Octroi de concessions portuaires à Ali Haddad : Des responsables de ports enfoncent le ministre des Transports


Le procès en appel de l’homme d’affaires Ali Haddad s’est poursuivi, hier, à la cour d’Alger, pour le quatrième jour consécutif, par l’audition de nouveaux accusés, principalement des responsables d’enceintes portuaires.

Comparaissant libres, ces derniers, poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation, dont l’«octroi d’indus avantages» en violation de la législation, ont affirmé que les concessions portuaires octroyées à Ali Haddad, intervenaient suite à l’accord du ministre des Transports.

Le PDG du port d’Alger, Abdelaziz Guerrah, a été le premier accusé à passer devant la barre. Le prévenu a souligné qu’il n’était pas encore en poste lorsque le groupe ETRHB avait bénéficié, en 2006, d’une concession au port d’Alger, après l’«accord» du ministre des Transports de l’époque.

Interrogé par le juge à propos de la seconde concession portuaire obtenue par le groupe de Ali Haddad en 2017, il a expliqué que l’ETRHB l’avait obtenue, après une décision du CPE (Conseil des participations de l’Etat), dans le cadre de la politique de privatisation des entreprises publiques.

«Il s’agissait de l’extension du contrat de la première concession», a précisé le prévenu. Pour sa part, le PDG du port de Mostaganem, Ryad Bouledjouidja, a indiqué que l’ancien ministre des Transports, Boudjemaa Talai, avait donné son aval pour l’octroi en 2018 d’une concession au port de Mostaganem, au profit du groupe privé de Ali Haddad.

«La demande pour l’obtention de la concession remplissait les conditions d’un cahier des charges et n’avait rien à avoir avec le code des marchés publics», a-t-il affirmé. De son côté, le PDG du port de Djendjen (Jijel) a expliqué que le groupe ETRHB avait obtenu, en 2018, une concession pour la réalisation d’une unité de stockage et d’exportation de ciment et l’importation de bitume, toujours avec l’aval du ministre des Transports.

«En tant que PDG, je n’avais pas le droit d’octroyer des concessions, sans l’aval du ministère des Transports», s’est-il défendu. Lors de son audition, Djelloul Achour, PDG du port de Béjaïa, est revenu sur les conditions d’octroi, en 2016, d’une autre concession à Ali Haddad au port de Béjaïa, pour stocker le ciment, causant un engorgement dans l’enceinte portuaire.

«A l’époque, nous étions en litige avec Ali Haddad (…) Mais, comme il y avait des tensions sur le ciment à travers le pays, on a jugé utile de lui accorder une concession. Son dossier a été approuvé par le ministre des Transports», a-t-il rappelé, relevant que le contrat de concession remplissait les conditions d’un cahier des charges.

Appelé à la barre, Abdelkrim Rezal, directeur de la marine marchande et des ports auprès du ministère des Transports, a assuré qu’il servait uniquement de «trait d’union» entre les ports et le ministère des Transports, ce dernier étant, selon lui, le seul dépositaire de l’«autorité» en matière d’octroi de concessions portuaires.

Le ministère des Transports a octroyé, d’après lui, 207 concessions portuaires, dont 48 pour des opérateurs privés. «Il n’y avait pas de loi sur les concessions portuaires. On se basait sur la loi des Domaines», a indiqué le prévenu, déplorant un vide juridique en la matière.

Dans le cas de concession obtenue par l’ex-patron de l’ETRHB au port de Jijel, le prévenu a relevé que le ministre de tutelle avait donné son feu vert. Le procès en appel de l’homme d’affaires Ali Haddad se poursuivra, aujourd’hui, avec l’audition d’autres accusés.

Incarcéré depuis mars 2019, l’ex-dirigeant du FCE Ali Haddad a été condamné, en première instance, à 18 ans de prison ferme. Il est poursuivi pour «corruption», dont «l’obtention de privilèges et d’avantages en violation de la législation», «dilapidation de deniers publics», «abus de fonction», «conflit d’intérêts» et «corruption dans la conclusion de marchés publics».

Deux ex-Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, qui étaient déjà derrière les barreaux pour d’autres scandales de corruption, ont également été condamnés chacun à 12 ans de prison dans la même affaire. En outre, sept anciens ministres se sont vu infliger des peines allant de deux à cinq ans de prison. Un huitième, Abdeslam Bouchouareb, en fuite à l’étranger, a écopé de 20 ans de réclusion.

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