La «générosité» des hommes d’affaires envers Bouteflika


Procès en appel des concessionnaires automobiles

La troisième journée du procès en appel des affaires de montage automobile et financement occulte de la campagne électorale de la présidentielle d’avril 2019 a été marquée par l’audition de l’homme d’affaires Ahmed Mazouz et l’ancien président de la commission d’évaluation technique au ministère de l’Industrie et des Mines, Mohamed Alouane.

Ahmed Mazouz devait répondre de plusieurs chefs d’accusation, notamment les «indus avantages» accordés par l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia et l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi dans le cadre du montage automobile, «blanchiment d’argent» et «financement de la campagne» de Bouteflika.

Face à ces accusations, l’homme d’affaires, très sûr de lui, a rejeté, en bloc, les faits qui lui sont reprochés, arguant que tous les projets dont il a bénéficié étaient conformes au cadre juridique. Mazouz a pris, après autorisation du juge, quelques minutes pour revenir sur son parcours et l’origine des fonds que sa famille a acquis, dit-il, sur plusieurs années.

«Depuis 1987 jusqu’à 2015, je fais l’objet de contrôle par les différents services. Mes activités, toutes mes sociétés et mes comptes sont passés au peigne fin. Jamais l’IGF ou une autre structure n’ont relevé des irrégularités, jamais on ne m’a reproché quoi que ce soit, je suis un homme d’affaires qui a acquis sa fortune de manière propre et en respectant la loi», relate Mazouz.

La juge l’interroge sur un compte bancaire à son nom, dont le solde est de 493 milliards de centimes, ainsi que les nombreux biens immobiliers qu’il possède à Alger et Oran, Mazouz répond que sa fortune dépassait cette somme, une fortune amassée, selon lui, durant de longues années d’activité dans les domaines du commerce et des affaires.

«En 2016, j’ai acheté le centre commerciale de Bab Ezzouar et j’en ai construit un autre à Essania, à Oran, avec mon propre argent. Je n’ai reçu aucune aide ou facilité ni de Ouyahia ni de Sellal. Bien au contraire, en 2008, Ouyahia, alors Premier ministre, a bloqué mon projet relatif au montage de véhicule», explique-t-il.

La juge l’interroge sur sa relation avec Fares Sellal, son associé. Mazouz précise que Fares Sellal n’a jamais été son associé, mais plutôt son client. «C’est Bairi qui m’a présenté Fares pour l’introduire dans la société et non le contraire. J’avais une entreprise en faillite, j’ai décidé de vendre mes actions à Fares Sellal.» La juge demande alors à Mazouz s’il ne s’est pas rapproché de Fares Sellal pour bénéficier des avantages et de l’aide de son père. Mazouz dément. «Bien au contraire Mme la juge, Sellal a nui à mon activité. J’ai eu d’énormes blocages, et je n’ai jamais été privilégié !» affirme-t-il.

La juge interroge ensuite Mazouz sur le financement de la campagne de Bouteflika et la somme de 39 milliards de centimes qu’il aurait remise à l’homme d’affaires et ex-président du FCE, Ali Haddad, l’accusé dit ignorer les procédures légales en vigueur en matière de financement de la campagne électorale. Bairi qui était à l’époque vice-président du FCA et qui est le cousin de Mazouz est, dit-il, venu le voir pour lui demander comment faire pour contribuer et aider le candidat Bouteflika.

«J’ai demandé l’avis de mon avocat, lequel m’a conseillé de ne pas puiser dans les caisses de la société et de ne pas donner une somme en espère aux partis politiques. A ce moment, je suis retourné vers Bairi pour avoir une idée sur les sommes versées par les autres hommes d’affaires», raconte Mazouz, ajoutant que «Bairi m’a dit que Ali Haddad avait participé, et remis un chèque de 180 milliards de centimes. J’ai été par la suite voir des amis pour avoir une idée sur les cotisations, l’un d’eux m’a informé que Djamel Oulhadj a remis un chèque de 150 milliards de centimes pour la campagne de Bouteflika. J’ai réfléchi et décidé de donner un chèque de 39 milliards de centimes de mon compte personnel».

La juge l’interroge pourquoi 39 et pas 40 ou 30 ? Il répond : «Ainsi, ils ne rechigneront pas sur cette somme et ils comprendront que c’est tout ce que j’ai sur mon compte.» «Un vrai management !» commente la juge. Cette dernière l’interroge sur la somme qu’aurait déposée Bairi pour cette campagne. «Bairi n’a rien donné, il n’a pas d’argent sur son compte et ne pouvait pas toucher à l’argent de la société dont je suis actionnaire à 70%.» 

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