Le verdict sera prononcé le 30 octobre : 18 mois de prison ferme requis contre cinq porteurs de l’emblème amazigh


Le procureur de la République près le tribunal de Baïnem, à l’ouest d’Alger, a requis 18 mois de prison ferme et 50 000 DA d’amende à l’encontre de cinq détenus accusés d’«atteinte à l’unité nationale» pour avoir brandi l’emblème amazigh lors de la marche du 21 juin dernier. La demande du procureur a été faite à l’ouverture, hier, du procès des concernés, en l’occurrence Ider Ali, Boudjemil Mohand, Karoun Hamza, Lekhal Kamal et Okbi Akli.

Ouverte vers 11h, l’audience a commencé par l’intervention du président du tribunal qui a interrogé les accusés sur leurs intentions en brandissant cet emblème. Et sans hésiter, les cinq jeunes, debout face au juge, répondent à l’unanimité et sans trembler : «Cet emblème représente notre identité amazighe.» Présentant des signes de fatigue après plus de quatre mois de détention, les détenus restent toutefois dignes. Ils sont même convaincus que leur cause est juste et que l’incarcération est, comme l’a d’ailleurs expliqué le collectif d’avocats qui s’est constitué pour défendre ces jeunes, «injuste».

En effet, la plaidoirie des 12 avocats présents au tribunal a justement porté sur le combat noble de ces jeunes arrêtés dans le hirak, qui s’est soulevé contre un régime qui a ruiné le pays. «Comment peut-on accuser ces innocents qui ont protesté contre le pouvoir mafieux ? Un pouvoir qui a mené, pendant des années, le pays vers le chaos. C’est le comble. Au lieu de juger les responsables de cette situation, ce sont ces jeunes qui sont accusés d’ »atteinte à l’unité nationale »», s’écrie l’avocate Imedjdoubene Nabila, qui a fondu en larmes. L’avocate dénonce, dans la foulée, l’attitude des policiers qui se sont même moqués du détenu Akli Okbi venu de Bouira. «Pourquoi n’êtes-vous pas allé nager chez vous à Bouira ?» lui ont-ils lancé, selon l’avocate.

Prenant la parole juste après, Me Seddik Mouhous s’intéresse à l’article 79 du code pénal sur la base duquel il y a eu toutes ces incarcérations. «L’article 79 est un article flexible et on peut en faire plusieurs interprétations. Dans le code pénal, le délit d’opinion n’existe pas. Si la Constitution algérienne est la mère des lois, soit vous vous appuyez sur cette dernière, soit sur un discours d’un haut responsable», déclare-t-il à l’adresse du juge, en faisant allusion au discours du chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah.

Après les plaidoiries des avocats, la juge redonne la parole aux prévenus qui ont, comme l’ont fait leurs codétenus avant-hier au tribunal de Sidi M’hamed, demandé la restitution de leur emblème amazigh et l’acquittement. Avant de lever la séance, la présidente du tribunal annonce que le verdict sera prononcé mercredi 30 octobre. Ce procès est le deuxième du genre, après celui tenu avant-hier au tribunal Sidi M’hamed, qui devra ouvrir des dizaines d’autres dossiers des porteurs de l’emblème amazigh et des détenus du hirak incarcérés pour d’autres chefs d’inculpation. 

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