L’ opposition rejette tout en bloc


A l’exception des partis qui étaient au service du clan du Président déchu, la majorité de la classe politique a rejeté la feuille de route du chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, contenue dans son discours de jeudi dernier.

Ainsi, le PT (Parti des travailleurs), par la voix du secrétariat de son bureau politique, a relevé «le caractère provocateur du discours de Abdelakder Bensalah, issu du coup de force de l’article 102 de la Constitution», car, précise-t-il, «il nargue les millions d’Algériennes et d’Algériens qui manifestent de manière continue depuis bientôt 4 mois pour le départ du système et de tous ses symboles.

Le chef de l’Etat, faisant fi du rejet du régime/système qu’il symbolise par l’écrasante majorité, a réaffirmé qu’il restera à la tête de l’Etat jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. D’ores et déjà et en ce moment même (hier, ndlr), les manifestants du 16e vendredi de mobilisation nationale ripostent à ce discours en scandant ‘‘Bensalah dégage’’ et ‘‘Pas d’élection dans le cadre de ce régime’’.»

Dans un communiqué rendu public hier, le bureau politique du PT a souligné que «la révolution portée par des millions et des millions, qui exigent clairement le départ du système/régime en place et l’exercice de la souveraineté populaire, rejette les méthodes antidémocratiques et despotiques qui ont prévalu jusqu’à maintenant». Pour le PT, l’appel de Abdelkader Bensalah aux partis et à la société civile au dialogue, «tout en s’attachant» à l’organisation de l’élection présidentielle, n’est qu’une invitation pour «l’accompagner dans une œuvre de sauvetage d’un système/régime antidémocratique et obsolète».

Il a estimé que le «peuple mobilisé est en droit de prendre son destin en main en choisissant librement la forme et le contenu des institutions à mettre en place pour jouir de tous ses droits dans tous les domaines, politique, économique, social, culturel».

De ce fait, le PT a réitéré sa position «pour une Assemblée nationale constituante et souveraine» à même, a-t-il précisé, de permettre à tous les citoyens d’être partie prenante de la naissance de la nouvelle République débarrassée de l’héritage du système actuel. Le parti a dénoncé, par ailleurs, «la répression qui frappe les manifestants à Alger, par l’arrestation de dizaines d’entre eux et le blocage des accès à la capitale», tout en revenant sur la détention de la secrétaire générale, Louisa Hanoune, depuis près d’un mois, le 9 mai dernier, par le juge du tribunal militaire de Blida.

Pour sa part, le secrétaire général du RCD, Mohcine Belabbas, a déclaré dans un tweet que «la situation exceptionnelle que vit le pays nous oblige, nous aussi, à continuer à assumer nos responsabilités de citoyens par une mobilisation permanente et une présence massive dans la rue jusqu’au départ de la 3issaba et l’avènement d’un nouveau système politique».

Présidente de l’UCP (Union pour le changement et le progrès), Zoubida Assoul a relevé, quant à elle, que «Bensalah malade continue à imposer la politique du fait accompli et refuse la voix du peuple en tentant de sauver le régime au lieu de sauver le peuple». Elle a estimé, par ailleurs, que le chef de l’Etat par intérim «n’a rien apporté de nouveau depuis la fatwa du Conseil constitutionnel. Ce qui prouve la stérilité, l’incapacité et l’absence de volonté politique du pouvoir à résoudre la crise que traverse le pays».

Pour le FFS (Front des forces socialistes), sa réaction a été exprimée par son premier secrétaire, Hakim Belahcel, publiée sur le site officiel du parti. Le cadre dirigeant a parlé de «statu quo et de résistance au changement» qui, selon lui, «sont les maîtres-mots du dernier discours de Bensalah».

Il a déclaré : «Ceux, qui ont imprudemment ou naïvement cru aux bonnes intentions de l’état-major de l’armée ont eu hier soir la confirmation formelle du contraire, c’est une aversion au changement. Il s’agit pour ce pouvoir d’appliquer sa feuille de route afin de préserver un système stérile et usé au lieu de suivre la voie de la sagesse en répondant positivement aux revendications populaires.» Le FFS a appelé ,  «encore une fois, l’état-major de l’armée à la retenue et à la raison.

Les solutions politiques sérieuses existent et ne demandent qu’à être prises en compte. Un dispositif répressif impressionnant à été déployé depuis ce matin (hier) par les forces de l’ordre. Un comportement condamnable et indigne». Il a souligné, par ailleurs, que  «malgré ces violations des droits de la personne humaine, le peuple algérien marchera et vaincra. Le FFS restera toujours mobilisé et déterminé à poursuivre son combat aux côtés des Algériennes et des Algériens pour imposer une véritable transition démocratique et l’avènement de la IIe République».

N’y allant pas avec le dos de la cuillère, Saïd Salhi, vice-président de la LADDH (Ligue algérienne des droits de l’homme), a qualifié le discours de Bensalah de «montagne qui accouche d’une souris, qui n’énonce rien de nouveau». Pour lui, le chef de l’Etat n’a fait que réitérer «ce qui est déjà annoncé par le chef d’état-major et auquel le Conseil constitutionnel a donné le la».

Intervenant sur une chaîne de télévision privée, Me Mustapha Bouchachi, une des figures de la contestation, a relevé que les déclarations du chef de l’Etat par intérim ont «déçu l’espoir des Algériens, et le maintien» de Bensalah à son poste jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la République «n’est qu’un déni de la volonté du peuple algérien».

L’ancien député FFS a indiqué que Bensalah «veut faire perdurer la démocratie de façade» en précisant que «le régime politique actuel ne veut pas du changement et ne veut pas permettre au peuple algérien de s’émanciper à travers une période de transition menée par des personnalités à qui le peuple fait confiance». A en croire Bouchachi, Bensalah «incitera les Algériens à poursuivre le mouvement de protestation jusqu’à la chute du régime».

Pour sa part, le président de l’association Raj, Abdelouhab Fersaoui, a qualifié le discours de Bensalah de «continuité du système sans évolution notoire». Et de souligner : «Bensalah confirme l’impasse dans laquelle le pouvoir s’est engouffré et qui est en déphasage totale avec les revendications des Algériennes et des Algériens qui aspirent à la rupture avec le système et à une transition vers une République démocratique, sociale et civile.»

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