Le mouvement populaire – Gaïd Salah : Le face-à-face


C’est une confrontation politique ouverte entre le mouvement populaire et le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah.

Le 14e vendredi consécutif de mobilisation citoyenne pour le changement du système politique confirme le face-à-face entre le choix des Algériens pour un sérieux processus de transformation radical de la nature du régime politique et l’option que cherche à imposer le nouveau pouvoir incarné par Ahmed Gaïd Salah.

Plus que deux lignes de partage qui ne cessent de s’écarter l’une de l’autre, il s’agit manifestement de deux mouvements avec deux directions opposées. L’un massif, inscrit dans la marche de l’histoire, l’autre minoritaire, à contre-courant de l’espérance algérienne.

L’un cherche à sortir de l’impasse historique qui enferme le pays et lui redonner de nouvelles perspectives et la promesse d’un avenir meilleur, l’autre passéiste s’emploie à résoudre un crise interne au pouvoir sur fond de règlements de comptes et de recomposition autoritaire.

Le mot d’ordre dominant dans les manifestations d’hier sonne comme un rejet massif et sans équivoque de l’orientation que veut donner le chef d’état-major à l’insurrection citoyenne. Il s’est retrouvé au centre de toutes les critiques. Les slogans étaient d’une hostilité rare à l’égard du «successeur» de Abdelaziz Bouteflika. «Séparé» de l’institution militaire, les manifestants ont fait d’Ahmed Gaïd Salah la cible toute désignée.

Les marches de ce 14e vendredi sont venues répondre aux discours distillés par le chef de l’armée. Lui, qui a fait une incursion pour le moins curieuse durant la semaine, pour critiquer le mouvement populaire en voulant lui dicter la marche à suivre, en a eu pour son grade. Le message du peuple du vendredi est clair en s’accrochant plus que jamais à l’ambition d’en finir avec le système politique, ses symboles, ses instruments et ses incarnations.

Avec la même vigueur, les Algériens n’ont pas cédé aux pressions du chef de l’armée, déjouent intelligemment les campagnes propagandistes des médias aux ordres et mettent en échec les tentatives de détournement des objectifs de la révolution démocratique. Une détermination à porter le combat jusqu’à son aboutissement.

A l’obstination du pouvoir, les millions de citoyens en insurrection répondent par une détermination sans faille. Pacifiques, raisonnables et animés d’une généreuse ambition, les Algériens depuis de longues semaines de lutte montrent la voie, mais le pouvoir fait dans la résistance et déploie les éléments de la contre-révolution.

L’effacement du chef d’Etat réduit au silence et la mise en quarantaine du gouvernement de Bedoui illégitime révèlent le blocage de la gouvernance nationale. Gaïd Salah, propulsé en première ligne depuis la déposition de Abdelaziz Bouteflika, donne l’impression d’un homme qui s’est emparé de tous les pouvoirs, militaire, politique et judiciaire. Si en effet, la lutte contre la corruption – son cheval de bataille – est nécessaire, elle ne peut constituer un projet politique en phase avec le soulèvement algérien.

Clivant, il s’est mis à dos l’ensemble de la classe politique, les élites nationales opposent un refus catégorique à sa «démarche» et enfin le manifestations à travers tout le pays exigent l’instauration du nouvel ordre démocratique.

L’insurrection citoyenne entame son quatrième mois et le pays commence à s’installer dans une zone de tension à mesure que le pouvoir verrouille le jeu et empêche toute possibilité d’un dénouement tant espéré. Il va sans dire que la ligne défendue par le chef d’état-major fonce droit dans le mur. L’élection présidentielle est tout naturellement disqualifiée.

Le débat est déjà dans l’après-échéance du 4 juillet, qui n’aura pas lieu. Tout n’est pas perdu. Il reste du temps pour corriger le tir. L’annulation de la présidentielle du 18 avril, qui a conduit au départ de Bouteflika, n’a pas pu constituer le point de départ pour l’amorce d’un processus de changement politique. Un ratage historique.

D’où la nécessité absolue de saisir l’occasion de l’annulation du scrutin du 4 juillet afin d’engager le pays sur la voie de la construction de la nouvelle République et d’éviter un second échec qui serait périlleux. La balle est dans le camp du pouvoir.

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