Les juges en grève : Verdicts différés pour les détenus d’opinion


Le procès de six détenus d’opinion emprisonnés pour port du drapeau amazigh s’est tenu le 22 octobre, au tribunal de Sidi M’hamed. Le procureur de la République avait requis deux ans de prison ferme et 100 000 DA d’amende.

Le verdict dans le procès des six détenus d’opinion, incarcérés à la maison d’arrêt d’El Harrach, n’a pas été rendu hier, pour cause de grève des juges. Les six détenus (Messaoud Leftissi, Tahar Safi, Bilal Bacha, Khaled Oudihat, Meharzi, Djaber Aïbèche Hamza) sont retournés à la prison sans connaître la décision de la justice. Pourtant, l’espoir avait germé le matin chez les familles et leurs soutiens en voyant le convoi de la police entrer au tribunal de Sidi M’hamed.

«Les familles et les avocats avaient espoir, lorsque les détenus ont été emmenés au tribunal. Ils pensaient que le juge allait se présenter et prononcer son verdict. L’attente a duré une bonne partie de la journée. Mais à la fin, tout le monde est parti déçu», s’offusque Me Yamina Alili, membre du collectif de défense.

Le procès de six détenus d’opinion, emprisonnés pour port du drapeau amazigh, s’est tenu le 22 octobre au tribunal de Sidi M’hamed. Le procureur de la République avait requis deux ans de prison ferme et 100 000 DA d’amende. Le prononcé du verdict était prévu pour hier. Les détenus ont été arrêtés lors de la marche du vendredi 21 juin, juste après le discours du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major sur le port du drapeau amazigh.

Présentés le 23 juin devant le juge d’instruction de la chambre 11 du tribunal de Sidi M’hamed, ils ont été placés sous mandat de dépôt pour «atteinte à l’unité nationale» (art. 79 du code pénal). Pourtant dans ses premières déclarations, le Syndicat national des magistrats (SNM) avait affirmé que les verdicts seront rendus. Issaad Mabrouk, président du SNM, avait été clair : «Les juges rendront les verdicts dans toutes les affaires jugées, malgré la grève.» D’autres déclarations contrediront cette annonce.

Les avocats enragent de ne pas pouvoir disposer d’informations sur les détenus dont ils espéraient la libération après le procès. «Les juges étaient absents de leurs bureaux. Ils avaient organisé le matin un rassemblement devant la cour d’Alger. A l’exception des greffiers et des agents chargés de l’opération de remise de certains documents, comme le certificat de nationalité et le casier judiciaire, relancée aujourd’hui, les juges étaient absents.

Il y avait uniquement les procureurs de la République pour la présentation des personnes. Les juges d’instruction étaient absents. Et puis même si tu les approches, ils ne veulent pas parler. Les juges se cachent derrière l’obligation de réserve», signale Me Alili.

Arrestation de Ben Mohamed

Aujourd’hui, d’autres détenus d’opinion devraient être présentés devant le tribunal de Bab El Oued pour l’énoncé des verdicts dans la même affaire (port du drapeau national et atteinte à l’unité nationale). «Nous craignons que cela finisse par un report comme c’est le cas aujourd’hui. Il n’y a rien dans la loi qui oblige le juge à prononcer dans un délai déterminé le verdict. Nous attendons ce soir pour voir quelle réaction auront les juges», signale l’avocate.

Les familles des détenus, des représentants de partis politiques et d’associations ainsi que de simples citoyens sont venus en nombre pour le sit-in auquel a appelé Arezki Challal, père du détenu et porte-parole du Collectif de défense des familles des détenus d’opinion. Après s’être regroupés dans la salle d’audience, ils grossiront la marche des étudiants.

Par ailleurs, signalons l’arrestation d’Ahmed Ben Mohamed, membre de la direction de l’ex-FIS. L’annonce a été faite par l’avocat Abdelghani Badi sur sa page Facebook. «Il a été arrêté chez lui par la gendarmerie de Rouiba. C’est la seule information que j’ai pu avoir de son fils avec qui je suis en contact.

Cette arrestation, prévisible, a sûrement un lien avec ses déclarations lors des marches du vendredi. Le chef d’inculpation est évident ‘‘atteinte au moral de l’armée’’. C’est le même chef d’inculpation pour Bouregaâ, qui devait être remis en liberté, si la loi était appliquée par les juges», croit savoir l’avocat. La garde à vue du leader de l’ex-FIS devrait être prolongée en raison de la grève des avocats, selon l’avocat. 

Post Views: 105