Marche des étudiants dans plusieurs villes du pays : Une mobilisation inaltérable !


Alger, 30 juillet. Pour le  23e mardi consécutif, les étudiants ont battu le pavé dans la capitale pour faire entendre leur voix. En écho aux derniers développements de l’actualité, le thème dominant de leur marche d’hier était le dialogue.

C’était d’ailleurs le sujet d’un débat citoyen organisé par le collectif «Le hirak estudiantin» sur l’esplanade de la place des Martyrs, en amont de la marche, sous le titre : «Le dialogue et les mécanismes de sa réussite». Un étudiant fera remarquer en parlant de la composition du panel : «Ce n’est pas une question de personnes mais de critères.»

Une étudiante estime que le contexte actuel ne se prête nullement à un dialogue serein : «Voilà cinq mois qu’on manifeste et nos demandes les plus basiques ne sont pas satisfaites», lâche-t-elle avant d’ajouter : «Aujourd’hui, on n’a pas de garanties judiciaires, les autres B sont restés, Alger est une ville fermée, les médias sont opaques…» Le débat a pris fin vers 10h45, au grand dam de nombreux citoyens qui avaient visiblement beaucoup de choses à dire sur la question. 10h50. Le cortège se met en place.

«Quelle honte ! La bande conduit le dialogue»

Comme à l’accoutumée, la manif’ débute officiellement par Qassaman. Sitôt l’hymne national entonné, les étudiants auxquels se sont joints des citoyens de toutes conditions, dont des habitués de la marche, à l’image de l’infatigable Benyoucef Mellouk, donnent le ton à propos du thème du jour en scandant : «Makache hiwar ya el issaba» (Pas de dialogue avec la bande) avant d’enchaîner : «Dirou el hiwar maâ el kafa’ate» (Dialoguez avec les compétences). La marche se déploie ensuite aux cris de : «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil pas militaire), «Djazaïr horra dimocratia»… A un moment, un slogan fuse, constituant une autre réponse sans appel à l’offre de dialogue : «Ya lil âre, ya lil âre, issaba taqoud el hiwar» (Quelle honte ! La bande conduit le dialogue).

Karim Younès est conspué sans ménagement : «Karim Younès, dégage, dégage ! Makache hiwar maâ el issaba» (pas de dialogue avec la bande). Des pancartes appuyaient cette même position. «Nous refusons le dialogue avec la bande», disait l’une d’elles. Une banderole fera son apparition sur la rue Bab Azzoun avec ces mots : «La hiwar maa el issaba. Intaha» (Pas de dialogue avec le gang. Point !) Un étudiant rappelle qu’on ne transige pas sur le sort des prisonniers du hirak : «La libération des otages n’est pas négociable.»

Comme les autres mardis, les chants et slogans dominant insistaient sur le caractère civil de la future République «hirakienne» : «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil, pas militaire), «Djoumhouria, machi caserna» (Une république, pas une caserne), «Y en a marre des généraux». Une jeune fille parade avec cet écriteau : «Nous dialoguerons autour de votre retour dans les casernes, rien d’autre». S’adressant au chef d’état-major de l’ANP, une autre étudiante assène : «Gaïd Salah, étant donné que tu fais de la politique, tu es un dictateur militaire».

La procession, qui a emprunté le même parcours (Bab Azzoun, rue Larbi Ben M’hidi, boulevard Amirouche, place Audin…) a martelé également : «Sahafa horra, adala mostaqilla» (Presse libre, justice indépendante), «Echaâb yourid el istiqlal» (Le peuple veut l’indépendance), «Mada 7, solta l’echaâb, ya Gaïd Salah makache ellaâb» (Article 7, pouvoir au peuple, on ne badine pas avec ça Gaïd Salah)… Comme toujours, la foule a eu une pensée pour les détenus d’opinion en criant : «Harrirou el mouëtaqaline» (Libérez les détenus).

«Ils veulent tuer le hirak»

Abdennour, 20 ans, grand échalas coiffé d’une casquette, est l’un des jeunes les plus actifs du mouvement étudiant. Abdennour suit des études de biologie à l’USTHB (Bab Ezzouar). Pour lui, le dialogue est mal embarqué : «Chaque fois qu’ils nous sortent cette histoire de dialogue, on voit que c’est mené par des personnes qui ne sont pas reconnues par le hirak. Le comble est que c’est cette même mafia qui veut imposer ce dialogue. Or, on ne peut pas dialoguer avec le pouvoir pour la simple raison qu’il est illégitime aux yeux du peuple.»

S’adressant aux décideurs, il lance : «Le dialogue sera possible le jour où le vendredi, vous nous laisserez manifester en toute silmiya, pacifiquement, sans être gênés par aucun policier. On dialoguera lorsque le mardi, on pourra manifester comme on veut. Et quand les détenus d’opinion seront relâchés. On pourra discuter le jour où on pourra s’exprimer librement sur les chaînes télé sans risquer d’être arrêté dans la foulée. Le dialogue sera possible aussi le jour où il sera mené par des jeunes. Parce que c’est une révolution de jeunes. La population compte 80% de jeunes de moins de 30 ans et on sollicite des gens de 70-80 ans pour faire partie de ce panel, ça n’a aucun sens !» Et de poursuivre : «Ils veulent créer des représentants du hirak pour qu’ils puissent les acheter. Leur but, ce n’est pas de négocier, ils veulent tuer le hirak. A chaque fois, ils changent de pions et de stratégie. Mais le peuple est vigilant. Il a gardé le même état d’esprit et fait preuve de solidarité.

C’est quelque chose de très important, la solidarité. Ils font tout pour nous diviser, mais le peuple leur a résisté. Ce peuple, même la France coloniale n’a pas réussi à le briser et ce pouvoir ne réussira pas à le casser.» Abdennour est obligé de constater qu’aucune des mesures d’apaisement exigées préalablement au processus de dialogue, n’a été satisfaite : «On ne voit pas de résultat. L’autoroute est fermée (aux manifestants qui viennent à Alger le vendredi, ndlr) ; il y a plus de 100 camions de police déployés, Alger est devenue une forteresse. On se sent dans une caserne. Il y a 60 détenus arrêtés pour simple port de l’emblème amazigh. C’est la dictature.» Comme ses camarades, Abdennour est déterminé à maintenir la mobilisation : «On ne va pas se mentir, là, on est une minorité, la majorité des étudiants étant en régime interne. Mais on va continuer jusqu’au départ de tout le pouvoir, on ne va pas s’arrêter. On va lutter comme l’ont fait nos pères et nos grands-pères en 1956 (lors de la grève du 19 mai 1956, ndlr), comme l’ont fait les étudiants en Mai 1968, en France, comme d’autres l’ont fait au Venezuela, au Portugal… On va rester mobilisés et solidaires jusqu’à la fin. Comme le dit un pote, nous sommes le gasoil du vendredi. C’est une révolution de la jeunesse, si la jeunesse ne se réveille pas, ce mouvement est mort.» 

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