Libération des détenus et ouverture des champs politique et médiatique : Jusqu’où ira le Président ?


La mise en liberté provisoire de 76 détenus du hirak jeudi dernier a permis l’espoir de voir ceux qui y sont toujours de quitter la prison. Ils seraient près de 120, selon le coordinateur du Comité national pour la libération des détenus (CNLD), en détention dans différents établissements pénitentiares, notamment à El Harrach. Un chiffre approximatif dans la mesure où l’Etat n’a jamais communiqué officiellement sur les arrestations liées au mouvement populaire.

Lors de la marche du 46e vendredi, les manifestants, qui ont applaudi la sortie de prison du moudjahid Bouregaâ et des autres détenus, à l’image des militants du RAJ, ont également réclamé la libération du reste des «otages», comme ils les définissent, dont font partie, entre autres, Karim Tabbou, Fodil Boumala et Samir Belarbi, les figures les plus connues du hirak. Des informations font état, à cet effet, de leur probable libération en ce début de semaine. La mise en liberté provisoire des 76 détenus a été perçue comme une volonté du nouveau président, Abdelmadjid Tebboune, d’opter pour l’apaisement, d’autant plus qu’il envisage d’entreprendre une série de consultations avec la classe politique, des représentants de la société civile, mais aussi de militants et d’activistes issus du hirak. Le 29 décembre dernier, le chef de l’Etat a reçu l’ancien Premier ministre, Ahmed Benbitour. Ainsi, comme premier interlocuteur, il a jeté son dévolu sur une personnalité qui défendait l’idée d’une transition et qui, par conséquent, avait rejeté l’élection présidentielle du 12 décembre. Dans le gouvernement Djerad, il y a même un ministre qui a les mêmes positions.

Néanmoins, les partis politiques, hormis quelques-uns qui ont exprimé leur prédisposition à s’engager dans le dialogue dès à présent, préfèrent temporiser avant de s’exprimer sur la question. Bien entendu, il y a aussi des formations politiques qui rejettent l’idée de prendre part à une quelconque conférence ou round de discussions avec Tebboune, qu’elles jugent illégitime.

La mesure relative à la libération de ces 76 détenus s’avère pour l’instant insuffisante. Surtout qu’à côté de cela, les services de sécurité répriment toujours des manifestants au niveau de certaines localités, comme ce fut le cas vendredi à Tiaret, où la marche a été carrément empêchée. Jusqu’où ira le président de la République afin d’installer un climat de confiance qui favorisera ce dialogue ? Il faut rappeler que des personnalités et des partis politiques avaient posé un nombre de préalables à satisfaire avant de s’engager dans un quelconque processus de dialogue. En plus de la libération de tous les détenus politiques, il est question de l’ouverture des champs politique et médiatique. En d’autres termes, lever toutes les entraves sur les manifestations de contestation d’un côté, et de l’autre, ouvrir les médias publics à l’opposition et leur permettre, par exemple, de couvrir le hirak, comme ils le faisaient à un certain moment.

Ce serait là un signal fort à l’endroit du mouvement populaire qui est, faut-il le dire, assez sceptique par rapport à tout ce qui émane de la part du pouvoir en place. Tebboune devrait multiplier les initiatives et les mesures allant dans le sens de l’apaisement pour pouvoir convaincre les uns et les autres. Mais fondamentalement, tout dépendra également du contenu de son «offre». Autour de quoi va tourner ce dialogue ? L’épisode du panel de dialogue, dont le coordinateur était Karim Younès, est présent dans tous les esprits.

Celui-ci a été installé, durant l’été, avec un ordre du jour bien précis, à savoir la mise sur pied de l’instance d’organisation des élections. Circonscrire le dialogue à un point préétabli qui ne remettrait pas en cause d’une manière significative le système politique en vigueur jusque-là ne va certainement pas intéresser beaucoup de monde parmi l’opposition. Donc, tout se précisera le jour où le président Tebboune donnera plus d’indications sur son offre de dialogue. Entre-temps, les partis politiques et les acteurs du hirak seront attentifs à toutes les mesures et décisions qui favoriseront l’installation d’un climat de confiance. Pour peu qu’elles soient prises bien évidemment… 

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