La campagne électorale se tient dans un climat d’extrême tension : Les candidats à la présidence assignés à la clandestinité


Participation aux meetings sur invitation, sorties sur le terrain chahutées et discours inaudibles… Les cinq candidats à la présidentielle contestée du 12 décembre prochaine découvrent le bourbier de la campagne électorale.

Inaugurée avant-hier, cette dernière ressemble plutôt à une opération casse-cou pour les compétiteurs qu’à une quête de voix d’électeurs potentiels, dont l’écrasante majorité tourne le dos à ce scrutin qui, le moins que l’on puisse dire, risque de se dérouler à huis clos.

En effet, la campagne électorale se tient dans un climat d’extrême tension et les candidats sont carrément contraints à la clandestinité. Sous haute surveillance policière, ils se contentent, jusque-là, de meetings tenus devant un auditoire trié sur le volet.

Du jamais-vu dans l’histoire des campagnes électorales pour accéder à la magistrature suprême en Algérie. Seuls les invités «de marque» sont autorisés à accéder aux salles réservées aux meetings des candidats.

Les bains de foule habituels en ce genre d’occasion sont quasiment impossibles. Aucun des candidats, à l’exception de l’islamiste Abdelkader Bengrina qui a tenté une expérience avortée à Alger, ne s’est adonné, jusqu’à présent, à cet exercice risqué. Et pour cause : le rejet, de plus en plus affirmé, de cette joute électorale par les Algériens.

Un rejet exprimé lors des marches hebdomadaires du hirak, mais aussi à travers les rassemblements, devenus quotidiens, dans de nombreuses villes du pays. Des dizaines de citoyens opposés à cette élection réservent un accueil hostile à l’ensemble des candidats. Ali Benflis, Abdelmadjid Tebboune, Azzedine Mihoubi, Abdelaziz Belaïd et Abdelkader Bengrina n’ont pas échappé à la colère des habitants des villes visitées.

La moitié des wilayas zappées

«Kiltou lbled ya saraqine !» (Vous avez ruiné le pays) et «Makench intikhabate m3a el îssabat !» (Pas d’élection avec les bandes), lancent les manifestants qui se rassemblent à proximité des salles réservées aux candidats. Dans les villes qui n’ont pas encore reçu la visite des prétendants à la présidence de la République, les citoyens organisent des rassemblements devant les directions de l’Autorité nationale indépendante des élections pour exprimer leur opposition à ce scrutin qui maintiendra le système en place.

Devant cette situation, les candidats, selon les programmes des sorties sur le terrain communiqués par leurs directions de communication, ont décidé visiblement de faire dans «le service minimum». Ils se contentent d’une vingtaine de meetings, zappant ainsi la moitié des wilayas du pays. Ce qui est aussi un fait nouveau dans cette campagne.

Répression et arrestations

Les tableaux d’affichage de la campagne sont également détournés par les citoyens pour y coller des portraits des détenus politiques et d’opinion, dont celui du moudjahid Lakhdar Bouregâa, de feu Kameleddine Fekhar décédé en prison, Karim Tabbou et Fodil Boumala. Pour tenter de desserrer l’étau sur cette élection, les autorités semblent décidées à passer carrément à la répression. Depuis dimanche, les forces de l’ordre interviennent de manière musclée contre les manifestants anti-élection.

A Tichy, dans la wilaya de Béjaïa, les agents de police ont même fait usage, selon des témoins sur place, de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants pacifiques. Il y a eu de nombreux blessés. Des manifestants ont aussi été interpellés dans plusieurs wilayas, dont Chlef, Sétif et Oran.

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