Le ministère de l’Enseignement supérieur rassure et pointe l’impact du coronavirus


Des étudiants algériens en angleterre se plaignent d’un retard de renouvellement de leur bourse

Des étudiants algériens inscrits dans des universités anglaises s’inquiètent du retard accusé dans le renouvellement et la perception de leur bourse. Le ministère de l’Enseignement supérieur affirme de son côté que «tous les renouvellements ont été faits» et que la majorité des étudiants boursiers «ont été payés», en précisant que cette année, pandémie oblige, la procédure de renouvellement a été faite via une plateforme numérique.

De nombreux étudiants qui poursuivent leur cursus dans les universités anglaises, et qui sont boursiers de l’Etat algérien, expriment de vives inquiétudes suite au retard mis dans le renouvellement et la perception de leur bourse.

Dans un témoignage écrit qui nous a été adressé, une jeune chercheuse basée à Londres qui prépare un doctorat en études postcoloniales et littératures comparées, lance un appel aux autorités pour régler au plus vite cette situation.

«En 2014, écrit-elle, le gouvernement algérien entame le programme des bourses d’études vers l’Angleterre destinées aux étudiants majors de promotion de la filière Langue et Littérature anglaises».

«La logique de cette bourse, poursuit-elle, était d’envoyer des étudiants à l’étranger pour des études doctorales en leur faisant signer un contrat de fidélité de sept ans qui oblige les boursiers à revenir en Algérie et rejoindre leur poste de travail à titre d’enseignants dans des universités algériennes».

Tout au long de leur formation doctorale, les bénéficiaires de cette bourse doivent faire valider leurs résultats académiques auprès du ministère de tutelle, pour avoir droit au renouvellement de leur traitement. «Chaque année, le consulat, ainsi que le ministère de l’Enseignement supérieur exigent de nous de revenir en Algérie pour une opération de renouvellement de la bourse d’études».

Nos jeunes universitaires expatriés sont alors tenus de «remettre une ‘‘fiche de suivi’’ qui consiste en une sorte de formulaire comportant nos détails personnels, une déclaration de l’étudiant à propos de ses progrès, ainsi que les observations du directeur de projet (l’encadrant de la thèse).

Cette fiche de suivi est ensuite revue par un enseignant», détaille l’étudiante. Cette année, pandémie oblige, la procédure de renouvellement a été faite en ligne via une plateforme numérique créée à cet effet.

«On y déposait les documents requis à partir du 3 août 2020. Un mois plus tard, l’inquiétude commençait à s’installer car on n’a reçu aucune nouvelle», confie la chercheuse. «Etant donné que nous sommes dans un pays étranger, on n’a pas d’autres ressources pour subvenir à nos besoins qui consistent à payer le loyer, se nourrir, régler les frais médicaux, payer les livres, les déplacements à l’université…».

Ne voyant rien venir, «les étudiants qui sont à Londres ont formé un groupe et se sont rendus au siège du consulat afin d’attirer l’attention du consul sur cette situation inquiétante».

Il leur est rétorqué qu’ils devaient voir avec le ministère de l’Enseignement supérieur. «Nous avons saisi le ministère par voie électronique et par téléphone, et nous avons reçu cette réponse : ‘‘Le problème ne vient pas d’ici. Veuillez contacter le consulat. Vos papiers ont été signés et envoyés à destination’’.

Et nous attendons ‘‘Godot’’ qui n’arrive jamais. Un autre mois qui s’écoule et toujours aucune nouvelle. Les étudiants risquent l’expulsion si le loyer n’est pas payé (…) et sont susceptibles d’avoir de sérieux problèmes si les frais des universités ne sont pas réglés», alerte l’étudiante, désemparée.

Le récit de cette doctorante recoupe de nombreux témoignages similaires postés sur les réseaux sociaux. Sur la page Facebook du ministère de l’Enseignement supérieur, et suite à la publication, le 8 octobre dernier, d’une annonce relative aux boursiers retenus pour poursuivre leurs études en Hongrie, on pouvait dénicher au milieu des commentaires des messages de détresse lancés par des étudiants aux abois inscrits dans les campus british.

«Les doctorants boursiers en Grande-Bretagne font face à de nombreuses difficultés. Leurs papiers de renouvellement n’ont pas été réglés pour la nouvelle année académique.

Il y a un retard inacceptable dans l’envoi de la bourse d’études, ce qui a causé des problèmes pédagogiques avec les universités recevantes, et bien sûr des problèmes financiers (qui affectent) leur situation de logement, sachant que plusieurs étudiants sont sur le point d’être expulsés», s’alarme une boursière. «Il est juste de dire qu’on est gravement marginalisés», s’indigne-t-elle.

«Tous les renouvellements ont été faits»

Contacté par nos soins, le ministère de l’Enseignement supérieur a tenu à remettre les pendules à l’heure au sujet de ces perturbations. Arezki Saïdani, directeur de la Coopération et des Echanges Inter-Universitaires, joint par téléphone, a précisé d’emblée : «Nous, on a pris toutes nos dispositions.

Cette année, en raison de la pandémie de Covid-19, nous avons demandé à tous nos boursiers de rester sur place et ne pas rentrer au risque d’être bloqués.

Nous avons mis en place une plateforme électronique, et tous les renouvellements ont été faits en ligne, en ayant recours à la pertinence et aux moyens très perfectionnés du numérique afin de traiter l’information et communiquer les résultats des évaluations avec diligence».

M. Saïdani assure que les choses ont été faites «dans les délais» en indiquant que pour cette opération, le ministère a «mobilisé une centaines d’experts». «Mais comme les frontières, les espaces aériens sont fermés, il n’y a pas de vol. La valise diplomatique est envoyée de temps en temps.»

Le responsable ministériel explique dans la foulée qu’en temps normal, «on met toutes les décisions dans la valise diplomatique et elles sont transmises au consulat. Cette année, nous vivons une situation inédite. Il n’y a pas de vol pour envoyer les valises diplomatiques.

Du coup, on a eu recours au télex.» «Tous les renouvellements ont été faits, les décisions signées, et le ministère des Affaires étrangères devait procéder au versement des bourses des étudiants. Donc, il n’y a pas de problème», insiste Arezki Saïdani. Il ajoute que «les étudiants, dans leur majorité, ont été payés. Il y a eu un retard qui est lié justement aux contingences actuelles. Sinon, il n’y a aucun problème.»

Le directeur de la Coopération et des Echanges Inter-Universitaires précise par ailleurs : «Nous, on s’occupe de l’aspect pédagogique. Et sur la base des résultats des étudiants, le consulat procède au renouvellement des bourses.» Pour l’Angleterre, «nous en sommes à plus de 360 renouvellements», fait savoir notre interlocuteur.

S’agissant du montant de la bourse, «au Royaume-Uni, elle vaut l’équivalent de 1400 euros mensuels». «La bourse est versée tous les trois mois. Elle est virée à l’avance parce qu’elle prend en charge les frais de subsistance de l’étudiant et les besoins essentiels liés à son séjour», affirme M. Saïdani.

Il ajoute que «la bourse sert uniquement pour vivre et payer le loyer. Pour le reste, les frais de formation, les frais de participation à des activités de laboratoire, etc. ils sont pris en charge par le gouvernement».

Par ailleurs, le représentant du ministère de l’Enseignement supérieur souligne que «le renouvellement de la bourse n’est pas automatique».

«Habituellement, l’étudiant boursier rentre en Algérie et passe devant un comité d’experts qui évalue ses résultats, et c’est sur la base de ces résultats et des documents pédagogiques produits par l’université d’accueil qu’on procède au renouvellement de bourse», dit-il.

Interrogé sur le nombre de boursiers de l’Etat algérien qui sont à l’étranger, Arezki Saïdani nous apprend qu’il y a environ «2000 étudiants boursiers en tout» ainsi que «des enseignants qui sont partis dans le cadre du programme national exceptionnel». Le responsable ministériel précise qu’il y a des «étudiants qui ont été rapatriés, qui n’ont pas terminé leur cursus, et qui doivent repartir après la réouverture des frontières»

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