Port de l’emblème Amazigh (Chlef) : Condamnés, Deux jeunes retrouvent leur liberté


S’achemine-t-on vers la libération de tous les détenus d’opinion et du hirak, comme l’a laissé entendre le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, lors de la récente réception des membres du panel devant mener le dialogue national ?

En tout cas, les deux jeunes détenus à la prison de Chlef depuis juin dernier pour «port de l’emblème amazigh» ont été condamnés, hier, par le tribunal correctionnel de Chlef, à deux mois de prison avec sursis et retrouvent ainsi la liberté.

A l’annonce du verdict, les deux épouses des détenus, dont une enceinte de 8 mois, ont éclaté en sanglots sous l’effet de l’émotion, entourées de la veuve de Matoub Lounès, Nadia, qui est venue manifester sa solidarité avec les deux jeunes arrêtés le 21 juin dernier à Chlef lors d’une marche pacifique et incarcérés quelques jours après au pénitencier de la ville.

Il s’agit d’Aït Ali Yahia Smaïl, 29 ans, demeurant à Chlef, et Ihadadene Smaïl, 34 ans, résidant dans la localité de Zmenzer, commune de Beni Douala (Tizi Ouzou) et exerçant à Chlef en qualité de responsable d’une entreprise de réalisation opérant sur un nouveau site de production à Chlef.

Ces derniers étaient poursuivis en vertu de l’article 79 du code pénal qui stipule : «Quiconque, hors les cas prévus aux articles 77 et 78, a entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l’intégrité du territoire national, est puni d’un emprisonnement d’une durée d’un (1) à dix (10) ans et d’une amende de trois mille (3000) à soixante-dix mille (70 000) DA. Il peut en outre être privé des droits visés à l’article 14 du présent code».

Néanmoins, les nombreux avocats de Chlef et de Tizi Ouzou, à leur tête le bâtonnier Brahimi Salah, se sont constitués bénévolement pour défendre les accusés et se sont employés à démonter les accusations et à lever la confusion quant à la signification de l’emblème amazigh. «L’emblème amazigh n’est nullement séparatiste. Au contraire, il symbolise l’identité amazighe, reconnue officiellement dans notre pays et dans toute l’Afrique du Nord. C’est un élément de l’identité nationale, qui symbolise également l’unité nationale et une lutte commune pour l’instauration d’une IIe République», ont-ils soutenu. Et d’ajouter : «Tout allait bien depuis le 22 février dernier, date du début du mouvement populaire de protestation pacifique. Les Algériens plus unis que jamais brandissaient normalement, chaque vendredi, l’emblème amazigh aux côtés du drapeau national. Mais depuis le 19 juin, le pouvoir a décidé, étrangement, d’interdire le port ou le déploiement de l’emblème amazigh lors des marches pacifiques. Pourquoi ? A notre avis, il n’y a aucun argument valable qui justifie une telle interdiction, dans la mesure où les Algériens de tous les coins du pays  continuent de marcher ensemble dans le calme et avec un degré de civisme et de conscience élevé, suscitant l’admiration du monde entier.»

Certains d’entre eux y voient plutôt «une tentative de semer la division entre les contestataires appelant au changement du régime, mais cela n’a pas marché et ne marchera pas, car l’Algérie reste unie et indivisible», ont-ils soutenu.

Par conséquent, à la fin de leurs plaidoiries, les avocats ont tous demandé l’acquittement pur et simple de leurs mandants contre lesquels le représentant du ministère public avait requis 5 ans de prison ferme chacun.

Le verdict a, comme il fallait s’y attendre, été accueilli avec soulagement par les jeunes détenus, leurs familles et amis et leurs avocats de Chlef et de Tizi Ouzou, qui se sont mobilisés pour leur défense. Tous espèrent cette même heureuse issue pour les autres détenus du hirak et d’opinion au niveau national. 

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