Le chaudron


La cellule de communication de la DGSN a réagi, samedi dans la soirée, à travers un communiqué, à la vague de dénonciations et aux vidéos de la manifestation improvisée d’Alger de samedi, diffusées sur les réseaux sociaux.

Sortis pour le troisième samedi consécutif dans le prolongement des marches du mardi des étudiants et du vendredi, les manifestants ont été accueillis par un dispositif de sécurité qui avait manifestement reçu pour consigne d’empêcher, y compris par le recours à la force et à la répression, l’organisation de la marche. Les images des interpellations musclées des activistes du hirak, dont celle montrant au boulevard Victor Hugo une des figures du mouvement, Samir Benlarbi, exfiltré par une escouade de policiers pour être embarqué sous les cris de protestation des manifestants, dont beaucoup de femmes qui tentaient vainement de s’y interposer, la course-poursuite à coups de matraque contre les manifestants pour les disperser n’est pas tirée d’un film de fiction.

La DGSN a justifié l’intervention des forces de sécurité par le fait que la manifestation n’était pas autorisée et par le souci du rétablissement de la circulation automobile perturbée par la marche, tout en qualifiant de «manipulation et de désinformation» les images diffusées sur la Toile. Un argument qui n’a pas convaincu grand monde, sachant que les marches du mardi et du vendredi, bien que non autorisées également, sont tolérées et gérées par le pouvoir selon une autre vision et stratégie, conceptualisée prosaïquement par «la gestion démocratique des foules», selon la formule de l’ancien patron de la police. Le seuil de tolérance de la contestation est négocié sur le terrain, en fonction du rapport de force de la mobilisation populaire et des développements enregistrés sur la scène politique qui impactent, dans un sens ou un autre, le tempo de la manifestation. Indéniablement, ce bonus de la marche du samedi, qui vient en renforcement des rendez-vous du mardi et du vendredi du hirak, ne semble pas être béni par le pouvoir, qui voit dans ce temps additionnel le signe annonciateur d’une escalade de la contestation populaire.

Le pouvoir s’est pris à son propre piège dans sa gestion politique du hirak. En donnant sa bénédiction au mouvement populaire, il a reconnu la légitimité de la Révolution du 22 février et des revendications qu’elle porte. Un engagement qu’il lui sera difficile d’enfreindre aujourd’hui à la suite des succès enregistrés par le hirak au plan de la mobilisation populaire, de son pacifisme, de sa longévité et sa détermination qui ont séduit le monde entier. Cette posture lui a enlevé tout prétexte et tentation d’en découdre avec le mouvement. Le face-à-face entre les manifestants et les forces antiémeute apparaît de plus en plus pesant au fil des semaines et de l’enlisement de la crise.

Entamées avec des roses et des selfies de fraternisation, voire des scènes émouvantes de policiers en larmes dans des moments poignants de communion avec le hirak, les manifestations sont de plus en plus émaillées, après une année de forte mobilisation, de des bastonnades, un fort ressentiment nourri de part et d’autre, par la répression d’un côté, et par les slogans peu gratifiants dont les policiers sont abreuvés lors des manifestations, de l’autre côté. Ce n’est pas jouer au prophète de malheurs que de relever l’ambiance pesante, électrique qui règne dans les manifestations du hirak ces dernières semaines.

Les interpellations se sont multipliées et les violences policières font désormais partie du décor du hirak Même le cri de guerre des manifestants, le fameux «Silmiya» capable de repousser et de neutraliser une charge des forces antiémeute ne fait plus son effet. Tout dans la gestion musclée des dernières marches laisse penser que le scénario de la solution judiciaire et policière est en passe de prendre le pas sur l’option politique du règlement de la crise. Il est difficile d’imaginer que Tebboune soit atteint du syndrome de Stockholm pour continuer à bénir un hirak qui réclame son départ à chaque manifestation ! 

Post Views: 0