Le discours ambivalent du pouvoir


Arrestations et poursuites judiciaires contre des manifestants

Aujourd’hui, il clair que ce retour aux mesures répressives ne peut en aucune manière contribuer à l’apaisement du climat pour favoriser ce «dialogue» prôné par le pouvoir. A moins que l’objectif recherché est toujours d’affaiblir le hirak afin de faire passer une feuille de route, tracée préalablement, sans interférence ni pression aucune.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a entamé sa série de consultations de personnalités politiques. Après avoir reçu successivement Benbitour, Rahabi, Hamrouche et Taleb Ibrahimi (il s’est déplacé par contre chez ce dernier, ndlr), il s’est entretenu, la semaine passée, avec Djilali Soufiane, premier chef de parti donc à s’être déplacé à El Mouradia.

Ce dernier, comme beaucoup d’autres, plaidait pour la mise en œuvre d’un nombre de préalables afin de «rétablir la confiance» et d’apaiser le climat avant l’entame du dialogue.

Si, dans un premier temps, et après la confirmation du résultat de la présidentielle, la libération d’un premier contingent de détenus d’opinion, au nombre de 76, le 2 janvier, a suscité de l’espoir chez certains de voir concrétiser ces préalables, du moins celui relatif à la libération de ces prisonniers, la suite des événements les a vite replongés dans le doute.

En fait, non seulement le reste des détenus d’opinion n’ont pas été libérés, dont les plus en vue, en l’occurrence Karim Tabbou, Fodhil Boumala, Abdelwahab Fersaoui et Samir Benlarbi, mais ces deux dernières semaines, il semble que les autorités ont adopté une nouvelle fois une attitude répressive vis-à-vis du hirak.

Au cours des deux derniers vendredis au niveau de la capitale, il y a eu un retour, durant la matinée, à la répression des manifestants, tout comme la réduction des espaces au centre d’Alger, ceci sans oublier le maintien des barrages filtrant l’accès à la capitale le jour de la manifestation. Les interpellations aussi sont de retour, et elles sont nombreuses !

Hier, 20 manifestants, arrêtés lors du dernier vendredi, ont comparu devant le procureur de la République. 18 d’entre eux sont poursuivis pour «attroupement et atteinte à l’ordre public».

Cette attitude a intrigué même ceux ayant pris part aux consultations. Hier, lors de son passage au forum du Courrier d’Algérie, le même Djilali Soufiane a évoqué une «reprise en main sécuritaire», qui intervient après la libération de dizaines de détenus, ce qui, d’après lui, «mettra en difficulté toute acceptation d’un dialogue sérieux».

Celui-ci a indiqué qu’il n’avait pas «senti» qu’il y avait une «manœuvre» de la part du Président et s’interroge, à cet effet, «s’il n’y a pas d’autres forces qui veulent bloquer le processus».

En effet, la situation prête fortement à confusion. Au moment où certaines personnalités et chefs de partis politiques s’attendaient à la mise en œuvre de «mesures d’apaisement», et après avoir libéré dans un premier temps un contingent de détenus d’opinion (liberté provisoire, faut-il préciser), voilà que les autorités prennent le chemin inverse. Effectivement, cette «reprise en main sécuritaire» est à l’opposé d’une logique d’apaisement qui accompagnerait un appel au dialogue.

Cela ne ferait que renforcer la conviction de beaucoup de partis politiques, dont bien évidemment ceux qui se sont regroupés au sein du Pacte de l’alternative démocratique (PAD), comme d’ailleurs ce dernier l’a signalé avant-hier dans un communiqué, que «le processus politique en cours, par le biais de consultations et de révision constitutionnelle, vise à légitimer le même pouvoir de fait».

A cet effet, et à propos des dernières arrestations, le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), Saïd Salhi, y voit, pour ce qui est du chef d’inculpation d’«attroupement et atteinte à l’ordre public», une volonté de «criminaliser» le hirak en vue de l’«interdire». «La justice tente de donner une couverture à la répression policière de la marche», a-t-il encore ajouté.

En tout cas, il est clair aujourd’hui que ce retour aux mesures répressives ne peut en aucune manière contribuer à l’apaisement du climat pour favoriser ce «dialogue» prôné par le pouvoir. A moins que l’objectif recherché est toujours d’affaiblir le hirak afin de faire passer une feuille de route, tracée préalablement, sans interférence ni pression aucune.

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