Les jeunes l’exhibent avec fierté : Le drapeau national, les Algériens se réapproprient leur symbole


Le drapeau national fait une apparition jamais remarquée auparavant. Les Algériens brandissent le drapeau vert, blanc, rouge. Ils le portent à bout de bras, autour du cou, sur les épaules. Mais ils l’épinglent aussi aux balcons, sur les capots des véhicules…

«Mon père est mort au maquis en 1959. Quelques mois après, je suis parti chez ma mère et je lui ai dit que j’ai vu notre drapeau à Belcourt. Elle m’en a confectionné un que j’ai caché. Je l’ai ressorti à l’indépendance du pays, le 5 Juillet 1962.

C’était une belle journée que j’avais vécue pleinement», raconte, très ému, Mohamed Kihli, qui embrasse l’emblème national. Marchant à ses côtés à la place du 1er Mai, ses deux petits-enfants se sont couverts du drapeau national. «J’ai toujours raconté à mes petits-enfants l’histoire de notre drapeau et le rôle du poète Moufdi Zakaria. Mounia et Zineddine ont baigné dans un univers nationaliste», poursuit-il.

Nouveauté durant ces jours joyeux de la révolution du sourire : les jeunes s’approprient avec fierté l’emblème de leur pays que certains ont cru voir ringardisé. «Ce drapeau est le nôtre, on ne le change contre rien au monde. Le régime nous a toujours méprisés, comme il a méprisé ce drapeau. A Bordj El Kiffan où j’habite, le wali Zoukh est venu en visite.

L’APC a déployé partout des drapeaux et a jeté tous les déchets à la mer. Après le départ de la délégation du wali, tous les drapeaux ont été retirés. L’Etat ne veut pas que les gens les prennent», s’indigne un jeune supporter du MCA, rencontré à la Grande-Poste, l’écharpe de son club fétiche autour du cou.

Le commerce des objets aux couleurs nationales (casques, masques, écharpes, pin’s, etc.) s’est renforcé ces dernières semaines. Sentant le filon, des revendeurs s’installent le long des parcours des marcheurs. La vingtaine à peine entamée, Dahmane affirme qu’il «vend à contrecœur» les drapeaux et autres fanions. «Je le fais pour gagner un peu d’argent.

Mais il m’arrive, je vous le jure, d’en offrir à des enfants qui n’ont pas de quoi s’en acheter un», raconte-t-il, en montrant sur son smartphone des jeunes déployant le drapeau national lors des affrontements avec la police à El Mouradia. Agé de 34 ans et père de deux enfants, Touzout Mohamed Lamine est chômeur. Il dit profiter des événements particuliers de ces derniers jours pour placer son étal encombré d’objets à l’entrée de la place Réda Houhou (ex-Clausel).

«40 millions de drapeaux»

Les clients se comptent par dizaines. «Je viens de vendre un drapeau à un émigré qui m’a dit qu’il prendra son vol dans la journée et défilera le week-end à Paris. Vendredi dernier, ma main s’est presque détachée à force de remplir les sachets. Tout le monde veut avoir son drapeau. Il ne m’en restait même pas un pour défiler. J’ai pour 50 millions de marchandises à la maison. J’ai dit à un parent que nous allons libérer le pays», sourit-il.

Les objets vendus proviennent de Chine. Mais, ces derniers jours, des régions se sont spécialisées dans la confection des drapeaux.

«C’est un gars de Sidi Lakhdhar (Aïn Defla) qui nous fournit en drapeaux. Je préfère m’approvisionner chez lui que chez les grossistes de Djamaâ Lihoud, à La Casbah. Là-bas, les ateliers se comptent par dizaines. Il y en a même sous les arcades de la Pêcherie, où un grossiste en a fait sa spécialité», précise Mohamed.

Un commerçant fait remarquer que les confectionneurs et les revendeurs «s’en sortent mieux» que les commerçants légaux. «Ils ont augmenté de 60 DA les prix de tous les produits.

Le drapeau de moyenne dimension (1,5 m et 90 cm) est à 500-600 DA. Et puis, les revendeurs informels nous font une forte concurrence. Moi, je paie mes impôts, eux non…», s’offusque Mohamed qui a aménagé un étal devant sa boutique de la place Maurétania.

Malgré les prix excessifs, les Algériens achètent l’emblème national et l’exhibent avec fierté. «Je peux en témoigner, dans le temps, les gens n’achetaient pas de drapeaux. Ce n’est plus le cas. Il y a un retour aux valeurs patriotiques. Et c’est tant mieux. J’aimerais que 40 millions d’Algériens possèdent autant de drapeaux», souhaite-t-il.

Nacer Djabi : «Les Algériens se réapproprient les valeurs qui les unissent !»

«Il y a un retour aux valeurs qui unissent les Algériens. Je pense que c’est le bon choix. Politiquement, c’est très juste. Les Algériens veulent s’unir. Ils insistent sur les choses qui les unissent, c’est-à-dire le drapeau national et l’hymne national. La preuve, personne n’a posé de problèmes sociaux professionnels. Par exemple, à Alger, il y a des jeunes qui sont au chômage, mais personne n’a posé les problèmes socio-économiques. Les gens préfèrent réitérer les mêmes revendications : ”On ne veut plus de ce système, il faut que ce système parte, et puis après on verra.” En termes stratégiques, c’est très important, pour ne pas s’éparpiller et ne pas créer la cacophonie… Le retour au patriotisme est, je crois, très important, surtout que les autorités ont toujours accusé les jeunes de ne pas être des nationalistes et de détester le pays, alors qu’eux seraient les vrais moudjahidine et incarneraient de ce fait la Révolution… Aujourd’hui, c’est le petit peuple, ces jeunes, cette nouvelle génération, qui sont revenus vers le patriotisme et les valeurs positives.»

Post Views: 205