Les manifestations à l’est du pays


Annaba , Souk Ahras , Oum el Bouaghi  :  «On ne votera pas !»

Ils sont venus de tous les coins pour réaffirmer leur soutien aux nombreux détenus du hirak et rejeter la présidentielle et bien sûr le projet de loi sur les hydrocarbures.

Les manifestants à Annaba, dont de très nombreuses femmes étaient présentes, scandaient sur le Cours de la Révolution des slogans hostiles au vote et aux symboles du régime en place. Ils ont appelé, à l’unanimité, au rejet de l’élection présidentielle dont les organisateurs font partie de la îssaba. «On ne votera pas tant que le reste de la bande n’est pas dégagé !», scandaient, au mégaphone, les manifestants. «La rue dit non à l’élection présidentielle en l’absence de toutes les garanties d’un scrutin libre, loin des ordres dictés par les généraux. Il ne reste plus qu’ils nous adressent des ordres d’appel pour voter», tonnent des avocats du barreau de Annaba, présents en nombre lors des manifestations d’hier. Comme d’habitude, le chef d’état-major d’armée et vice- ministre de la Défense a eu droit aux hostilités du mouvement citoyen.

Notons que les marcheurs ont été empêchés de manifester devant le siège de l’Autorité nationale indépendante des élections de la wilaya de Annaba. Ce qui a déplu à Nouaouria Amel, présidente du Comité d’initiative et de vigilance citoyenne (CIVC) qui, présente sur les lieux, a revendiqué le caractère pacifique de la manifestation.

Les marcheurs à Souk Ahras ont pris la parole en alternance pour exprimer leur refus à la militarisation de la vie politique, à la confiscation de la liberté d’expression, la bunkerisation de la capitale, les tentatives de relancer sous d’autres alibis les partis de la honte, pour répéter l’expression des marcheurs qui affichaient la liste nominative des partis vecteurs de la corruption, le FLN et le RND en pole position. «Combien d’autres sorties, s’interroge un jeune hirakiste, devrons-nous encore organiser pour faire entendre raison à ceux qui gèrent le pays ?»

Ce 35e vendredi à Oum El Bouaghi a vu la participation de plusieurs centaines de manifestants qui ont scandé : «Le peuple veut l’indépendance», «Le peuple demande le départ de Gaïd Salah», «La loi des hydrocarbures est une supercherie». Tout en marchant, des jeunes munis de tambourins ont clamé : «Nous jurons que nous n’irons pas voter !» (Wellah man votiwe ).

M.-F. G.,  A. Djafri, L. Baaziz

Biskra , Tébessa , Jijel :«Non à la loi de la honte !»

Pour le 35e acte du mouvement populaire pacifique contre le système politique entamé le 22 février de cette année, les hirakistes de Biskra se sont réunis, hier après-midi sur Sahat El Houria (place de la Liberté) du centre-ville, pour exprimer une fois encore leur aspiration à un Etat civil et non militaire, dénoncer les arrestations «abusives et illégales» des acteurs du hirak, réclamer la libération de tous les détenus d’opinion sans exception et rejeter l’élection présidentielle du 12 décembre prochain, a-t-on constaté. «Il n’y aura pas d’élections cette année. Pas de vote coopté par la bande et les corrompus. Libérez Bouregaâ et emprisonnez les enfants des malfrats. Pouvoir assassinVous avez dilapidé les richesses du pays», ont scandé les manifestants avant d’entamer une marche sur la longue avenue Zaâtcha. Parfaitement au diapason de l’actualité, ceux-ci ont aussi clamé «Félicitations à nos frères tunisiens, notre tour viendra. Les Kabyles sont nos frères. Non à la zizanie (fitna).»  «Aujourd’hui, je rends un vibrant hommage aux victimes du 17 Octobre 1961, morts pour l’indépendance de l’Algérie.

A notre tour aussi de libérer notre Algérie. Il faut que le hirak continue jusqu’à l’instauration d’un Etat de droit, d’équité et de liberté, loin des restes du régime en place», a dit Saïd, inspecteur d’éducation nationale. Lors de cette marche pacifique, il était question également du projet de loi sur les hydrocarbures. Les hirakistes ont brandi des pancartes où est écrit : «Touche pas à mon pétrole», ou encore : «La loi de la honte qui veut vendre la dignité de l’Algérien  !»

La foule à Jijel scande «Tahia Djazaïr, Allah yerham echouhada !» ainsi que des slogans hostiles à Gaïd Salah. On entendra aussi : «Makanch elvot, Bedoui et Bensalah lazem itirou !» (Pas de vote, Bedoui et Bensalah doivent partir), «Ramenez le BRI et les forces spéciales, on ne votera pas !» «Irhalou les généraux !» (Les généraux dégagez !), «Les traîtres l’ont vendue !» Sur des écriteaux brandis par des manifestants, on pouvait lire : «Le peuple dit non au bradage de notre capital économique !»

H. Moussaoui, S. Lakehal, Fodil S.

Sétif , Khenchela, Guelma :«Yetnahaw Gaâ !»

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse beau, les Sétifiens sont au rendez-vous de l’histoire pour le 35e vendredi d’affilée. Hier, ils étaient des milliers à battre le pavé pour signifier leur refus de la feuille de route d’un pouvoir décidé à dicter sa loi et imposer l’élection présidentielle du 12 décembre prochain disqualifié par le scrutin de la rue. Ainsi, le face-à-face d’un langage de sourds continue. Ramant dans le sens contraire de l’histoire, le régime essaye par tous les moyens de faire passer le projet de loi sur les hydrocarbures. Ne changeant pas d’un iota, le discours de la rue n’exige, ni plus ni moins, que l’instauration d’une IIe République civile et non militaire, fustigeant les partisans du fait accompli. «Non à la loi sur les hydrocarbures», «Système dégage» «Etat civil et non militaire», lit-on sur de nombreuses pancartes. «Appelé à gérer les affaire courantes du pays, l’actuel gouvernement, illégitime de surcroît, n’a pas à ouvrir l’épineux dossier des hydrocarbures», relèvent des manifestants remettant sur le parvis le célèbre slogan «Yatnahaw Gaâ3 !»

Le changement radical du régime est aussi revendiqué à Khenchela, lors de la marche d’hier. Les mots d’ordre les plus répétés sont «Pas d’élection avec les bandes» et «El hirak wajib watani !» (le hirak est un devoir national), scandent les manifestants qui réclament aussi la libération de tous les détenus d’opinion. Ils réclament également le retrait immédiat du projet de loi sur les hydrocarbures. Il est indéniable que les hirakistes guelmis ont exigé, pour le deuxième vendredi consécutif, la libération d’un des leurs «Libérez Benamara ! Libérez benamara !» scandaient les marcheurs à travers les rues et boulevards de la ville.

K. Beniaiche, M. Taïbi, K. Dadci

Skikda : Solidarité avec Messaoud Leftissi

Messaoud Leftissi, le militant originaire de la ville de Skikda, placé sous mandat de dépôt à la prison d’El Harrach à Alger depuis le 21 juin pour « avoir porté le drapeau amazigh» a été «présent» lors de la marche d’hier. Son portrait a été, en effet, porté par un groupe de ses compagnons de lutte le long de l’itinéraire de la marche. «Libérez Messaoud Leftissi, libérez les détenus d’opinion» lisait-on sur les banderoles portant la photo du jeune militant.

La marche d’hier, qui a drainé beaucoup de monde, s’est aussi distinguée par plusieurs slogans, rappelant l’esprit même du mouvement du 22 Février. «Nous sommes la jeunesse, nous vaincrons !»

Les refrains repris en chœur par les manifestants sont, pour leur part, concentrés essentiellement sur le refus de l’élection présidentielle dont «Gaïd Salah tvoti wahdek !» (Gaïd Salah, vous serez le seul à voter). K. Ouhab

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