Karim Tabbou à Euronews : «Le hirak n’est pas un parti politique»


Dans une interview accordée à Euronews diffusée jeudi dernier, l’opposant Karim Tabbou est revenu sur un certain nombre de sujets, dont la dernière mise en garde du Haut Conseil de sécurité (HCS) et les législatives du 12 juin.

En réponse à une question sur le communiqué du HCS rendu public le 6 avril, et qui faisait état de «graves dérapages émanant de milieux séparatistes et de mouvances illégales proches du terrorisme, qui exploitent les marches hebdomadaires», Karim Tabbou a estimé que cette lecture a quelque chose de profondément «réducteur» envers «la révolution du peuple algérien qui est sorti pour revendiquer un changement politique radical».

Le leader de l’UDS (non agréé) a rappelé le caractère résolument pacifique du mouvement : «Le peuple algérien est sorti de façon pacifique et a épaté le monde par son pacifisme. Jusqu’à ce jour, il n’y a pas eu le moindre incident, même infime, de cette nature, dans les marches», a-t-il souligné. «Dans toutes les publications du hirak, dans les déclarations des hirakistes, il n’y a aucun mot ni aucun acte qui va dans le sens du séparatisme ou du terrorisme», a-t-il insisté. «Il est clair que le régime est dans une autre logique. Il vit dans un autre espace-temps.

Aujourd’hui, les lectures sécuritaires sont obsolètes», martèle l’ancien premier secrétaire du FFS. «Le pouvoir veut faire porter au peuple la responsabilité de la crise politique qu’il a lui-même provoquée», dénonce-t-il encore, avant d’ajouter : «Il aurait fallu que le système admette que son temps de validité est arrivé à expiration. Le changement est une nécessité historique.» Le porte-parole de l’UDS poursuit : «Ce hirak a décidé depuis le 16 février 2019 qu’il est pacifique, qu’il appelle à l’unité nationale et qu’il revendique un Etat de droit, une justice indépendante, par des moyens démocratiques et en concrétisant la volonté populaire.»

Karim Tabbou a rappelé également comment le régime «a exploité l’emblème (amazigh) pour essayer de semer la discorde dans le hirak et le diviser», alors que «le peuple algérien n’avait jamais soulevé la question de l’emblème».

A propos des législatives, M. Tabbou prévoit une abstention massive, «et dans certaines régions du pays, le niveau de participation risque d’être de 0%», a-t-il prédit. S’inquiétant du retour des arrestations, il note : «Ce qui se passe aujourd’hui sur la scène politique est révélateur de l’impasse dans laquelle s’enlise le régime qui n’a pas trouvé d’issue qui lui permette de manœuvrer contre le hirak populaire.»

Pour lui, il y a des signaux qui laissent entendre que «le pouvoir cherche par tous les moyens à casser le hirak». «Il y a quelques semaines, le régime disait que le hirak est fini. Que 80% des Algériens sont satisfaits, que les revendications du hirak ont été traduites sur le terrain. Et après le retour en force du mouvement, il change de disque et verse dans la provocation, assène des accusations et s’évertue à orienter le hirak vers des sujets qui peuvent susciter de la violence ou provoquer une escalade au sein du mouvement», analyse l’opposant.

A une question sur la nécessité ou pas de doter le mouvement de représentants et d’une feuille de route, Karim Tabbou a tranché en faisant remarquer que «le hirak n’est pas un parti politique». Et de lancer : «Le peuple qui est sorti par millions n’est pas sorti sur la base d’un appel émis par un groupe ou une élite.»

Le déclencheur de ce soulèvement est d’abord, dit-il, «l’obstination du régime à vouloir maintenir Bouteflika au pouvoir» ainsi que «le maintien du système corrompu, aujourd’hui». «Le simple citoyen voit bien qu’en dépit du départ de Bouteflika, constate M.Tabbou, le système de gouvernance est resté sensiblement le même, avec ses méthodes, ses hommes, ses institutions, sa justice, ses services de sécurité et toutes les pratiques que nous avons connues du temps de Bouteflika. Parfois, les pratiques auxquelles nous assistons actuellement sont encore pires qu’à l’époque de Bouteflika.»


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