Les manœuvres du dernier quart d’heure du clan présidentiel


Balise

Pourquoi la démarche politique de fin de règne de Bouteflika est-elle entourée d’autant de mystères, de non-dits, de décisions et de contre-décisions, de messages codés mais pas toujours aussi difficiles que cela ne paraît à déchiffrer, de scénarios négociés secrètement dans l’antichambre du pouvoir, comme l’a révélé, hier, l’ancien chef de l’Etat, Liamine Zeroual ?

Pris à ce jeu de devinettes, les Algériens et la classe politique, opposition et anciens soutiens de Bouteflika, qui ont désormais quasiment tous renié leur père spirituel pour se ranger aux côtés de la rue, ne savent plus, dans cette partie d’échecs qui se joue dans les arcanes du pouvoir, ce qui s’y cogite, même si personne n’est naïf pour croire au ton paternaliste que sous-tendent ces bons sentiments proclamés d’assurer une succession et une transition ordonnées.

C’est le sens du dernier communiqué de la présidence de la République qui lève un coin seulement du voile épais entourant la feuille de route du cercle présidentiel à l’échéance de la fin du mandat de Bouteflika fixée pour le 28 avril prochain. Poussé vers la porte de sortie par la rue depuis plus de 6 semaines de contestation, exposé à la menace du recours à l’article 102 de la Constitution brandie par l’armée, Bouteflika ou plus exactement ses fondés de pouvoir de l’ombre abattent les premières cartes tout en gardant le meilleur, les cartes maîtresses, pour la suite.

Avec cet avantage qu’ils ont sur la rue et leurs adversaires d’avoir la maîtrise du temps et du cadre constitutionnel et institutionnel en place tout dévoué et acquis au Président démissionnaire. S’il a été contraint et forcé par la rue de partir, après avoir tout tenté, sans succès, pour s’y maintenir, sous différentes formes (5e mandat, prolongation du 4e et conférence nationale inclusive), il ne le fera, prévient-il, qu’à ses conditions. Aussi bien au plan de la forme – du respect des aspects protocolaires et de sa dignité – que du fond qui consiste à résoudre cette équation qui s’impose à Bouteflika du comment remettre les clés du palais d’El Mouradia sans quitter le pouvoir, en ayant la haute main sur le processus de la succession qui se dessine par touches successives.

Le fait d’avoir choisi la manière de partir, avant la fin de son mandat, par voie de démission «librement» consentie pour s’éviter la «solution finale» dégradante de «l’impeachment» pour cause de maladie qu’il n’a jamais assumée dans sa plénitude depuis la survenue de son AVC en 2013 signifie qu’il n’entend rien céder à ses adversaires, qui cherchent à organiser ses funérailles politiques sans couronne ni apparat. Même le jour de son départ de la présidence de la République, c’est lui qui le fixera. Ainsi en a-t-il décidé. S’il pouvait programmer le moment de son départ pour le grand voyage, il l’aurait fait ! Il n’y a rien de mystique ni de schizophrénique à voir dans la démarche.

Tout est calculé et réfléchi. Pourquoi donc la date de l’annonce de la démission de Bouteflika relève-t-elle du secret d’Etat pour ne l’avoir pas dévoilée le jour où il a fait part de cette intention à la nation ? Les jours qui lui restent au pouvoir sont comptés et précieux au plan stratégique pour dévoiler ses cartes devant ses adversaires dans cette partie de bras de fer féroce, engagé seul contre tous : la rue, l’opposition et des pans du pouvoir (les alliés d’hier) qui le pressent de partir le plus tôt possible.

En maintenant le suspense, d’abord sur le timing de son retrait, ensuite sur sa feuille de route qui doit organiser sa succession et non pas la transition et la rupture avec le système, tel qu’exigé par la rue et l’opposition, Bouteflika balise le chemin et tente de gagner du temps pour prendre au dépourvu tout son monde qu’il laisse suspendu aux «décisions importantes» promises.

Avec l’annonce de son «intention» de démissionner avant le 28 avril, précédée du maintien du Premier ministre Noureddine Bedoui, en dépit de sa contestation par la rue et l’opposition, et conforté par la formation du gouvernement qui ferme (définitivement ?) la porte à l’alternative de la transition portée par la rue, les éléments du puzzle de la succession se mettent en place les uns après les autres.

Ce croissant lunaire annoncé par le dernier communiqué de la présidence de la République qui illuminera, sous peu, nous dit-on, le ciel assombri de l’Algérie, pourrait bien être un autre geste sacrificiel – certainement la tête de Bensalah – que le clan présidentiel entend mettre dans la corbeille de la mariée.

En attendant, ce vendredi, la réponse de la rue, qui a déjà répudié le pouvoir en place en rompant le mariage forcé avec Bouteflika depuis le 22 février, l’état-major de l’Anp a, hier dans un communiqué «de guerre», pilonné sans répit le projet politique et les manœuvres du dernier quart d’heure du clan présidentiel confortant ainsi les aspirations de la rue au changement véritable.

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