Les médecins privés entre fermeture des cabinets, travail sur rendez-vous et téléconseil


Assurant près de 70% des consultations médicales

Les médecins privés sont de plus en plus nombreux à fermer leurs cabinets ou, dans les meilleurs des cas, à assurer des consultations sur rendez-vous très limités ou par télé-conseil. Ne pouvant être pris en charge par les structures de soins publiques, les malades se retrouvent otages. Dans la majorité des cas, ils recourent à l’automédication.

De nombreux médecins privés ont fermé leurs cabinets en ces jours de crise sanitaire liée à la propagation du coronavirus (Covid-19), dans notre pays. Les cas de contamination de plus en plus importants dans les wilayas de Blida, Tipasa, Alger, Mostaganem, pour ne citer que celles-là, ont créé la panique chez les «cabinards».

Du coup, certains ont limité les consultations à quelques malades triés sur le volet, qu’ils reçoivent durant un temps très limité, en prenant les précautions liées à la distanciation et aux moyens de protection tels que les masques, gants et blouses.

D’autres ont gardé le contact avec leurs malades, mais par téléphone pour leur donner les conseils, mais beaucoup en ont profité pour fermer leurs cabinets, évitant ainsi tout risque de contamination. Dans une telle situation, les malades sont les premières victimes.

Renvoyés des structures de soins publiques, en raison des risques liés au coronavirus, ils se retrouvent à faire le tour des cabinets privés et dans de nombreux cas, à se rabattre sur les pharmacies pour une automédication, avec tous les risques que cela comporte. Les spécialistes de pneumologie, d’ORL, d’allergologie, de cardiologie et les généralistes sont les plus concernés par l’arrêt des consultations en cette période où les allergies et les grippes saisonnières sont très courantes.

Un tour chez certains et des discussions au téléphone chez d’autres nous renseignent sur la panique qui s’empare des professionnels libéraux de la santé. Tous nos interlocuteurs ont refusé de décliner leur identité, préférant s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. «Ces pathologies ont les mêmes symptômes que ceux des malades atteints du Covid-19.

Nous ne pouvons pas prendre le risque de recevoir des cas positifs, alors que nous n’avons ni les moyens de protection ni ceux de les identifier. Nous avons préféré fermer», nous déclare au téléphone une assistante d’un grand spécialiste d’ORL à Alger, qui a pris congé depuis deux semaines. Un de ses confrères, pneumologue, a pris des mesures moins drastiques.

Il ne se présente à son cabinet que pour suivre ses malades et après avoir discuté avec eux au téléphone. «A défaut de protection, je préfère limiter les consultations à mes patients. Je leur donne des conseils par téléphone, et si ça nécessite une visite, je me déplace au cabinet.

Je prends toutes les mesures de précaution. J’ai acheté au marché parallèle des masques, des gants, des blouses et des visières que je réserve uniquement à mes malades qui ont des symptômes ressemblant à ceux du coronavirus. Comment pouvons-nous protéger nos malades, si nous-mêmes ne sommes pas protégés. Je n’ai pas le choix», déclare le pneumologue.

D’autres médecins, comme ce pédiatre ou ce cardiologue exerçant dans un cabinet pluridisciplinaire travaillent sur rendez-vous et, bien sûr,  après s’être assurés des signes de pathologies pour lesquelles les malades consultent. «Je discute avec le patient et je lui pose une série de questions. Si je suspecte le corona, j’oriente vers l’hôpital.

Sinon, je donne rendez-vous à mon cabinet. Trois des malades avec lesquels j’ai discuté ont été déclarés, positifs à l’hôpital El Kettar. Je les ai orientés en étant presque sûr qu’ils étaient contaminés. S’ils étaient venus au cabinet, j’aurais pris un risque aussi bien pour moi que pour mes malades et mes employés.

J’ai des difficultés à trouver les moyens de protection», explique le cardiologue. Même si les enfants sont moins touchés par la pandémie, il n’en demeure pas moins que leurs cabinets ne travaillent pas à temps plein. Au moins cinq que nous avons contactés exercent exclusivement avec leurs malades et exceptionnellement avec des cas urgents, et sur rendez-vous en limitant le nombre de consultations souvent à un nombre minime seulement.

Tous les médecins auxquels nous nous sommes adressé posent la problématique de leur protection, mais aussi des patients qu’ils reçoivent dans leurs cabinets. «Les moyens de protection ne se trouvent plus dans les pharmacies. Ils sont peut-être disponibles au niveau de la PCH, mais nous ne pouvons pas y avoir accès.

Nous nous rabattons sur les vendeurs informels ou quelques pharmacies qui les vendent sous la table à des prix exorbitants, mais pour des quantités qui ne suffisent pas. Ils ont une durée d’exploitation très limitée dans le temps. Donc il nous faut des quantités importantes pour pouvoir travailler à l’aise. Mais le peu que nous pouvons nous débrouiller, nous préférons l’utiliser rationnellement, et la priorité est donnée aux cas urgents, et à nos malades», affirme ce pédiatre.

Abondant dans le même sens, un médecin généraliste dont le cabinet est à Dély Ibrahim, qui a vu des cas de coronavirus, reconnaît avoir paniqué lorsqu’un de ses malades a été déclaré positif. «Un ami pharmacien m’avait ramené des gants et des masques que j’ai utilisés, lorsque j’ai reçu un de mes malades, qui avait une toux très sèche et de la fièvre. J’ai tout de suite pris mes précautions. Heureusement, ce jour-là, il était le premier malade que je recevais. Le cabinet était vide. Je l’ai orienté vers Beni Messous, ils l’ont gardé.

Aujourd’hui, je suis en rupture de gants et de masques. Je ne peux pas donner de rendez-vous. J’ai laissé mon numéro de téléphone sur la porte. Je donne des conseils en attendant que je m’approvisionne en moyens de protection», révèle-t-il. En tout cas, tous les témoignages que nous avons pu avoir expriment une inquiétude et une pression énorme sur les moyens basiques qui permettent au personnel médical confronté à cette pandémie de se protéger et de protéger leurs malades.

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