Marches du hirak : De nouveau le recours aux arrestations


Des marches violemment réprimées à l’ouest du pays et des interpellations de manifestants dans 15 wilayas… Le pouvoir semble avoir réactivé sa stratégie répressive pour mater le mouvement populaire pacifique qui a repris ses marches depuis le 22 février dernier.

Ce qui s’est passé vendredi dernier à l’occasion du 110e vendredi du hirak laisse croire, en tout cas, que la «trêve» est définitivement rompue. En effet, à Oran, ville où on a assisté depuis le 22 février dernier à des tentatives d’empêcher une reprise des manifestations du hirak, la répression des citoyens pacifiques a atteint, avant-hier, un niveau inquiétant.

Les vidéos et les images postées par des internautes sur les réseaux sociaux ont montré une violence inouïe de la part des policiers contre les manifestants : usage de gaz lacrymogènes, bousculades et matraquage. La scène a été suivie par des interpellations des participants à cette marche pacifique.

Outre la ville d’Oran, au moins 190 manifestants ont été arrêtés dans 15 wilayas, en l’occurrence Alger, Blida, Oran, Batna, Laghouat, M’sila, Tiaret, Saïda, Skikda, Relizane, El Bayadh, Boumerdès, Mila, Mostaganem et Sétif. Si la majorité des manifestants interpellés ont été relâchés en début de soirée, une dizaine d’autres sont placés en garde à vue et devront être présentés devant la justice aujourd’hui. Parmi ces derniers, il y a l’ancien détenu d’opinion Mohamed Tadjadit, l’étudiant Abdennour Aït Saïd, Abderrahmane Jaber Righi et Mehieddine Abdelfettah.

«Comme à l’accoutumée, les tenants du pouvoir de fait ignorent les aspirations du peuple algérien, mobilisé depuis le 22 février 2019 pour un changement démocratique et pacifique, et usent de la violence et de la violation des moindres droits humains pour un passage en force d’une feuille de route frappée par le discrédit et le rejet», dénonce l’avocate et membre de la direction du RCD, Fetta Sadat, dans un texte posté sur sa page Facebook, rappelant que «la liberté de manifestation pacifique est garantie par la Constitution algérienne en son article 52».

Selon elle, «cette répression, la violation des droits et libertés ne sont qu’une simple fuite en avant de la part d’un système incapable d’être porteur de solutions car frappé d’illégitimité». «Adoptant un comportement autiste, empreint de déni et d’un entêtement irresponsable, le régime en place espère pouvoir perdurer en étouffant toute voix discordante, et ce, par une violation des droits et libertés consacrés par la Loi fondamentale du pays et par les conventions internationales dûment ratifiées par l’Algérie», ajoute-t-elle, en préconisant «la vigilance et la mobilisation».

Dans un communiqué rendu public vendredi soir, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) exprime sa solidarité avec les manifestants du hirak et «dénonce cette répression». «La LADDH réitère son appel à l’arrêt de la répression et de la diabolisation du hirak, la libération de l’ensemble des détenus d’opinion et rappelle le respect des libertés publiques et droits humains», lit-on dans un communiqué signé par Saïd Salhi.

La LADDH, lit-on dans le même communiqué, «interpelle le pouvoir pour l’abandon de sa feuille de route autoritaire, qui menace plus que jamais la cohésion et la stabilité nationales». «Elle appelle la population à la vigilance et à demeurer dans le stricte cadre pacifique et unitaire face à toutes les tentations de sa division et sa diabolisation», lit-on dans le même communiqué.

Marche empêchée hier à Alger

Quelques dizaines de personnes ont tenté d’organiser une nouvelle marche hier à Alger.

Rassemblés à proximité de la Grande-Poste, les protestataires, vite encerclés par des renforts de policiers, ont pris la direction de la rue Larbi Ben M’hidi en reprenant en chœur des slogans habituels du hirak. «Daoula madania, machi 3askaria» (Pour un Etat civil et non pas militaire) » lancent-ils.

Les manifestants ont été interceptés et dispersés au niveau de la place de l’Emir Abdelkader. On dénombre, selon des témoins oculaires, plusieurs interpellations.

Parmi les personnes arrêtées, il y avait le journaliste Khaled Drareni, qui se trouvait sur les lieux pour assurer la couverture de l’événement. Il a été relâché quelques minutes plus tard. M. M.


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