L’APN est en voie de consommer trois présidents en deux ans : Sous la pression, Moad Bouchareb cède le perchoir


Une première dans les annales du Parlement algérien : le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Mouad Bouchareb, démissionne de son poste le jour de la clôture de la session parlementaire pour l’année 2018-2019. Hier, les travées de l’hémicycle étaient vides. Point de députés, à l’exception d’une poignée «désignée» pour «répondre» aux interrogations des journalistes.

Ouverte en septembre dernier, la huitième mandature est en voie de consommer trois présidents en l’espace de deux ans !  «Son mandat doit courir jusqu’ à 2022, sauf incident de parcours», soutenait Djamel Ould Abbès qui commentait l’élection de Moad Bouchareb à la tête de l’APN. Porté au perchoir le 24 octobre 2018 après un coup de force envers son prédécesseur Saïd Bouhadja, le mandat de l’ancien chef du groupe parlementaire du FLN, Mouad Bouchareb, 47 ans, n’aura duré qu’un peu plus de huit mois. Le départ de Bouchareb était attendu et prévisible au regard de l’accélération des événements.

Sa contestation par ses pairs a commencé avec l’arrivée de Mohamed Djemai au poste de secrétaire général du FLN. Il y a deux mois, les vice-présidents et les présidents des commissions permanentes, structurés dans les rangs du vieux parti, ont demandé à Moad Bouchareb de quitter de son plein gré ses fonctions à la tête de l’institution, et ce, «pour éviter de recourir à d’autres comportements qui pourraient pousser le peuple algérien à s’insurger».

Visiblement, le FLN voulait éviter la réédition de l’épisode de la destitution à la hussarde de Saïd Bouhadja (portes cadenassées pour l’empêcher d’accéder à son bureau, notamment). Bouchareb, selon ses pairs, est irréprochable en matière de gestion des affaires de l’Assemblée, mais ils le somment de démissionner, prenant comme prétexte la colère de la masse des Algériens dirigée contre les «3B» (Bensalah, Bedoui et Bouchareb). D’autres partis siégeant à la chambre basse du Parlement ont soutenu cette démarche, arguant que Bouchareb est illégitime.

Bouchareb décide toutefois de résister jusqu’à ce dimanche, lorsqu’en haut lieu il a été décidé de lui retirer sa garde rapprochée ainsi que tous les privilèges dont il bénéficie. Au même moment, sept présidents de groupes parlementaires, cinq vice-présidents de l’APN et six présidents de commissions permanentes se sont prononcés, exigeant son départ immédiat. «Au vu des développements que connaît l’APN ayant mené à l’impasse et à l’interruption définitive du fonctionnement de l’Assemblée et de toutes ses structures, et compte tenu des revendications populaires, entre autres le départ des symboles du régime, nous appelons M. Bouchareb à faire preuve de sagesse et à céder le perchoir avant la clôture de la session parlementaire», ont-il exigé.

Le troisième homme de l’Etat a compris alors que son sort est définitivement scellé et qu’il devrait rentrer chez lui. Hier matin, Bouchareb a chargé Mohammed Moussaoudja, vice-président de l’APN, de présenter sa démission au bureau de l’Assemblée, lequel s’est réuni dans les minutes qui ont suivi cette démission pour constater la vacance du poste du président de l’Assemblée.

Par la suite et conformément aux dispositions de l’article 10 du règlement intérieur de l’APN, le bureau a décidé de soumettre le dossier de la vacance du poste de président de l’APN à la commission des affaires juridiques et administratives et des libertés pour élaborer le rapport constatant la vacance.

Le bureau a décidé également, à l’unanimité, de charger le vice-président, Terbeche Abderrezak, de la gestion des affaires de l’Assemblée dont la session reste ouverte jusqu’à l’élection d’un nouveau président. Interrogé sur la date de cette élection et les noms des candidats, Abdelhamid Si Affif, président de la commission des Affaires étrangères, explique qu’«une date sera fixée ultérieurement pour la tenue d’une séance plénière consacrée à la validation de la vacance du poste de président de la chambre basse, avant de procéder à l’élection d’un nouveau président dans un délai ne dépassant pas 15 jours».

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