Les députés de la majorité s’en prennent au premier ministre Abdelaziz Djerad : Passe d’armes à l’APN


Échanges d’amabilités et critiques explicites entre les députés et le gouvernement… Un climat crispé a plané, hier, sur l’Assemblée populaire nationale (APN).

Oisifs depuis plusieurs semaines, les parlementaires, particulièrement ceux de la majorité FLN-RND-MPA-TAJ, ont repris du service pour accueillir, pour la première fois, le nouveau gouvernement, en place depuis un mois, dont le premier responsable, Abdelaziz Djerad, est venu présenter devant eux son plan d’action.

Le contact est loin de la courtoisie habituelle. Visages fermés, les membres de l’APN, à l’exception des élus du RCD, du FFS (le PT ayant démissionné de l’Assemblée) absents, donnaient l’impression d’être mécontents de recevoir un Exécutif qui, jusque-là, a ignoré leurs formations respectives. Leur colère, très mal contenue pendant l’intervention du Premier ministre, a fini par être exprimée juste avant l’ouverture des débats autour de ce plan d’action.

Et pour cause, Abdelaziz Djerad leur a lancé des piques qu’ils n’ont pas supportées. Celles-ci concernent, notamment, la légèreté avec laquelle ils ont expédié la loi de finances pour 2020, en décembre dernier. Il les informe ainsi de la décision de l’Exécutif d’élaborer un projet de loi de finances complémentaire pour corriger les «anomalies» avalisées par le Parlement, avec ses deux Chambres. «J’informe les députés que j’ai proposé au président de la République la préparation d’un projet de loi de finances complémentaire pour traiter certaines anomalies contenues dans la loi de finances 2020, notamment la suppression de certaines taxes arbitraires imposées aux travailleurs du Sud et à ceux exerçant des fonctions libérales, dont l’objectif était de semer la zizanie», a-t-il déclaré.

Un coup d’assommoir pour les députés, pris ainsi pour la énième fois en flagrant délit de «bâclage» de leur travail, pourtant d’une importance capitale, puisqu’il s’agit d’adopter des textes législatifs qui engagent l’avenir du pays.

Bedoui taclé aussi

Mais la critique s’adresse aussi au gouvernement de Noureddine Bedoui, auteur de cette loi, fortement contestée par le mouvement populaire en cours. Reprenant conscience, le président de l’APN, Slimane Chenine, a tenté de défendre ses collègues. «Ce texte est passé par là. C’est vrai qu’il y a des mesures qui suscitent la polémique, mais les députés ont fait leur travail», dit-il, à l’issue de l’intervention du Premier ministre.

Il est applaudi, pour cette réaction plutôt maladroite, par les parlementaires du FLN, du RND, de TAJ et du MPA. Mais ce n’est pas l’unique fait qui a suscité la colère de ces derniers. Les allusions faites par le premier responsable du gouvernement concernant le mode électoral qui a conduit à l’élection de cette Assemblée ont aussi eu un effet assommant.

Après avoir loué le hirak populaire, Abdelaziz Djerad évoque l’intention de son gouvernement de «réaliser la rupture avec les pratiques désuètes en matière de gouvernance politique, sociale et économique du pays». «La consécration d’une véritable démocratie passe par la révision de l’arsenal juridique encadrant les élections, pour mettre en place des règles et des conditions strictes visant à mettre un terme à l’influence négative de l’argent sale sur la vie politique.

Notre démarche tend aussi à mettre en place de nouvelles règles garantissant la transparence dans le financement des campagnes électorales et des partis politiques en vue de permettre l’émergence d’une nouvelle génération d’élus», affirme-t-il, prônant également le dialogue «avec ceux qui ne partagent pas les orientations du gouvernement». Il affiche aussi sa volonté de renforcer le respect des libertés démocratiques.  Les députés de la majorité, particulièrement ceux du FLN, tentent de riposter.

Des députés du FLN critiquent des ministres hirakistes

Traités depuis le mois de février dernier de «cachiristes» (mangeurs de cachir) par le mouvement populaire, ils essaient de se dédouaner. Certains d’entre eux ont ciblé des membres du gouvernement pro-hirak, avant d’accepter des portefeuilles ministériels. «Moi, j’ai voté par conviction et j’ai assumé mon acte.

C’est à vous de nous expliquer votre attitude. Je ne vais pas vous traiter de ‘‘harki’’, mais il faut visionner vos précédentes vidéos sur vos portables. Qu’est-ce que vous vous disiez, quand vous vous regardiez dans le miroir chaque matin ?» demande Lies Saadi, député du FLN d’Alger, qui a pris la place de Sid Ahmed Ferroukhi, après sa démission de l’APN au début du hirak.

Cachés depuis le début du mouvement, des députés de l’ex-parti unique, ayant soutenu toutes les politiques du pouvoir, tentent de se refaire une virginité.

C’est le cas de Abdelhamid Si Affif. N’ayant pas souvent l’habitude d’intervenir à l’hémicycle, ce dernier a pris la parole hier «pour charger tous les gouvernements précédents qui ont, dit-il, échoué».

Ses collègues du même parti saluent «la démarche du dialogue prôné par le président Abdelmadjid Tebboune», mais insistent sur la nécessité «d’éviter l’exclusion de toutes les parties». Une manière, pour eux, de dire qu’il ne faut pas enterrer le FLN…

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