Le général Hassan innocenté après avoir passé 5 ans en prison


APRÈS QUATRE HEURES D’UN PROCÈS à HUIS CLOS

Pour la troisième fois, le général Hassan, de son vrai nom Abdelkader Aït Ouarabi, connu pour avoir été un «baroudeur» durant des années en matière de lutte contre le terrorisme, s’est retrouvé jeudi devant les juges militaires.

Mais cette fois-ci, il a comparu en étant libre, après avoir purgé la peine maximale de 5 ans de réclusion criminelle, prononcée contre lui par le tribunal militaire d’Oran, quatre mois après son arrestation, le 27 août 2015, puis confirmée par la cour d’appel militaire de Blida quatre ans plus tard, et qu’il a purgée le 28 novembre 2020.

Très tôt dans la matinée, tous nos efforts pour accéder à l’imposant tribunal se sont avérés vains. Ordre a été donné pour ne laisser aucun journaliste assister au procès, dont l’audience s’est tenue à huis clos. Après quatre heures de débats, vers 14h, son avocat Mokrane Aït Larbi nous annonce que la cour d’appel militaire venait de prononcer l’acquittement au profit du général Hassan.

Il s’est abstenu de livrer des détails sur les débats, «étant donné le huis clos imposé», mais a confirmé que le procureur général avait requis «l’application de la loi». Le général Hassan est donc innocenté des deux chefs d’accusation : «destruction de documents» et «infraction aux consignes militaires», pour lesquels il a passé cinq ans en prison, et dont les vraies raisons sont à chercher dans cette «lutte de clans» au plus haut niveau de l’Etat, entre le défunt chef d’état-major de l’Anp, Ahmed Gaïd Salah, alors allié indéfectible du Président déchu, et l’ancien patron du Département de renseignement et de sécurité (DRS), le général Toufik, de son vrai nom Mohamed Mediène, autour de la présidentielle de 2014, dont la mise à l’écart au mois de septembre 2015 a été précédée par plusieurs limogeages ayant ciblé ses plus proches collaborateurs. Opérés sous couvert de «la restructuration», ces changements avaient pour but de priver celui qui s’était opposé au 4e mandat, mais aussi à celui qui avait ouvert les dossiers de corruption impliquant les hommes du premier cercle du Président déchu.

C’est dans ce climat que le général Hassan se retrouve au centre d’une affaire «qui n’aurait jamais dû atterrir au tribunal militaire», déclaraient ses avocats en 2019. Qu’en est-il au juste ? Quelques mois après l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine, à In Amenas, au mois de janvier 2013, qui s’est terminée par la mort de 37 otages et 27 terroristes, le Scorat (Service de coordination opérationnelle et de renseignement antiterroriste), que dirige le général Hassan depuis 2006 et qui dépend du DRS, a obtenu des informations sur des contrebandiers, qui s’apprêtaient à vendre des missiles anti-aviation faisant partie de l’arsenal de l’armée libyenne à des terroristes de l’Aqmi, composé d’Algériens mais aussi de plusieurs autres nationalités.

La transaction à quelques centaines de kilomètres de la frontière algéro-libyenne est mise en échec et l’armement récupéré après infiltration d’un groupe rival, le rachat de ce dernier et la neutralisation des terroristes.

De retour au pays, les éléments du Scorat sont interceptés au niveau d’un barrage militaire, sur le territoire de la 4e Région, dont le chef, le général Abderrazak Cherif, (en détention) était un des proches de feu Gaïd Salah. Ils sont placés en détention, puis libérés après intervention du patron du DRS.

Frappée du sceau de la confidentialité, l’opération fait partie du travail du Scorat, depuis sa création en 2006, notamment autour de la longue frontière qui sépare l’Algérie de la Libye, le Mali, le Niger et la Mauritanie, où les groupes terroristes se sont installés depuis longtemps et tentent à chaque fois des incursions.

Il est reproché au chef du Scorat de n’avoir pas informé l’état-major de ces armes. L’affaire est close, mais rebondit une année plus tard, alors que le général était déjà admis à la retraite à sa demande pour des raisons de santé. Le 27 août 2015, il est arrêté à son domicile et déféré devant le tribunal de Blida. Cette fois-ci, il n’a rien pu faire.

La machine était puissante, surtout que quelques semaines plus tard, son chef, le général Toufik, est limogé. Mais, pour la première fois dans sa carrière, ce dernier sort de sa réserve et déclare publiquement qu’il était au courant de l’opération. Trois mois après, le tribunal militaire d’Oran, devant lequel il a été déféré pour «destruction de documents» et «infraction aux consignes militaires», le général Hassan écope d’une peine maximale de 5 ans de réclusion criminelle, confirmée par la cour d’appel militaire de Blida, au mois de novembre 2019.

Il se pourvoit auprès de la Cour suprême, qui casse le verdict en mai 2020, et renvoie le dossier devant la même juridiction qui l’a condamné mais autrement composée. Le 28 novembre dernier, le général Hassan a quitté la prison après avoir purgé sa peine. Il y a quelques jours, son procès, le troisième, a été programmé.


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