Me Aïssa Rahmoun. Membre du Collectif des avocats pour la dignité et le changement : «La justice est toujours un mécanisme de règlement de comptes entre clans»


Vous êtes membre du collectif des avocats pour la dignité et le changement de la wilaya de Tizi Ouzou ; pouvez-vous nous parler de votre action prévue aujourd’hui ?

La marche des avocats d’aujourd’hui est venue suite à l’appel de l’Union nationale des barreaux de tenir des rassemblements. Mais il se trouve que les robes noires de Tizi Ouzou ont, en plus de leur rassemblement, décidé d’occuper les artères de la capitale du Djurdjura en organisant une marche. Les mots d’ordre de cette action concordent avec les événements que traverse le pays, comme ils sont également liés au maintien de la mobilisation enclenchée le 22 février dernier pour le départ du système.

Je tiens à porter à votre connaissance que les avocats de Tizi Ouzou se sont constitués en Coalition de la société civile (CSCTO) qui est composée également des syndicats de l’éducation, des collectifs des journalistes, des médecins, de l’Union des commerçants et de l’Ordre des architectes.

L’objectif de la CSCTO est l’alerte et l’accompagnement de la révolution du sourire. La Coalition vise, dans son ensemble, à initier des débats citoyens autours des questions engageant l’avenir de la jeunesse algérienne.

C’est dans cette optique et cette démarche, d’ailleurs, que nous avons organisé, vendredi dernier, le forum des libertés dans la commune de Yakouren, avec le maire de cette localité qui, pour rappel, est le premier président d’APC à l’échelle nationale qui n’a pas accepté de réviser le fichier électoral et d’organiser la préparation de l’élection présidentielle du 4 juillet.

Il est aussi intéressant de rappeler qu’une lettre ouverte a été adressée par la CSCTO au chef d’état-major de l’ANP lui rappelant ses attributions légales, ses engagements devant le peuple, l’impératif du départ des symboles du système et d’engager le pays sur la voie d’une transition démocratique réelle.

Quelle lecture faites-vous des arrestations d’hommes d’affaires, de personnalités politiques et d’ anciens responsables opérées ces dernières semaines ?

Je pense que les arrestations et les enquêtes ouvertes visant des hommes d’affaires et des personnalités politiques doivent répondre à un souci de transparence légale et d’une information judiciaire assurée par le parquet général, selon l’article 11 de code de procédure pénale.

Cette avalanche d’arrestations participe à la confusion et au détournement des objectifs réels et des demandes populaires. Il est à déplorer que la justice est toujours un mécanisme par lequel les clans au pouvoir règlent leurs comptes.

Par ailleurs, le peuple algérien demande justice et réparation. Effectivement, la revendication « Yethasbou Gaâ» est toujours d’actualité.

Mais, en tant que juriste et homme de droit, je dois dire que cela ne peut se passer que dans une atmosphère d’Etat de droit et de séparation des pouvoirs, où la justice sera totalement indépendante, dans le mécanisme de la justice transitionnelle, où les esprits seront apaisés, avec des institutions légitimes et crédibles.

Le Syndicat national des magistrats met en garde «ceux qui voudraient porter atteinte à l’indépendance de la justice». Comment voyez-vous cette sortie du SNM ?

Il faut rappeler que le Syndicat national des magistrats a, de tout temps, été inféodé au régime politique et exécutif. L’élection du nouveau Syndicat et de son bureau, par sa composante, nous indique qu’il y a une volonté des magistrats de s’autonomiser et de se libérer des contraintes socioprofessionnelles, voire une défiance du régime politique autoritaire.

Dans la déclaration du SNM, on peut relever des nuances plutôt positives. On constate qu’il ya un message clair, adressé aux habitués de la justice du téléphone.

Cette pratique est désormais révolue. Par ailleurs, le SNM refuse toute pression de la rue et des aventuriers politiques de tous bords. Tant mieux si les juges ne subissent aucune pression.

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