Port de l’emblème amazigh : 10 ans de prison ferme requis contre un manifestant à Annaba


Une peine de 10 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 200 000 DA a été requise, hier, par Moualkia Tarek, le représentant du ministère public, près le tribunal correctionnel de Annaba, à l’encontre de Fetissi Nadir, un manifestant de 41 ans. «Atteinte à l’intégrité et l’unité nationales» est l’objet des poursuites judiciaires engagées à l’encontre de l’accusé, arrêté à Annaba alors qu’il brandissait l’emblème amazigh lors des manifestations populaires du 5 juillet dernier. Le verdict est prévu pour le jeudi prochain.

De par le caractère politique de l’affaire, le procès a été houleux. En effet, il a failli être suspendu à deux reprises suite aux échanges électriques entre le collectif des avocats et le procureur de la République. Heureusement que la présidente de la section pénale, Gh. Semmagh, est arrivée, à chaque fois, à ramener le calme entre les «belligérants». A la barre, le mis en cause a déclaré ignorer que le port de l’emblème berbère représente «une atteinte à l’intégrité et l’unité nationales».

Il a plaidé non coupable. «En l’absence de textes de loi qui criminalisent le port d’un emblème autre que national, nous avons tenté de convaincre le tribunal de la nullité des poursuites engagées. De ce fait, nous avons plaidé la relaxe de notre mandant. Mais, le parquet ne lâche pas prise en requérant 10 ans de prison ferme et une amende de 200 000 DA à l’encontre de Nadir Fetissi», a expliqué Me Kouceila Zerguine, l’un des membres bénévoles du collectif de la défense, composé d’une vingtaine d’avocats.

Ces derniers sont venus d’Alger, de Béjaïa, de Tizi Ouzou, de Boumerdès et d’El Tarf pour défendre l’accusé et dont les plaidoiries ont été magistrales. L’élan de solidarité avec l’accusé a également été marqué par la présence de plusieurs personnalités au procès, dont Nadia Matoub, la veuve de Matoub Lounès, et Me Dabouz Salah, l’avocat du défunt Kamel Eddine Fekhar. Une première, cette affaire l’est dans la wilaya de Annaba.

Ces faits remontent, selon l’arrêt de renvoi, au 5 juillet dernier à Annaba. Peintre de son état, Nadir avait pris part au mouvement citoyen qui coïncidait avec la Fête nationale de l’indépendance, en brandissant deux emblèmes, l’un national et l’autre amazigh. Il a été arrêté par les services de sécurité en pleine marche. Auditionné la veille et présenté le lendemain devant le parquet de la même ville, il a été placé en détention provisoire, soit depuis un mois, jour pour jour.

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