Les manifestations à l’Est du pays


CONSTANTINE : «Non au recyclage de la Issaba»

Le thermomètre affichait 35°, mais qu’importe. Ce n’est certainement pas ce soleil de plomb qui allait empêcher les Constantinois d’investir la rue en ce 16e acte de contestation. Dans la capitale de l’Est, ils étaient certes moins nombreux que les fois précédentes à sillonner le traditionnel itinéraire, mais tous étaient unis dans leurs messages, soit «Non aux élections, non au dialogue». «Qui chapeautera ce dialogue ? Bensalah n’en a pas soufflé mot», s’interroge un manifestant qui conclut que «le système ne confiera jamais cette transition à des personnalités consensuelles plébiscitées par le peuple». Hier, les anicroches ayant émaillé les trois dernières marches ne semblaient être qu’un mauvais souvenir. Bensalah, s’il a raté son allocution télévisée de la veille, a réussi à liguer tout le monde contre sa feuille de route. «La transition contrôlée qu’il propose ne s’aligne pas sur celle prônée par le peuple. Il s’inscrit en porte-à-faux avec la Constitution en prolongeant son mandat ; quant à l’appel au dialogue sous la coupe de la issaba, il n’est point envisageable», a soutenu un trentenaire, dépité par une relative défection citoyenne. Il s’est prononcé un peu trop vite, car à partir de 16h l’affluence a marqué un pic. La tendance concernant les femmes qui était mitigée au début de la marche a été finalement inversée. «La chaleur y est pour beaucoup, il faudrait peut-être revoir l’horaire et le décaler vers 17h», propose Neziha qui se fond dans la foule. Cette dernière a scandé en chœur «Dawla madania, machi asskaria !», (Etat civil et non militaire), «La hiwar, la hiwar, maa houkoumat elgheddar !» (Pas de dialogue avec le gouvernement des traitres). Ou encore : «Ya Bensalah rouh terteh, chaab mossamem ala el kifah !» (ô Bensalah, allez vous reposer, le peuple poursuit son combat), allusion à son état de santé, car il est apparu à la télévision très affaibli. Mais il n’y a pas que lui qui a essuyé les foudres des Constantinois. Le chef d’état-major en a aussi pris pour son grade. «El djeich echaab, khawa khawa, wel Gaïd Salah maa el khawana !», (L’armée et le peuple sont des frères et Gaïd Salah est avec les traîtres) ont résonné les artères principales du centre-ville.  Naïma Djekhar

ANNABA : Forte mobilisation malgré la canicule

Temps caniculaire (38 degrés à l’ombre), grande affluence sur le Cours de la Révolution et les importantes artères de la ville. Telle était l’ambiance, hier, lors des manifestations du 16e vendredi à Annaba pour exprimer ler rejet au chef de l’Etat Abdelkader Bensalah et de son discours de jeudi. Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire n’était pas en reste puisqu’il a eu, lui aussi, droit à des slogans hostiles. Parmi la foule, il y avait des Mozabites qui brandissaient le portrait du défunt Kamel Eddine Fekhar. Les cris de rejet fusaient de partout dont les messages convergent tous vers le pouvoir en place : «Saymine, Fatrine, Kharjine Kharjine !» (Carême ou pas, nous marcherons toujours), «Système dégage !», «Bensalah dégage !», «Bedoui dégage !», «AGS dégage !». A leur passage sous les balcons, les manifestants ont troqué leur sueur contre un arrosage en eau fraîche pour pouvoir continuer à marcher contre la feuille de route des résidus du système de Bouteflika. «J’ai insisté à marcher au lendemain du Ramadhan pour insister sur le départ des deux “B” qui nous empoisonnent la vie. Ils savent bien qu’ils sont indésirables, mais ils jouent la montre. A leurs dépens, notre détermination est intacte tout autant que la mobilisation populaire. S’ils comptent sur le temps, il n’y aura pas d’usure», a tranché un jeune étudiant qui conduisait le peloton de son groupe. «Mes enfants ont préféré venir marcher avec moi et ne pas aller faire trempette. C’est dire que leur priorité c’est l’Algérie avant tout», s’enorgueillit un professeur en médecine en activité au CHU d’Annaba. M-F.G.

KHENCHELA : Des slogans contre Gaïd Salah

Un nouveau slogan a fait son apparition lors de la manifestation du 16e vendredi à Khenchela, «Antouma matehchmouche wehna manahbsouche !» (Vous vous n’avez pas honte, et nous on ne s’arrêtera pas). Ils sont déterminés à poursuivre leur mouvement de protestation jusqu’à ce que le dernier homme du «système mafieux dégage». Les manifestants réclament à tue-tête un «Etat civil» et le transfert du pouvoir à une «autorité civile consensuelle». Ils ont également souligné : «Pas d’élections avec la bande». Les manifestants qui s’étaient rassemblés devant la cinémathèque de la ville ont déployé des slogans contre le président de l’Etat Abdelkader Bensalah et le Premier ministre Noureddine Bedoui, mais aussi contre le chef de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, principale cible des manifestants cette semaine, et cela pour la première fois depuis le début des manifestations. Ils ont également insisté sur «un Etat civil et non un régime militaire». Il est par ailleurs nécessaire de souligner que le slogan «Djeich, Chaab, khawa khawa» a été fortement scandé par les manifestants. Mohamed Taibi

Jijel : En présence de Fodil Boumala

Rencontré dans la marche de ce 16e vendredi à Jijel, l’universitaire et militant Fodil Boumala nous dira : «Depuis Jijel, je marche avec mes compatriotes. Je considère que c’est la marche la plus longue de par sa distance et le trajet, ça fait entre 4 et 6 km. Les slogans et l’engagement sont les mêmes et la détermination est encore plus forte, ce qui explique que l’unité nationale dans un cadre pacifique face à un régime autiste s’accentue de plus en plus. Cela me renvoie au discours de Bensalah dans lequel il parle de sagesse, de rationalité et de dialogue. Comme dans celui de Gaïd Salah, il n’y a pas de sagesse parce que c’est tout un régime qui pour se renouveler s’oppose à la volonté et légitimité du peuple, à la vox populi qui voudrait le changer structurellement, et de l’autre côté pour se maintenir et se perpétuer il est prêt à marcher sur l’ensemble des aspirations de tout un peuple à la liberté, à un Etat de droit et à la démocratie.» Revenant à la rationalité, il s’interroge : «Y a-t-il un pouvoir aussi absurde et irrationnel que celui d’Alger qui s’impose par la violence et la corruption contrairement à toute la sagesse du peuple accompagnée par un pacifisme extraordinaire ?» Quant au dialogue, il le considère comme un monologue puisque «Gaïd Salah comme Bensalah définissent le cadre, les acteurs, la démarche et a priori la finalité du dialogue. Ils veulent imposer une idée du changement dans la perpétuité du régime, ils veulent imposer aux Algériens une seule volonté : celle de maintenir le pouvoir en place, celle de sacrifier toutes les aspirations de la nouvelle génération à une démocratie, à un Etat de droit, à une vie libre, en communauté, dans l’unité nationale et dans l’intégrité territoriale».Fodil S.

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