L’intérim de Abdelkader Bensalah à la tête de l’état a expiré hier : La classe politique évoque «l’illégitimité» des futures décisions


partir d’aujourd’hui, le pays va connaître une situation exceptionnelle et inédite dans les annales de l’Etat algérien. Le mandat légal du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, a expiré hier, si l’on se réfère à la lettre de la Constitution qui stipule que «le président du Conseil de la nation assure l’intérim de la présidence de la République pendant 90 jours».

A  l’unisson, les formations politiques ayant exprimé leur avis sur la question ont souligné l’illégitimité qui caractérisera, à partir d’aujourd’hui, toutes les décisions susceptibles d’être prises par le pouvoir actuel, comme elles ont dénoncé la décision prise en juin dernier par le Conseil constitutionnel de prolonger le mandat de Bensalah. La classe politique qualifie cette «fatwa» de coup de force et une offense à l’égard des Algériens.

Pour Hakim Belahcel, premier secrétaire national du FFS, le pays sera confronté à partir d’aujourd’hui à une fatalité politique dictée par une crise politique multiforme, qui a été entretenue et prolongée par l’obstination des vrais tenants du pouvoir à ne pas écouter les revendications populaires légitimes. Le FFS qualifie la décision du Conseil constitutionnel de prolonger le mandat de l’un des symboles du régime politique décrié par l’intégralité du peuple algérien d’arbitraire, «en décrétant le prolongement du mandat de Bensalah, le Conseil constitutionnel a commis non seulement une violence contre la volonté populaire, mais cette décision ne se base sur aucun fondement constitutionnel. Elle a été prise pour anticiper sur une impasse juridique». Aucun texte de loi ne prévoit cette impasse juridico-politique.

Décision arbitraire

«Même s’il y a un principe universel qui évoque la nécessité de la continuité du service public en dépit du vide juridique, cela ne devrait pas être un prétexte qui autorisait la multiplication des abus d’autorité», note le FFS, qui pense qu’à partir d’aujourd’hui le pouvoir est sommé de choisir la voie de la raison et de la responsabilité au lieu d’être tenté par les options chaotiques et désastreuses.

De son côté, Mohcine Belabbas, leader du RCD, charge le vice-ministre de la Défense nationale qui a, selon lui, accaparé tous les pouvoirs depuis le 2 avril 2019 et vient de réussir l’exploit de mettre l’Algérie dans une situation inédite d’anticonstitutionnalité. Le tableau brossé par Belabbas est noir : «Aujourd’hui, le mandat du chef de l’Etat pr intérim désigné en vertu de l’article 102 de la Constitution a expiré, et l’ensemble des institutions de l’Etat sont dans l’illégalité. Il ne s’agit pas de se réjouir de cette situation, mais plutôt de rappeler à la raison ses septuagénaires et autres octogénaires de tout bord pour leur signifier de prendre les choses en main au plus vite afin de remettre le train Algérie sur les rails de la démocratie et du progrès.» Le Parti des travailleurs, dirigé par Louisa Hanoune, qui est toujours incarcérée à la prison de Blida, pense que le pays est confronté à un double problème, celui de la légalité qui est établie par tout le monde et surtout celui de la légitimité du régime en place.

Prolonger le mandat de Bensalah par une «fatwa» du Conseil constitutionnel est, pour Taazibt, cadre au sein du PT, une offense contre les milliers d’Algériens qui n’ont pas arrêté, depuis plus de cinq mois, de réclamer le départ du système, de ses institutions (gouvernement et Parlement) et de ses symboles, dont Bensalah. «Il s’agit là d’une provocation et la fatwa du Conseil constitutionnel n’a aucune valeur. Bensalah est un président illégitime, maintenu à son poste contre la volonté de la majorité de la population. Cette nouvelle situation va pousser les Algériens à se mobiliser davantage», explique Taazibt, qui plaide pour le changement de la Constitution et la mise sur pied d’une Assemblée constituante. Pour la présidente de l’UCP, le Conseil constitutionnel a des prérogatives bien définies par la Constitution, et la fatwa émise début juin 2019 n’entre pas dans ses prérogatives. «Constitutionnellement parlant, il n’a pas le droit d’émettre une telle fatwa. La prorogation du mandat du chef de l’Etat étant une décision éminemment politique, elle doit être basée sur un dialogue, la concertation et le consensus», précise Mme Assoul. Pour elle, le prolongement du mandat de Bensalah n’est pas obligatoire, mais peut se faire s’il y a consensus sur la question. Le mandat de Bensalah expire aujourd’hui, et si on doit veiller au respect scrupuleux de l’article 102 de la Constitution, il ne doit pas rester.

Nous sommes dans l’anticonstitutionnalité depuis 2013

Cela dit, le pays est dans l’anticonstitutionnalité depuis 2013 avec la vacance du poste de président de la République et l’exercice de ses prérogatives par d’autres parties. Avec le maintien de Bensalah, le pouvoir a créé une légitimité de fait, mais une légitimité, de l’avis de Mme Assoul, qui ne se repose sur aucune base juridique ou constitutionnelle. Toutefois, pour Ali Benflis, chef de file de Talaie El Hourriyet, ce 9 juillet marque la fin d’une ère et l’avènement d’une autre. «Le changement du régime, de la Constitution et tant d’autres chantiers exige un mandat du peuple authentique et irrécusable.

Sans un Président légitime et sans un gouvernement qui serait l’émanation d’une volonté populaire exprimée sans crainte et sans contrainte, l’ouverture précipitée de ces chantiers relèverait du saut vers l’inconnu et participerait, en plus imagé, au navire que l’on veut mener à bon port sans personne aux commandes», plaide Benflis.

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