La société civile à la rescousse à Béjaïa


La 25e marche du mardi n’a finalement pas été celle de la communauté universitaire à Béjaïa. La présence de représentants d’associations et autres activistes et concitoyens l’a transformée en une marche de la société civile. «Nous sommes venus pour maintenir la flamme de la mobilisation», déclare à El Watan un militant.

Les présents ont répondu à l’appel lancé par le collectif des enseignants et ATS de l’université Abderrahmane Mira (UAMB) pour «rejoindre massivement» cette action de rue. L’absence remarquable des étudiants et des enseignants est notable depuis le début des vacances de l’été. Elle l’a été aussi hier avec la mobilisation de manifestants qui ont pu constituer un carré dense où les employés de l’université, dont les ATS, ont été peu représentés. Mais la démobilisation n’a pas eu raison de ceux parmi les plus engagés dans le collectif.

L’ancien président de l’APN et l’actuel coordinateur du panel pour le dialogue et la médiation, Karim Younès, est accusé par la foule de servir les intérêts des «généraux». Drapeau national et l’emblème amazigh en avant, les manifestants ont «arrosé» aussi de slogans hostiles l’actuel chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, et son prédécesseur dans les mêmes fonctions, Khaled Nezzar : «Pouvoir assassin, ki Gaïd ki Nezzar» (autant Gaïd que Nezzar). Le même qualificatif d’«assassin» a été associé également à Nouredine Zerhouni et Ali Benflis, respectivement ancien ministre de l’Intérieur et ancien chef de gouvernement. Par ce slogan, la foule a convoqué le douloureux souvenir des tragiques événements du Printemps noir de 2001 où 128 victimes sont tombées.

C’est ce même chiffre qu’a choisi un jeune manifestant pour le flanquer sur le dos de sa combinaison qu’il a portée comme tenue de détenu, les mains enchaînées. Les marcheurs, en accusant les tenants du pouvoir de mépriser le peuple et d’emprisonner des innocents, réclament la libération des détenus politiques et d’opinion : «Telqou wladna ya l haggarine !» ; «Annaba, Assima, qanoun wahed !» (Annaba, Alger, la loi est la même) ont-ils scandé, appelant à appliquer le même jugement aux citoyens condamnés ou encore en détention pour l’accusation de port de l’emblème amazigh.

L’acquittement, jeudi dernier, du détenu Fetissi Nadir par le tribunal de Annaba est rappelé pour servir de cas d’innocence à généraliser pour le reste des détenus. Aouf Hadj Brahim, l’ex-codétenu à la prison de Ghardaïa du défunt Kamel Eddine Fekhar, a pris part à la marche d’hier, portant «la cause de Kamel Eddine Fekhar», comme il l’a déclaré lors du rassemblement à la place Saïd Mekbel où a pris fin la marche. «Pouvoir criminel !» ont crié, à sa suite, les dizaines de voix scandant «Béjaïa, Ghardaïa, même combat !», avant de clôturer l’action du jour avec l’hymne national.  

Post Views: 174