Les activistes parlent d’une guerre électronique : Des profils et des pages Facebook pro-hirak ciblés


Signalement par des trolls de pages pro-hirak, blocage de profils d’activistes en vue. Mais aussi parfois des poursuites en justice. Les attaques sur les réseaux sociaux et les poursuites en justice pour «diffusion d’un contenu subversif» se sont multipliées ces derniers jours.

Cette semaine, Ali Houari, administrateur de plusieurs pages Facebook, a été arrêté par des éléments des services de sécurité à Cherchell (Tipasa). Il devra être présenté aujourd’hui devant le procureur du tribunal de la ville, a indiqué, en début de soirée d’hier, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) sur sa page Facebook.

Il y a quelques jours, le jeune activiste et poète Tadjadit Mohamed a été placé en garde à vue à la gendarmerie de Bab Djedid (Alger) avant d’être placé en détention provisoire par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) pour ses écrits militants. Les poursuites en justice concernent des militants «professionnels», des journalistes, des élus et même des citoyens lambda.

Ainsi, l’animateur de Radio Oued Souf, Adel Azeb Cheikh, a été placé en détention provisoire à El Oued le 14 octobre. Il lui serait reproché la publication sur sa page d’un post sur le rassemblement des chômeurs devant l’ANEM locale. Le directeur de cette agence a déposé plainte pour «publication d’images sans autorisation de l’auteur» et «injures et insultes», précisent des médias.

A Tizi Ouzou, le président de l’APC de Bouzeguène, Rachid Oudali, a été auditionné par la brigade de lutte contre la cybercriminalité. «Il est auditionné suite à ses publications sur sa page. Il y a aussi Kessi Toufik des Ouacifs, poursuivi pour ‘‘publication d’un contenu subversif’’. Nous avons bien sûr les activistes Lalami Brahim de Bordj Bou Arréridj et Ghermoul, auditionnés pour les mêmes motifs», recense Kaci Tansaout, coordinateur du CNLD.

Les attaques des «doubab» (mouches électroniques) et les pro-élection concernent particulièrement les pages hirakistes, surtout les plus visibles. «Nous avons nous-mêmes été attaqués. Facebook nous permet uniquement de poster du contenu (textes et images), mais nous ne pouvons plus pas partager des posts. Après consultation, nous avons décidé de ne plus accepter des faux profils avec des noms doubles», signale Tansaout dont la page CNLD a été «bloquée» ces dernières semaines pour son contenu militant.

Les militants du hirak dénoncent les «doubab» lancées dans une véritable guerre électronique. «C’est une guerre électronique. Après avoir verrouillé les espaces médiatiques, ils passent aux réseaux sociaux, dernier espace d’expression et d’information pour les Algériens. Le pouvoir et ses relais ont perdu la bataille des médias lourds qui n’ont plus de crédibilité auprès de l’opinion. Restent les réseaux sociaux qui sont une source d’information importante, de mise en réseau et même de mobilisation. Le hirak, jeune en majorité et à jour, s’est saisi de cet outil redoutable. Il a beaucoup aidé à l’organisation malgré ces attaques, les fake news. Les réseaux gardent du crédit chez l’opinion, surtout quand cela vient de militants et activistes, blogueurs, youtubeurs connus, qui sont des faiseurs d’opinion», explique Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, qui a lui-même été interdit de publication après des attaques massives sur sa page personnelle. 

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