Mascara : menaces sur les libertés


Hadj Ghermoul, Samir Serdouk, Djamel Belleg, Kada Rezouane, Madani Benfetta et Ali Djamel Toubal sont parmi les nombreux activistes du mouvement populaire (hirak) qui ont fait l’événement dans la wilaya de Mascara et partout dans le pays.

Certains croupissent dans les geôles alors que d’autres, qui ont été auditionnés par les policiers, attendent d’être fixé sur leur sort.

Mercredi passé, deux événements ont fait l’actualité à Mascara. A 8h30, dans la cafétéria El Gabrite, sur la place Emir Abdelkader, en plein centre ville de Mascara, l’activiste Djamel Belleg a été arrêté par deux policiers, l’un en civil et l’autre en uniforme. Embarqué dans un véhicule Volkswagen Polo de couleur blanche, il a été conduit au commissariat central où il a été auditionné pour : Port du drapeau amazigh !

«Ils m’ont interrogé sur les raisons pour lesquelles j’ai brandi, lors de la marche du 18e vendredi, le drapeau berbère alors que, selon leurs dires, c’est interdit», nous répond d’un air dépité Djamel, connu, depuis les années 80, par son amour de la culture et son combat sans relâche pour la démocratie et la liberté d’expression.

Quelle était votre réponse ? «J’ai répondu qu’aucune loi n’interdit de porter un drapeau qui incarne l’identité amazighe», nous dit-il. Après avoir signé le procès-verbal d’audition, Djamel Belleg est relâché après deux heures d’interrogatoire dans les locaux du commissariat central.

Dans l’après midi, la mise sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach, à Alger, du supporter de l’équipe nationale, Serdouk Samir, âgé de 43 ans, tombe comme un couperet sur sa famille, ses amis et les militants du hirak.

Déplacé vendredi passé en Egypte pour soutenir les verts lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN-2019), le jeune Samir, connu sous le sobriquet de «Chitta», s’est vu arrêté par des agents des services de sécurité, avant l’entame de la rencontre qui a opposé, au stade de Caire, les verts aux Kényans.

Dans une vidéo publiée sur Facebook, Serdouk Samir, ancien président du Comité des supporters du Ghali de Mascara, brandit une pancarte sur laquelle on peut lire, sur les deux faces, «La Illaha ila Allah» (il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu), «Yetnahaw ga3» (qu’ils dégagent tous), «Bi idni Allah» (avec la permission de Dieu)» et «Dawla madania machi askariya» (nn Etat civil et non pas militaire). Mardi passé, il a été expulsé dans son pays et présenté le lendemain devant le procureur de la République près le tribunal de Bab Ezzouar qui a ordonné sa mise en détention provisoire à la prison d’El Harrach. «Samir sera jugé le 2 juillet prochain», nous annonce par téléphone son frère Abdelkader d’une voix triste.

Avant Serdouk Samir et Djamel Belleg, d’autres internautes, des activistes du hirak, ont été auditionnés par les policiers de la brigade de lutte contre la cybercriminalité. Le journaliste Toubal Ali Djamel de Mohammadia (43 km de Mascara) et le militant du hirak Madani Benfetta sont parmi ceux qui attendent d’être fixés sur leur sort. «Nous avons dénoncé sur des pages Facebook les gens qui ont profité de l’ère Bouteflika pour monter des affaires à Mascara. Tout le monde à Mascara connaît ces milliardaires qui ont déroulé, au sut et au vu de la population, le tapis rouge aux membres de la îçaba (la bande) pour s’enrichir sur le dos des banques publiques.

Nous ne sommes pas des criminels», relate Djamel.

En outre, aujourd’hui, Hadj Ghermoul en est à 150e jour de prison. Il lui reste encore un mois à tirer à l’établissement pénitenciaire de Aïn El Hadjar, à 10 km du chef-lieu de la wilaya de Saïda. Les appels des organisations de défense des droits de l’homme et des milliers de citoyens pour sa libération n’ont pas été entendus. Résidant la localité de Tizi, à 10 km de Mascara, Hadj Ghermoul, militants actif de la Coordination nationale pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) âgé de 37 ans et père de deux enfants, a été l’un des tout premiers à s’être élevé contre le 5 e mandat de l’ex-président Bouteflika.

De son côté, l’activiste Kada Rezouane, un jeune blogueur de Tizi âgé de 40 ans, père de deux enfants, devrait payer plus de 110 millions de centimes représentant des amendes qui lui ont été infligées dans cinq affaires, toutes relatives au délit d’«offense à l’ex-président de la République Abdelaziz Bouteflika». A Mascara, les activistes ne se découragent pas et sont déterminés à se faire entendre.

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