Le nouvel Exécutif face à la crise


Déficits chroniques, chômage, informel et investissements

Le pouvoir avait l’occasion cette fois-ci de montrer en effet qu’il pouvait tenir compte de la nouvelle configuration des partis au sein de la nouvelle APN, mais il ne l’a pas fait. Pourquoi ?

La nomination de l’ex-ministre des Finances, Aïmen Benabderrahmane, comme nouveau Premier ministre d’un gouvernement post-législatives a quelque peu surpris l’opinion. Le pouvoir avait l’occasion cette fois-ci de montrer en effet qu’il pouvait tenir compte de la nouvelle configuration des partis au sein de la nouvelle APN, mais il ne l’a pas fait.

Pourquoi ? La question reste posée, même s’il y a lieu de reconnaître que la nouvelle Chambre basse souffre d’un énorme déficit de légitimité en raison notamment du très faible taux (23%) de participation au vote. Et le constat vaut aussi et surtout par rapport à la nouvelle constitution, qui a été adopté avec toujours le même faible taux de participation au référendum du premier novembre dernier.

Les résultats médiocres de ces élections ont-ils amené le pouvoir à se recentrer sur l’une des questions qui semble figurer parmi les plus épineuses et les plus urgentes : l’économie en l’occurrencce. La situation financière du pays est telle que cela semble constituer la plus grande préoccupation de l’heure aux yeux des autorités.

Par ce choix, le pouvoir semble accorder la priorité aux problèmes économiques et financiers aux dépens des solutions urgentes à la crise politique et de confiance qui mine le pays. Mais, le moins que l’on puisse dire, est que le nouveau locataire du palais du Dr Saâdane aura du pain sur la planche.

Bien sûr, il reste à découvrir la liste des membres de son gouvernement. La nouvelle équipe informera davantage sur les intentions et les projets urgents de l’Exécutif. Mais d’ores et déjà, on peut avancer sans grand risque de se tromper que parmi ces derniers, l’on peut citer la crise financière. Le pays est mis en demeure de trouver les financements nécessaires pour combler les déficits budgétaires chroniques, d’autant que toutes les recettes ou presque ont été épuisées depuis la fameuses planche à billets initiée en 2017.

Les revenus des hydrocarbures ne suffisent plus

Les revenus des hydrocarbures ne sont plus suffisants pour assurer l’équilibre des dépenses incompressibles du budget de l’Etat. Les recettes fiscales sont de moins en moins importantes, alors que les recettes ordinaires, fruit des impôts prélevés dans le secteur hors hydrocarbures, ne couvrent même pas les dépenses de fonctionnement, et ce, depuis quelques années déjà. La Banque d’Algérie est en train d’user de tous les moyens pour arriver à trouver des financements.

La crise sanitaire rend encore l’équation plus difficile dans la mesure où la pandémie a un impact direct sur l’activité économique. L’année dernière, l’Algérie a enregistré un fort taux de récession et l’emploi a essuyé un coup très dur.

Selon les statistiques du gouvernement précédent qui a repris les résultats d’enquêtes des institutions internationales, quelque 500 000 emplois ont été perdus à cause de la crise sanitaire. Il s’agit là d’un des plus grands défis du prochain gouvernement à côté de celui du pouvoir d’achat des Algériens qui poursuit sa descente aux enfers.

Evidemment, tout cela est connu, il s’agit donc de mener des réformes hardies que les précédents pouvoirs n’ont su mener à bon port. Certains chantiers datent des années 1990. La réforme bancaire, l’hypertrophie de la Fonction publique, un secteur public économique budgétivore qui est maintenu sous perfusion, l’amélioration de l’environnement des affaires où il s’agirait de faire une place plus nette à l’investissement productif privé national et en même temps assurer une meilleure attractivité pour l’investissement étranger.

Enfin, toute une littérature que même l’Algérien lambda a sans doute déjà entendue plus d’une fois depuis des décennies. Les problèmes économiques sont divers et multiples et c’est ce que semble vouloir dire le président Tebboune à travers ce choix.

Sauf que… les réformes économiques ou autres n’ont jamais été un long fleuve tranquille. L’expérience des autres pays qui nous ont devancés sur ce registre montre à quel point la légitimité et le franc soutien d’un maximum de forces politiques et d’organisations syndicales authentiquement représentatives des travailleurs sont déterminants dans le succès de ces entreprises politiques d’envergure. Elles sont même la clé de voûte.


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