Le hirak réinvestit le terrain à Sidi Bel Abbès


Les activistes du hirak ont réinvesti hier le terrain, à Sidi Bel Abbès, après presque deux mois de répression policière, particulièrement brutale et multiforme.

Rassemblés à proximité de la mosquée Aboubakr Essedik, des dizaines de citoyens ont entamé, hier vers 14h, une marche vers la place du 1er Novembre (ex-Carnot) pratiquement encerclée chaque vendredi, et ce, depuis le 12 décembre 2019.

Vendredi passé, une première tentative pour forcer le blocus imposé par la police aux manifestants pacifiques a été menée avant que la foule soit dispersée la police antiémeute. Hier, grâce à la solidarité agissante d’activistes venus d’Oran, de Aïn Témouchent et de plusieurs autres villes du pays, le blocus policier a sauté.

L’émotion était forte chez les principaux animateurs du mouvement populaire qui ont, finalement, réussi à se rassembler sur la place du centre-ville, en dépit de la crainte d’une nouvelle vague de répression d’un dispositif policier, certes moins important que vendredi dernier.

Les manifestants ont défilé devant des policiers en civil et en uniforme dans un climat de méfiance, se fixant du regard, notamment pour ceux qui ont été victimes d’arrestations arbitraires et de violences verbales.

«Nous avons été oppressés, pourchassés et même interdits de circuler librement dans notre propre ville par la police durant de très longues semaines. Notre combat continue face à l’arbitraire, pour une Algérie libre et un Etat de droit», lâche Noureddine, les larmes aux yeux, au moment de fouler la place du 1er Novembre.

A quelques rangées de lui, l’emblème national rejaillit ainsi qu’une banderole portée par deux hommes âgés et sur laquelle on pouvait lire : «Si tu vis, vis alors libre. Si tu meurs, meurs comme un arbre : debout».
Slogans et chants fusent, avec ferveur, au milieu de la foule où les discussions s’animent.

Les récits des arrestations violentes et arbitraires opérées par les éléments de la DGSN à Sidi Bel Abbès alimentent les discussions. Tout comme les humiliations subies par des femmes et des hommes dont le seul tort a été d’avoir pris part à une manifestation pacifique et d’avoir réclamé le droit à une expression libre. Certains, parmi eux, ont été contraints à un «exil intérieur» vers Tlemcen et Oran pour manifester. «Aujourd’hui, la reprise des marches de protestation est une victoire de plus pour le mouvement populaire.

Vendredi prochain, nous serons encore plus nombreux et nous fêterons, comme il se doit, le premier anniversaire du hirak, ici à Sidi Bel Abbès et pas ailleurs», indique un militant associatif interpellé à trois reprises par la police lors des marches. Après un rassemblement d’une demi-heure sur la place du centre-ville, la procession s’ébranle du boulevard de la République à destination du rond-point Le Garden avant de continuer vers le Monument aux morts, en face du siège de la wilaya.

A fur et à mesure que la foule avance, le nombre de manifestants grossi. «Dawla madania machi askaria !» (Un Etat civil pas militaire), «Libérez les otages !» «Djazaïr horra democratia !» (Algérie libre et démocratique), «Echaab yourid El istiklal !» (Le peuple veut son indépendance), scandent fièrement des centaines de personnes avant de retourner vers leur point de départ : la place du 1er Novembre.

M. Abdelkrim

Post Views: 23