Paroles aux manifestants à Béjaïa


Un 39e vendredi de mobilisation. Rien n’entame la résolution des Algériens du mouvement populaire. Hier, ils étaient, encore une fois, des dizaines de milliers à réinvestir la rue à Béjaïa, avec un renfort de banderoles, de slogans et d’énergie. Pour rendre compte de l’état d’esprit des manifestants, nous avons donné la parole à certains d’entre eux, parmi ceux qui donnent de la voix à la manif’ et sont en vue dans différents carrés.

29 ans, étudiant à l’UFC en droit des affaires, Farouk Akkache lutte sur deux «fronts» : à Kherrata, d’où il est originaire, et dans la ville de Béjaïa. «Je suis content aujourd’hui. Cette 39e marche confirme que le peuple algérien reste uni autour de ses revendications et donne tout son sens au pacifisme. Comme pendant la Guerre de Libération nationale, il est vrai qu’aujourd’hui aussi il y a de la trahison de la part des enfants du peuple.

J’appelle mes concitoyens à préserver la dignité des familles lorsqu’on vient à dénoncer les traîtres. Mais, je reste convaincu que la victoire est proche. Que vivent les peuples et que tombent les régimes», nous déclare-t-il avant d’user de son mégaphone.

Malek Sebaïhi est un habitué des mouvements de rue. Chaque vendredi, il est là à placer banderoles et sono. «On est déterminés et notre volonté est forte d’aller vers une transition démocratique, nous devons consommer la rupture avec ce régime. Nous ne pouvons pas aller vers des élections qui donneront un Président qui appliquera la même Constitution qui fera de lui un empereur, comme Bouteflika.

Qu’ils partent tous : gouvernement, Présidence et Conseil constitutionnel. C’est le chef de l’état-major qui bloque, il doit partir lui aussi pour débloquer la situation. Ce peuple veut vivre dignement», nous dit-il, en pleine marche. «Il faut avoir le courage d’aller vers une Constituante qui répondra aux aspirations du peuple et où chaque Algérien se reconnaîtra. Faisons en sorte que les différentes conventions internationales que l’Algérie a ratifiées soient le socle de la nouvelle Constitution. Le Congrès de la Soummam a mis en place une organisation territoriale en régions et cela a marché, pourquoi ne marcherait-elle pas aussi aujourd’hui ?» ajoute-t-il.

Belaïd Bourdjah, 24 ans, salarié dans une entreprise, est un jeune Bougiote fidèle au mouvement, un échantillon de ces milliers d’engagés dans la lutte pacifique pour un idéal démocratique. «Nous sommes sur la bonne voie et toujours bien organisés à chaque marche. Aujourd’hui, nous jouons la 89 minute et nous avons gagné 5 à 0 contre ce régime. Le peuple est solidaire et sort systématiquement chaque vendredi.

Nous sommes décidés à aller jusqu’au bout, rien ne nous arrêtera, même s’ils veulent tirer sur nous des balles. Il n’y aura pas de vote, et je vous le confirme, du moins ici. C’est la voix du peuple, et c’est lui qui commande», affirme-t-il.

Dans le carré qu’organise inlassablement la communauté universitaire, Mahrez Bouich, enseignant en philosophie politique, donne le rythme. «La marche est grandiose. Elle confirme l’attachement du peuple algérien au mot d’ordre de rejet catégorique des élections. Nous exprimons aussi notre indignation à l’adoption de la loi sur les hydrocarbures qui a vendu l’Algérie. La marche d’aujourd’hui traduit la fidélité du peuple pour la revendication du départ du système et dénonce la condamnation des détenus d’opinion», nous déclare-t-il, entre deux slogans criés.

Zouagui Sabrina, enseignante en littérature française, est aussi de cette mobilisation qui ne fléchit pas. «C’est toujours avec une grande émotion que nous sortons pour marcher. Personne n’a pourtant prévu que nous tiendrons si longtemps, et arriver à 39 vendredis de marche. Nous irons jusqu’au bout, jusqu’à la chute du système et nous sommes condamnés à réussir ce mouvement. Il est impossible que le pouvoir puisse recourir cette fois-ci encore à ses traditionnelles manœuvres par la fraude et des élections imposées», estime-t-elle.

Dans un carré de manifestants qui prend presque la largeur des deux voies de la rue, la voix de Yanis Adjlia continue de se faire entendre avec colère et engagement. «Nous entamons avec beaucoup de détermination cette marche, surtout suite aux nombreuses condamnations des détenus d’opinion porteurs du drapeau amazigh. Je voudrais lancer un message pour engager une nouvelle manière de revendication.

On est arrivés à une étape qui nous dicte de recourir à une grève générale illimitée, pour exiger l’annulation des élections. Une grève qui doit surtout toucher les secteurs névralgiques sans pénaliser les citoyens. Elle doit être soutenue par des marches quotidiennes. N’est-ce pas que nos aïeux ont recouru, pendant la Guerre de Libération, à une grève qui a ébranlé le colonisateur. La meilleure défense, c’est l’attaque», nous dit-il.

Hassan Yahiaoui, un habitant de la ville de Béjaïa, marche chaque vendredi toujours drapé de l’emblème amazigh. «La mobilisation est toujours énorme. On vient de partout, même de l’extérieur de la wilaya», décrit-il, considérant que «les cinq candidats réincarnent Bouteflika». «Le système tente de faire passer les élections contre la volonté du peuple. Il cherche l’affrontement pour justifier la répression, mais le mouvement garde son pacifisme.

Il y a une conscience citoyenne que les élections ne sont pas la solution, même s’il y a des brebis galeuses. En tout cas, il y aura un empêchement pacifique des élections», déclare-t-il, avant de continuer à marcher aux côtés de dizaines de milliers de concitoyens qui se retrouvent chaque vendredi, sans appel et sans se faire prier, pour un nouvel acte de mobilisation. 

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