Karim Younès. Coordonnateur du panel : «Nous avons carte blanche»


Pourquoi avoir accepté de faire partie du panel des personnalités devant accomplir la difficile mission de médiation et de dialogue ?  

Les initiateurs de cette instance de médiation et de dialogue m’ont contacté, jugeant que mes responsabilités antérieures et mon retrait des activités politiques depuis seize ans pouvaient m’attribuer la crédibilité et l’expérience nécessaires aux exigences de cette noble mission. Il était de ce fait difficile pour moi de m’enfermer dans ma paisible retraite, alors que mon pays traverse une crise politique grave et durable.

La composante du panel a suscité une polémique et des interrogations. Est-ce que les trois nouvelles personnalités, Lazhari Bouzid, Abdelwahab Bendjelloul et Benaïssa Azzedine vous ont été imposées ?

Personne n’a été imposé.

Qui a proposé ces nouvelles têtes qui ne figuraient pas initialement dans le panel ?

Le choix des membres du panel s’est fait par les initiateurs du projet, en concertation avec les parties concernées par la finalité de la mission confiée à cette instance. Cette dernière reste ouverte et pourra être renforcée en fonction de l’avancée du processus de médiation et de dialogue et de ses exigences organisationnelles.

Certains, notamment ceux parmi les 13 personnalités qui figuraient sur la liste, vous reprochent le fait de vous être précipité et de ne pas avoir respecté leur décision. Que s’est-il réellement passé ?

Je rappelle, encore une fois, que mon rôle est de coordonner l’équipe composant le panel et non de décider seul du choix de ses membres. J’espère que les personnes contactées et ayant affiché leur disponibilité à contribuer à cette mission pourront nous rejoindre selon les besoins fonctionnels de l’instance.

Vous avez posé des préalables qui n’ont pas été respectés ce 23e vendredi de manifestation populaire. Or, Bensalah s’était engagé à mettre en œuvre vos revendications ; que comptez-vous faire ?  

Le chef de l’Etat a reçu les membres du panel, jeudi 25 juillet, une rencontre qui nous a permis de soumettre les préalables pour mener un travail sérieux et serein de médiation et de dialogue. Nous avons posé comme condition l’impérieuse nécessité de la libération de tous les détenus du hirak, dans l’urgence, dans un premier temps, le respect du caractère pacifique des manifestations par les forces de l’ordre, la cessation des actes de violence et d’agression à l’encontre des manifestants pacifiques du hirak et des étudiants, l’allègement du dispositif policier, notamment dans la capitale, lors des marches hebdomadaires, l’ouverture de tous les accès à la capitale les jours des marches, la libération du champ médiatique tel que revendiqué par les professionnels de la presse et souhaité par la population en général et enfin l’appel unanime au départ du gouvernement en place et son remplacement par un gouvernement formé de technocrates non partisans. M. Bensalah a promis de prendre en charge ces revendications, mais vous comprendrez qu’il est difficile d’y donner suite en moins de 24 heures, puisque la marche citoyenne a eu lieu le lendemain. Nous attendons des réponses concrètes pour la semaine en cours, faute de quoi il ne sera pas possible d’entamer notre mission. Cette semaine sera décisive. Si les engagements pris par la Présidence ne connaissent pas un début d’exécution, le panel se réunira et examinera l’éventualité de la suspension de ses travaux et pourrait même aller jusqu’à son autodissolution.

Vendredi dernier, les Algériens ont exprimé leur rejet du panel et s’en sont même pris à certains de ses membres. Comment vous allez vous y prendre pour amener le hirak à adhérer à votre action, lui qui exige le départ de Bensalah et du gouvernement dirigé par Bedoui ?

Le rejet de toute initiative soupçonnée d’être pilotée par le pouvoir est chose normale en raison de la rupture de confiance entre ce dernier et les citoyens. Certains médias et acteurs politiques ne contribuent malheureusement pas à laisser un peu d’espoir aux Algériens, en accordant un petit sursis au panel avant de le juger. Il nous appartient maintenant de regagner la confiance citoyenne à travers des faits concrets de crédibilité de la mission, en attendant du pouvoir de concrétiser les mesures urgentes demandées par le mouvement citoyen.

Vous avez tenu hier votre première réunion. Quel était son ordre du jour et comment les choses vont-elles évoluer ?      

La première réunion permettra d’élaborer un règlement interne de fonctionnement, ainsi qu’un calendrier de rencontres avec les acteurs politiques nationaux.

Est-ce que l’offre de dialogue proposée par le pouvoir vise seulement à aller vers les élections ? Votre mission est-elle de se pencher uniquement sur la préparation de la prochaine présidentielle ?

Non. Le panel a carte blanche pour traiter de toutes les questions et tous les dossiers de l’heure, la situation est grave. Le panel établira un calendrier de rencontres avec l’ensemble des acteurs politiques issus des partis et de la société civile. Il aura pour mission de recueillir toutes les propositions de sortie de crise et de les évaluer par rapport aux exigences du mouvement citoyen.

Ensemble, nous essayerons d’étudier les points de convergence afin de faire un premier pas vers le dénouement progressif et pacifique de la crise. Nous allons faire une synthèse de ces propositions. Personne ne sera exclu. Il s’agit d’être utile pour l’avenir de la République. Le dialogue prendra fin avec la programmation de la Conférence nationale, d’où émanera la commission de préparation, d’organisation et de contrôle des élections, ainsi que la feuille de route du processus politique devant aboutir au changement du mode de gouvernance du pays.

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