Plusieurs détenus du hirak libérés : En attendant les autres…


Cette grâce a touché exactement six détenus condamnés définitivement, en l’occurrence : Ilyas Bahlat, Malik Riahi, Allal Cherif Nasredine, Djeloul Chedad, Daoud Ben Amrane Djilali et Hocine Khader.

Ce jeudi 2 juillet, aux abords de la prison de Koléa, il y avait comme un air de fête : Amira Bouraoui, Karim Tabbou, ou encore Samir Belarbi franchissaient sous les hourras le portail du pénitencier dans le sens de la lumière.

Les images de leur libération ont vite fait le tour des réseaux sociaux où on les voit célébrés comme des héros par une foule transfigurée, massée pendant des heures sous le cagnard, et leurs noms scandés avec ferveur.

Karim Tabbou avait carrément du mal à se frayer un passage au milieu de la foule compacte jusqu’au véhicule qui devait le ramener, en compagnie de ses parents, vers la maison familiale où l’attendaient ses enfants sur des charbons ardents.

Toute la journée de ce jeudi, on pouvait suivre tour à tour, par réseaux sociaux interposés, les retrouvailles émouvantes de Amira avec sa sœur juste à sa sortie de prison, l’étreignant de toutes ses forces ; Samir Benlarbi accueilli en héros dans son quartier, accompagné de Me Mostefa Bouchachi.

Sans oublier les autres hirakistes libérés le même jour, à l’instar de Slimane Hamitouche de retour parmi les siens, ou encore le jeune Malik Riahi se jetant dans les bras de sa maman, à Aïn Témouchent, et faisant le serment de poursuivre la lutte.

D’aucuns n’ont pas manqué de relever l’heureuse coïncidence entre ces libérations, même partielles, même tronquées, et le rapatriement des crânes des résistants algériens séquestrés au Musée de l’Homme, à Paris, après une longue bataille procédurière.

Une façon de marquer la jonction entre tous nos héros et tous les combats qui ont jalonné notre histoire et façonné ce formidable continuum des luttes du peuple algérien.

Outre ces figures emblématiques du Mouvement populaire, il convient de rappeler que d’autres activistes ont bénéficié d’une grâce présidentielle en vertu d’un décret promulgué le 1er juillet dernier à l’occasion du 58e anniversaire de l’indépendance.

Cette grâce touchait exactement six détenus condamnés définitivement, en l’occurrence : Ilyas Bahlat, Malik Riahi, Allal Cherif Nasredine, Djeloul Chedad, Daoud Ben Amrane Djilali et Hocine Khader. Si la joie était incommensurable en voyant ces militants retrouver leurs familles, cette libération avait toutefois un goût d’inachevé.

D’abord, parce que, comme a tenu à le souligner Karim Tabbou dans une déclaration publique, «il ne s’agit que d’une liberté provisoire». Dans son cas par exemple, son procès qui était programmé pour le 29 juin, a été renvoyé au 14 septembre.

M.Tabbou a été remis en liberté sur décision de la chambre d’accusation près la cour d’Alger après avoir étudié le recours introduit par ses avocats. Il avait été condamné en appel, rappelle-t-on, le 24 mars dernier à un an de prison ferme à l’issue d’un procès bâclé alors qu’il devait être libéré le 26 mars.

Dans le cas de Amira Bouraoui, «son affaire est renvoyée au 24 septembre 2020» par la cour de Tipasa, précise le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Arrêtée le 17 juin, l’icône des luttes citoyennes a été condamnée le 21 juin à une année de prison ferme par le tribunal de Chéraga, et devait être jugée en appel ce jeudi 2 juillet.

Pour ce qui est de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, «c’est le juge d’instruction en charge de leurs dossiers qui a ordonné leur mise en liberté provisoire», rapporte l’APS en citant le parquet général près la cour d’Alger.

Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, qui ont été arrêtés lors d’une manifestation du hirak populaire le 7 mars, à Alger, et placés sous mandat de dépôt, attendent toujours la programmation de leur procès.

Il convient de citer également l’épée de Damoclès qui pèse sur d’autres figures de proue du mouvement de contestation comme Hakim Addad et Fodil Boumala qui sont toujours sous contrôle judiciaire.

73 détenus d’opinion toujours incarcérés selon le CNLD

Autre réalité qui gâche la fête : il s’agit, comme nous l’avons signalé précédemment, d’un mouvement extrêmement partiel, sachant que des dizaines de détenus de différentes wilayas croupissent toujours en prison.

«Dans les villes du Sud, il n’y a pas de caméras. Les détenus du hirak ne sont pas sortis de prison», a regretté l’écrivain Saïd Khatibi dont le frère Hamada a été condamné le 24 juin dernier à 1 an de prison ferme par le tribunal de Bou Saâda pour des publications Facebook «pouvant porter atteinte à l’intérêt national».

Selon une liste actualisée des détenus d’opinion et prisonniers politiques maintenus en prison, et qui a été mise à jour par le CNLD ce 2 juillet, il y a pas moins de 73 détenus issus de 28 wilayas qui sont toujours incarcérés.

Compte tenu de ce chiffre, on est loin d’un remake de la vague du 2 janvier dernier où 76 détenus du hirak ont été libérés en bloc. Parmi les détenus maintenus en prison : notre confrère Khaled Drareni. Les appels à sa remise en liberté se sont particulièrement intensifiés depuis jeudi.

«Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai la conscience tranquille. Je suis un journaliste libre et je resterai libre», a clamé Khaled depuis sa cellule à la prison de Koléa, ce jeudi 2 juillet.

Une déclaration qui a été relayée par Me Abdelghani Badi, et qui témoigne si besoin est de la force de caractère de notre confrère qui est privé de sa liberté depuis le 27 mars dernier.

Les réactions appelant à la libération de l’ensemble des détenus, sans distinction aucune, se sont multipliés depuis ce signe de détente. «La célébration de l’indépendance est une opportunité pour libérer tous les détenus d’opinion afin de surmonter cette impasse politique», préconise le sociologue Nacer Djabi dans un post publié ce vendredi sur sa page Facebook.

M. Djabi estime que la solution politique ne peut s’accomplir qu’en «garantissant de façon pérenne l’indépendance de la justice, les libertés individuelles et collectives réclamées par le hirak».

Me Mostefa Bouchahi qui a accompagnait le militant Samir Benlarbi, de retour chez lui, a déclaré au site Tariq News : «Je suis heureux pour Samir, pour les enfants de Samir, pour la maman de Samir, et tous ceux qui attendaient la sortie de Samir.

J’espère que la libération de Samir, de Slimane, de Karim… est le début d’un véritable apaisement. Notre joie ne sera pas complète avant la libération de l’ensemble des détenus d’opinion.»

De son côté, Karim Tabbou, après avoir remercié vivement les Algériens pour leur mobilisation solidaire, a fait le lien avec l’anniversaire de l’indépendance de notre pays en déclarant à la chaîne Berbère TV : «Le plus important, ce n’est pas moi.

Neuf mois de prison, c’est rien, c’est un combat. Nous serons vraiment heureux le jour où on arrivera à la libération de l’Algérie».

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