Mohamed Boudiaf fût assassiné le 29 juin 1992 : 28 ans après, des questions persistent


«Quand on regarde ces pays qui nous ont devancé, avec quoi ils l’ont fait ? Ils nous ont devancé avec la science. L’islam…»

Ce sont là les dernières paroles prononcées par l’ancien chef de l’Etat Mohamed Boudiaf, avant qu’il ne soit assassiné, lors du meeting qu’il animait à Annaba, un certain 29 juin 1992.

Un assassinat retransmit à la Télévision nationale, qui avait choqué de larges pans de la population qui, en raison de la situation politique inextricable que connaissait le pays à l’époque, ont placé en lui beaucoup d’espoirs. Malheureusement, son assassinat a été le début de longues années de terrorisme ayant fait des milliers de victimes.

Ainsi, 28 ans après, et même si son assassin, en la personne de Lembarek Boumaarafi, affecté à sa garde rapprochée, a été arrêté et que l’enquête menée à l’époque avait conclu à un «acte isolé», des questions persistent toujours. Fera-t-on un jour toute la lumière sur l’assassinat de Si Tayeb El Watani ? Peu évident dans l’état actuel des choses.

En tout cas, Mohamed Boudiaf avait su, en si peu de temps, grâce notamment à son franc-parler et à sa spontanéité, conquérir les cœurs de beaucoup d’Algériens.

Des milliers avaient d’ailleurs accompagné sa dépouille à sa dernière demeure. Et de son franc-parler, beaucoup se souviennent de quelques-unes de ses formules, comme «mafia politico-financière» ou «école sinistrée». Il avait eu aussi cette fameuse phrase : «La religion est pour Dieu et la patrie pour tous», qui renseignait sur sa vision du projet de société qu’il voulait pour le pays.

Si Tayeb El Watani était rentré en Algérie après 28 ans passés à l’étranger – un exil volontaire dû à ses positions politiques après l’indépendance (il avait rejoint l’opposition) et sa condamnation à mort par le régime d’Ahmed Ben Bella en 1964 – dans un contexte particulier suite à l’annulation des élections législatives, remportées par l’ex-FIS, et la démission de Chadli Bendjedid, survenue après sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale.

C’était un certain 16 janvier 1992. Son arrivée à l’aéroport d’Alger, depuis le Maroc où il était installé depuis de longues années, avait été retransmise à la Télévision nationale. Finalement, son passage à la tête de l’Etat n’aura duré qu’un peu plus de cinq mois.

Mohamed Boudiaf a été militant de la cause nationale dès ses premières heures. Il fut l’un des fondateurs du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action), dont il sera élu président, et l’un des membres des «22».

Il fut également parmi les cinq personnalités, avec Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mostefa Lacheraf et Mohamed Khider, qui avaient été arrêtées en 1956 par les autorités coloniales françaises après le détournement de l’avion qui devait les transporter à Tunis.

Par ailleurs, il était membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), ministre du GPRA en 1958 à sa création, alors qu’il était toujours en prison (il fut libéré en mars 1962 après la signature des A d’Evian) et son vice-président en 1961. Mais après l’indépendance, Si Tayeb El Watani entre en désaccord avec Ahmed Ben Bella.

Durant cette même année (1962), et voyant que la politique menée par le pouvoir en place n’avait pas pris la trajectoire souhaitée, il fonde le Parti de la révolution socialiste (PRS). Il est arrêté en juin 1963. Près d’un an plus tard, il quitte le pays pour ne revenir qu’en ce 16 janvier 1992. Et c’était pour qu’il y décède quelques mois plus tard.

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