Médias : La marge de manœuvre s’amenuise


La mise sous contrôle des télévisions ainsi que des correspondants des chaînes étrangères travaillant en Algérie a toujours figuré parmi les priorités des gouvernements successifs. Sous couvert de vouloir distinguer le travail des journalistes des fake news qui circulent sur les réseaux sociaux, le verrouillage du champ médiatique prend de nouvelles allures.

Aussi est-il à remarquer dans le traitement de l’information par les chaînes privées, une minimisation de l’importance des manifestations du hirak, quand elles ne sont pas complètement passées sous silence. Cela donne lieu, le plus souvent, à des journaux télévisés qui traitent de sujets consensuels et des débats politiques dans lesquels tous les intervenants sont du même avis. La partialité est parfois encore plus flagrante dans ces chaînes que dans le service public. Car si la télévision publique a du mal à se libérer de ses chaînes, la situation des télévisons privées est encore plus délicate.

Nées dans le sillage des promesses d’ouverture faites par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika lors des printemps arabes, les chaînes de télévision privées algériennes n’ont jamais pu s’affranchir du pouvoir. Elles avaient poussé comme des champignons dès 2012, en l’absence de cadre réglementaire clair, et émettant, à leur débuts, à partir de l’étranger.

Les lois réglementant le secteur audiovisuel ainsi que le cahier des charges en Algérie instauraient une réglementation sévère en termes de liberté d’expression et de déontologie. Ladite loi interdit tout discours offensant, injuriant ou diffamant le président de la République ainsi que l’institution qu’il représente et exhorte à respecter «les valeurs nationales» et «les symboles de l’Etat», tels que fixés dans la Constitution. «Toute diffusion d’informations audiovisuelles relatives à des thèmes portant sur l’unité, la sécurité et la défense nationales doit être, par ailleurs, soumise à l’autorisation préalable des autorités concernées», lit-on dans l’article 9 de la loi.

Un des passages de cette loi stipule qu’elle donne au ministre de la Communication le droit d’intervenir pour rejeter la demande d’agrément d’une chaîne de télévision.

Dans les faits, la majorité des chaînes appartenaient à des hommes d’affaires connus pour leur proximité avec le clan Bouteflika, ayant soutenu l’ex-Président dans tous les rendez-vous électoraux. Si certaines chaînes ont aujourd’hui disparu des radars, et leurs propriétaires embastillés, d’autres continuent de résister en réussissant un revirement éditorial en faveur de «l’Algérie nouvelle».

Les médias auront été les victimes collatérales des turpitudes des cercles du pourvoir, y perdant parfois, en plus de leur crédibilité, toute forme de dignité ou de respectabilité auprès de leur public. En témoigne l’un des slogans martelés par les manifestants en 2019 : «Ya sahafa, ya chiyatine !» fustigeant les médias «lèche-bottes».

Les chaînes privées se sont également parfaitement illustrées dans le rôle de marchands de vulgarité, à travers un traitement discutable des sujets de société, offrant ainsi une illusoire diversité.

Mais c’est surtout sur les chaînes étrangères que les autorités décochent les flèches les plus acérées. Ne s’encombrant guère de bienséance, elles dénonçaient récemment le «parti pris» de la chaîne France 24 (dépendante du ministère des Affaires étrangères) dans la couverture des marches du vendredi, ainsi que le recours à des images d’archives afin, croient savoir les autorités, de servir «un résidu antinational constitué d’organisations réactionnaires ou séparatistes, aux ramifications internationales».

La mise en garde coïncidait vendredi avec le fait qu’une équipe de France 24 a été prise à partie par des manifestants, avec d’autres journalistes, lors de la marche du hirak. Il est à souligner à ce propos que les médias étrangers travaillant en Algérie sont soumis depuis des années à une procédure d’accréditation qu’ils qualifient de «bureaucratique, opaque et aléatoire»

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