Mascara : Quand le rêve de Samir Serdouk vire au cauchemar


Samir Serdouk, cet enfant de Mascara, est l’un des milliers de fans des Verts qui se sont déplacés, vendredi 21 juin, au pays des Pharaons, l’Egypte. Il ne savait pas ce qui l’attendait comme mésaventure.

Il n’imaginait pas qu’il ne puisse même pas assister au premier match opposant l’équipe de son pays, l’Algérie, au Kenya. Ses rêves de vivre les meilleurs moments de la CAN-2019 se sont écroulés, dimanche 23 juin, après son interpellation à l’entrée du stade 30 Juin du Caire par des éléments en civil de la police égyptienne pour avoir brandi une pancarte sur laquelle est écrit, sur les deux faces, «La Illaha ila Allah» (Il n’y a pas d’autre Dieu que Lui), «Yetnahaw ga3» (Qu’ils dégagent tous), «Bi idni Allah» (Par la permission de Dieu)» et «Dawla madania machi askariya» (Un Etat civil et non pas militaire).

Le jeune Samir, salarié de l’Entreprise publique de collecte des ordures ménagères (Proprec) bien connu pour son amour du sport et du ballon rond en particulier, ne réalisait pas la teneur de l’inscription sur la pancarte qu’il brandissait le jour de son arrestation. «Samir vit sa vie pour le Ghali de Mascara et les Verts. Le football est sa drogue. Il ne connaît rien en politique» certifie, ce dimanche, son frère aîné Abdelkader, fonctionnaire à la CNAS à Mascara.

La décision du tribunal de Dar El Beïda, à Alger, de condamner Samir à la prison ferme est tombée comme un couperet pour la famille et les supporters du club de la cité de l’Emir. «La famille ne s’attendait pas à vivre un tel cauchemar. Il y a six mois, nous avons perdu notre mère et maintenant c’est notre frère qui est enfermé en prison», relate avec tristesse Abdelkader.

Le 9 juillet, rappelons-le, Samir Serdouk s’est vu infliger une peine qualifiée de «lourde» : une année de prison ferme assortie d’une amende de 50 000 DA, pour le chef d’inculpation d’«exposition aux regards du public de tracts de nature à nuire à l’intérêt national».

A l’issue de la première audience du procès, le 2 juillet, le représentant du ministère public avait requis la peine de deux ans de prison ferme assortie d’une amende de 30 000 DA. «En prison, mon frère a le moral au plus bas. Son avocat, qui lui a rendu visite ce dimanche, a introduit, juste après la condamnation de Samir, un pouvoir en cassation. Espérons que le jugement soit plus clément», formule notre interlocuteur.

Sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, les appels à la libération du jeune Samir, connu sous le sobriquet de «Chitta», les témoignages se multiplient de jour en jour. «Liberté pour Samir Chitta», «Samir est une personnalité exemplaire», «Très populaire à Mascara», «Sage et respectueux qui aime le football» et «Chitta est l’un des fidèles supporters du GCM», écrivent les internautes mascaréens sur les différents réseaux sociaux.

Samir, qui soufflera sa 43e bougie le 12 octobre, a porté le maillot de son club-phare, le GC Mascara, dans toutes les catégories de jeunes. En 2013, il a été élu président du comité des supporters du Ghali de Mascara. «Il s’investit pleinement dans sa mission de président du comité des supporters dans le sens de l’intérêt général», relate Habib, un fan du club.

Supporter de l’EN et du GCM, Samir Serdouk n’en est pas à sa première campagne de supporter de l’équipe nationale de football. Il a été du voyage en Afrique du Sud en 2010 puis au Brésil en 2014, pour la Coupe du monde. Ainsi qu’au Maroc, en Tunisie et à Om Durman, au Soudan, pour le dernier match qualificatif contre les Pharaons. «Il ne rate aucun match», nous dit-on.

Il n’a raté, selon des témoignages, aucune marche populaire pacifique depuis le 22 février. Avec son esprit sportif, il appelait, comme des centaines de milliers d’Algériens, «au changement pacifique du système actuel et à une justice indépendante».

Dans la soirée de ce dimanche, des membres de la famille de Samir et nombre e ses amis supporters des Fennecs, qui ont fêté la qualification de l’équipe nationale en finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019, ont demandé aux autorités de faire un geste pour la libération de Samir, qui n’a pas eu la chance de vivre ces moments inoubliables. 

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