Multiplication des opérations de contrôle dans le secteur du commerce : «Ce n’est pas le moment de réclamer des factures»


Le renforcement des contrôles dans le secteur du commerce, depuis plusieurs jours, notamment en exigeant des commerçants la présentation des factures, a apparemment altéré davantage la chaîne d’approvisionnement, notamment pour ce qui est de certains produits, principalement la semoule.

Certains grossistes ont même fermé leurs locaux. D’autres pensent le faire, si la situation persiste. Des détaillants, dans plusieurs régions, refusent même de s’approvisionner en semoule, de peur d’avoir affaire à la direction de contrôle ou aux services de sécurité.

En effet, dans le cadre de la lutte contre la spéculation, les contrôleurs et les agents des services de sécurité se sont mis à réclamer des commerçants ou transporteurs les factures de leurs marchandises. L’accent est mis sur bien évidemment la semoule, mais aussi la farine qui commence également à manquer.

Or, il est de notoriété que, hormis les grandes surfaces qui s’approvisionnent directement de chez les producteurs ou importateurs, grossistes et détaillants ne facturent pas globalement leurs marchandises, et ce, depuis des années.

Et vouloir réglementer un secteur, qui évolue pratiquement dans l’informel (absence de facturation) en pleine pandémie, c’est prendre le risque de «perturber» la chaîne d’approvisionnement, ont estimé quelques intervenants dans le secteur.

«Les grossistes, et par conséquent les détaillants, travaillent depuis longtemps sans factures. Ce n’est pas le moment de les réclamer. Les services de sécurité ont fermé plusieurs commerces. Pour la disponibilité des produits en ce moment de crise, il faut, au contraire, alléger.

La semoule n’existe plus. Et certains commerçants, même quand ils la trouvent chez les grossistes, évitent de l’acheter, de peur d’avoir affaire aux contrôleurs. C’est le ministère du Commerce qui a empêché indirectement la semoule d’être distribuée.

Des détaillants se sont même mis à cacher la semoule qu’ils achètent, ailleurs qu’au magasin, parce qu’ils l’ont eu à un prix plus élevé que celui fixé par l’Etat, donc obligé de la vendre plus chère», nous a déclaré un propriétaire d’une supérette installé à l’est de la capitale. Pour celui-ci, les autorités doivent d’abord «chercher à comprendre pourquoi les commerçants ne facturent pas».

Une situation qui n’a pas, évidemment, échappé à l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA). Son président, El Hadj Tahar Boulenouar, nous a indiqué hier qu’il s’était réuni il y a deux jours avec le ministre du Commerce, Kamel Rezig, pour évoquer,, entre autres, ce problème.

L’ANCA pense également que «ce n’est pas le moment» de réclamer des factures aux commerçants. «Le commerçant, ce n’est pas de sa faute. Parfois, c’est le fournisseur qui ne facture pas», nous a-t-il déclaré.

Tout en rappelant que «ce problème date de plusieurs années», Boulenouar estime que la priorité doit être accordée à «la lutte contre la spéculation et la commercialisation des produits périmés». Pour la facturation, «après cette crise on en reparlera», nous a-t-il déclaré. Pour le président de l’ANCA, l’Algérie doit, au contraire, adopter la stratégie de certains pays qui ont décidé de faciliter les choses pour assurer l’approvisionnement, tout en luttant contre la spéculation.

En somme, s’il y a déjà une énorme tension sur la semoule, et depuis deux jours la farine aussi dans certaines régions, le fait que les contrôleurs exigent des factures des commerçants en ce moment précis risque de compliquer encore davantage cette situation, même si l’équation est difficile, sachant que l’un des moyens pour lutter contre la spéculation est la présence des factures.

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