La mobilisation se poursuit à Tizi Ouzou : «Rien ne pourra ébranler la détermination du peuple»


La population a battu le pavé, hier, à travers les artères de la ville de Tizi Ouzou qui a été envahie par une marrée humaine venue réclamer, encore une fois, le changement du système. Les marcheurs, qui ont commencé à se constituer en carrés devant le portail principal du campus universitaire de Hasnaoua, ont stigmatisé le chef d’état-major de l’armée, Gaïd Salah, dont le départ a été fortement exigé par la foule. «Gaïd dégage», ont ainsi scandé, à gorge déployée, les dizaines de milliers de manifestants.

Les banderoles mises en avant portent aussi sur la primauté du politique sur le militaire. «L’Algérie n’est pas une caserne», lit-on sur l’un des étendards suspendus par les participants à l’action d’hier, dans la capitale du Djurdjura, qui est, comme chaque vendredi, au rendez-vous avec l’imposante marche hebdomadaire, à l’instar de plusieurs wilayas du pays. Le drapeau amazigh est fortement présent, tout comme l’emblème national. «Le drapeau amazigh signifie notre identité et l’emblème national résume la souveraineté de notre pays», nous a confié un étudiant qui a pris part, dit-il, à toutes les marches depuis le début du mouvement populaire enclenché, à l’échelle nationale, le 22 février dernier.

La procession se dirige vers le centre-ville où des citoyens arrivent par groupes pour rejoindre la marche. Ils sont venus de Bouzeguene, Azazga, Tigzirt, Larbaâ Nath Irathen, Ouacifs, Ouadhias, Boghni et même de Draâ El Mizan, entre autres, et ce, en dépit de la chaleur. «C’est le 19e vendredi de protestation pour le départ du système. Le peuple est sorti, encore une fois, dans la rue, malgré la chaleur torride de cette journée. Cela prouve que rien ne pourra arrêter cette détermination grandiose des citoyens. Ni les éprouvantes journées du jeûne lors du mois sacré ni la canicule du mois de juin ne pourront ébranler la mobilisation populaire. Il y a une différence entre les premiers vendredis de marche et ces dernières semaines, étant donné que les premières marches ont réussi à faire annuler la candidature de Bouteflika au 5e mandat, la prolongation du 4e et les élections du 18 avril et du 4 juillet prochain.

Ces dernières semaines, le peuple veut donner des solutions à la crise politique que connaît le pays, tout comme toute la société civile», nous déclare Tarek, un jeune marcheur qui brandit une pancarte sur laquelle sont écrits les chiffres 7 et 8, allusion faite aux deux articles de la Constitution qui stipulent que la souveraineté revient au peuple.

Les manifestants ont également exhibé les portraits du chantre kabyle Matoub Lounès, en signe d’hommage au poète assassiné il y a 21 ans. Dans le carré de la fondation qui porte le nom de cet artiste adulé, où nous avons remarqué la présence de Malika, sœur du Rebelle, des marcheurs ont aussi plaidé pour «un procès sérieux» dans l’affaire Matoub. «La vérité sur l’assassinat de Lounès doit être connue. Il faut un procès sérieux pour que la lumière soit faite sur cette affaire. L’exigence de la vérité sur la mort de Matoub doit être incluse dans les revendications du mouvement populaire. Elle ne doit pas être oubliée, comme c’est le cas de la plateforme d’El Kseur», a martelé un fan de l’artiste.

La marche s’est déroulée dans un climat pacifique et surtout de fraternité. Des femmes ont participé à cette manifestation de rue, en reprenant en chœur des chants patriotiques. Même des personnes âgées ont pris part à ce 19e vendredi de protestation. «Nous n’allons pas cesser d’investir la rue jusqu’au départ de tous les symboles du pouvoir corrompu et corrupteur. Rien ne pourra ébranler la détermination du peuple», a lancé un septuagénaire.

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