sa chute, il a entraîné une grande partie de son équipage. Mais depuis, l’insurrection est confrontée à une forte résistance des héritiers du pouvoir du Président déchu qui déploient toute leur puissance pour sonner la «fin de l’histoire».

Soumission des médias et pressions contre d’autres, tentatives de neutralisation des figures politiques les plus critiques, répression policière chaque vendredi dans la capitale et surtout emprisonnement des citoyens en invoquant des motifs aussi fallacieux qu’illégaux. Le tout est escorté d’une campagne de propagande médiatique pernicieuse savamment inspirée. Désinformation, persécution et lynchage sont érigés en ligne éditoriale.

A l’esprit joyeux et bienheureux qui caractérise le mouvement insurrectionnel, le pouvoir oppose des démarches viles et malsaines qui ont pour objectif de provoquer des dissensions dans les rangs du mouvement populaire. Les manœuvres de diversion n’ont jamais été aussi utilisées comme en ces mois qui ébranlèrent l’Algérie.

En instillant dans le débat qui accompagne la dynamique citoyenne des «thématiques» clivantes, les décideurs forts de leur relais politico-médiatiques s’emploient à entraîner la révolution démocratique sur des terrains glissants. Faute de l’avoir étouffée, ils cherchent à la détourner de sa trajectoire naturelle en lui dictant d’autres finalités. Ils puisent abondamment dans le sinistre registre des contre-révolutions en réactivant les clivages les plus éculés.

Alors que les Algériens dans leur résurrection conjurent les vieux démons destructeurs, crèvent des «abcès» et soldent les comptes politiques et idéologiques paralysants, les rescapés du régime de Abdelaziz Bouteflika cultivent les germes de la division à différentes strates de la société. Ils raniment les conflits islamistes-démocrates, laïcs-religieux, ils opposent les francophones aux arabophones dans une absurde guerre de langues, ils désignent à la vindicte publique tous ceux parmi les acteurs de la révolution qui expriment une opinion politique contraire au discours «officiel».

Ceux qui osent émettre des critiques à l’encontre du chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, sont voués aux gémonies. Accablés de toutes les accusations, ils sont désignés comme des traîtres à la nation et conduits aussitôt devant le tribunal de l’antinational. Pendant que les Algériens dans leur soulèvement pansent les blessures des passés et opèrent des réconciliations, le pouvoir joue la polarisation en dressant les Algériens les uns contre les autres.

L’affaire de l’emblème amazigh est emblématique de cette périlleuse stratégie de division. Conscients des risques de cette opération «bleuite», les Algériens dans leurs diversités assumées mais surtout dans une singulière intelligence collective ont su et pu désamorcer la «grenade» lancée en plein milieu de la révolution. Les marches du vendredi 21 juin resteront dans la mémoire nationale comme un grand moment de communion et de réconciliation.

Loin de la démagogie nationaliste, ils ont réussi le test de la cohésion et déjoué le «complot» de l’éclatement. Arborant le drapeau national collé à l’emblème amazigh, ce jour-là, les citoyens de toutes les régions du pays ont définitivement scellé l’union nationale. Au lieu de célébrer ce geste d’une importance capitale, le pouvoir s’est lancé dans une campagne de répression tous azimuts contre les porteurs du drapeau amazigh. Pire que les années Boumediène. Celui qui brandit l’emblème aux couleurs bleu, vert et jaune frappé de la lettre «Z» est vite désigné ennemi qui porte atteinte à l’unité nationale.

Plus de 60 personnes sont emprisonnées pour avoir exhibé cet emblème publiquement. Des peines sont prononcées. Deux jeunes à Chlef sont condamnés à deux mois de prison avec sursis après un séjour carcéral. Hier, à Annaba, le représentant du ministère public, Moualikia Tarek, a requis 10 ans de prison ferme contre le jeune Nadir Fetissi.

D’autres croupissent depuis des semaines à la prison d’El Harrach en attente d’un procès. L’élue de l’APW de Tizi Ouzou apparentée RCD, la jeune Samira Messouci, est le visage des victimes de cette répression d’un autre âge ; et qui va sans doute laisser des traces dans le corps national.

Acculé, sans boussole et sans plan de sortie de crise, le pouvoir s’enferme dans un jeu dangereux. Se lancer dans une guerre d’usure contre une révolution démocratique qui ouvre des perspectives nouvelles et enchantantes pour le pays, il court le risque de propulser l’Algérie dans le vide. 

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