Longtemps éparpillée et désagrégée : La mouvance démocratique doit rassembler ses forces


L’impasse politique au sommet du pouvoir n’empêche pas la dynamique à la base. L’insurrection citoyenne qui ne faiblit pas fait évoluer sensiblement les positions.

Les lignes bougent. En parallèle avec l’immense travail qu’accomplit la société civile en vue de mettre du contenu dans le mouvement populaire, la classe politique redouble d’initiatives, fait tomber les murs de séparation et retisse les liens rompus depuis longtemps.

La rencontre inédite, qui a eu lieu avant-hier entre le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS), est à ce titre emblématique. Un dégel psychologique non sans effet politique. Une bonne nouvelle pour les idées progressistes. La «réconciliation», suivie d’échanges entre le deux partis de la mouvance démocratique sur les événements en cours dans le pays, est loin d’être un fait marginal.

Les deux formations politiques au même socle doctrinal et sociétal ont traversé la période des 30 dernières années en se livrant une interminable guerre des tranchées. Les conséquences ont été fâcheuses pour le combat démocratique et les idées progressistes. Des valeurs communes aux deux partis.

Leurs bases militantes et sympathisantes s’épuisaient dans des batailles d’arrière-gardes, laissant sur le carreau de brillants cadres militants. Il s’en est suivi un appauvrissement politique et intellectuel des deux organisations, en raison des «départs volontaires ou provoqués» de leurs figures de poids.

Et même dans les moments de trêve, les pourparlers n’étaient pas possibles, même si dans les coulisses leurs cadres exprimaient le désir de se retrouver. Mais le blocage psychologique né essentiellement des positions frontalement opposées durant la décennie ensanglantée des années 1990 a rendu irréconciliables les deux chapelles. Les séquelles de cette «guerre civile» ont impacté les nouvelles générations militantes, qui sont arrivées aux commandes, alors que les clivages des années de sang ne recouvrent aucunement les réalités politiques d’aujourd’hui.

Il fallait donc cet électrochoc provoqué par l’insurrection citoyenne pour le changement démocratique pour voir les «deux frères ennemis» briser petit à petit le «Mur de Berlin» qui les a séparés depuis des décennies. Les FFS, qui a eu de la peine à s’extraire d’une guerre d’usure, tente de sortir la tête de l’eau et reprendre l’initiative politique.

Malgré ses déchirements internes, il a réussi à redevenir visible et audible sur la scène en engageant des consultations politiques avec l’ensemble des acteurs nationaux. Mais un énorme travail de reconstruction interne attend ce parti, qui a longtemps était la pierre angulaire du combat démocratique dans le pays. Il doit d’abord renouer avec ses fondamentaux et entamer le travail de réconciliation interne.

Les consultations entre son premier secrétaire national, Hakim Blelahcel, et Djamel Zenati, figure emblématique du combat progressiste et compagnon de route du chef historique feu Hocine Aït Ahmed, ont suscité un espoir chez les militants et sympathisants. Elles doivent marquer le point de départ pour rassembler la grande famille politique de gauche.

L’ancien leader du Mouvement culturel berbère, qui a pris ses distances avec l’appareil du FFS au début des années 2000, a même appelé à agir «dans le sens du rassemblement des forces du progrès», accompagné de la mise en garde : «Ne rajoutons pas de la difficulté à la difficulté.» Djamel Zenati a suggéré au FFS de prendre langue «sans complexe» avec les autres partis et personnalités nationales pour mieux peser dans les grands débats à venir.

De son côté, le RCD, qui a su transmettre sans trop de dégâts le flambeau à sa deuxième génération, s’est dès le départ du mouvement populaire installé au cœur de la bataille, mais un peu «esseulé».

Et c’est en cela que la prise de contact entre les deux partis pourra muscler le courant démocratique, alors que des batailles idéologiques se font de plus en plus apparentes. Elles vont permettre ainsi de se retrouver côte à côte dans le grand combat commun qui s’annonce rude. Enfin, la famille démocratique marchera sur ses deux pieds.

Cependant, cette démarche doit être renforcée, approfondie et entraînée. Le bloc démocratique doit éviter le piège du sectarisme. Il est appelé à s’ouvrir davantage, à jeter des passerelles pour mieux agréger d’autres forces politiques et sociales patriotiques pour porter haut et fort l’espoir démocratique qui est au cœur du projet de l’Algérie nouvelle en construction.

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