Issaad Mabrouk . Président du Syndicat national des magistrats : «Tant que le mouvement n’est pas réétudié, nous poursuivrons notre action»


Dans sa première réaction après deux journées de paralysie de l’appareil judiciaire par un arrêt de travail en réaction aux derniers changements dans les rangs de la magistrature, Issaad Mabrouk, président du SNM (Syndicat national des magistrats), qualifie son mouvement de «réussite», tout en laissant la balle dans le camp de l’autorité.

Dans cet entretien, il revient sur la déclaration du porte-parole du Club des magistrats, de la position des membres du Conseil supérieur de la magistrature et bien d’autres sujets…

Cela fait deux jours que l’arrêt de travail au niveau des juridictions paralyse l’appareil judiciaire. Y a-t-il des prémices d’un dénouement à l’horizon ?

Rien du tout. Nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse à notre demande, qui consiste à geler le mouvement dans les rangs de la magistrature, jusqu’à ce que les dossiers soient traités au cas par cas dans le respect de la loi. Tant qu’il n’y a rien qui se profile à l’horizon jusqu’à maintenant (hier), notre mouvement de protestation se poursuit. La balle est dans le camp du ministère de la Justice.

Dans une déclaration publique, le porte-parole du CML (Club des magistrats libres) a soutenu votre mouvement et appelé à la démission du ministre de la Justice. Qu’en pensez-vous ?

J’étais parmi le noyau qui avait créé ce Club en 2016. A l’époque, le débat entre magistrats tournait autour de la nécessité de se réapproprier les structures du syndicat ou à aller vers une nouvelle organisation syndicale qui prendrait en charge les préoccupations de la corporation. La tendance la plus lourde, dont je faisais partie, était celle qui défendait le principe de la reprise en main du SNM, surtout que c’était à la veille de la fin du mandat de l’ex-président et du renouvellement des structures.

Il y a eu une entrée en force de jeunes magistrats. Nous avons pu renforcer les rangs du SNM mais aussi ses cadres. Aujourd’hui, il ne reste plus grand monde au Club. La majorité de ses membres sont désormais au sein du SNM et constituent sa force de frappe aussi bien au niveau de son bureau qu’au sein de son conseil. Concernant la déclaration du porte-parole, elle n’engage que sa personne.

Nous n’avons aucun problème personnel avec le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati. Notre problème est avec le mouvement qu’il a opéré en dehors des conditions dictées par la loi et qui exigent que le traitement des dossiers se fasse au cas par cas par le Conseil supérieur de la magistrature.

Ce qui n’a pas été fait. D’ailleurs, dans notre déclaration, nous avions demandé à ce que ce mouvement soit gelé jusqu’à son réexamen. Nous ne demandons pas le départ du ministre, mais plutôt à ce que ce dernier cesse de sous-estimer les revendications du SNM.

Voulez-vous dire que vous ne vous reconnaissez pas dans cette demande du CML ?

Bien sûr. Notre problème ne réside pas dans la personne du ministre. Cette demande n’engage que la personne qui l’a exprimée…

Des membres du CSM (Conseil supérieur de la magistrature) ont demandé le gel du mouvement, après l’avoir validé. Pourquoi n’ont-ils pas réagi au moment où le ministre faisait son exposé avant la clôture des travaux ?

Nous savons qu’un des membres a pris la parole lors de cette session pour interpeller le ministre sur le non-respect de la procédure. La réaction de ce dernier a été brutale. Il était en colère et a menacé les membres d’annuler le mouvement. Les autres ont vite fait de se taire.

N’est-ce pas une raison pour exprimer son refus sachant que ces membres sont non seulement majoritaires mais bénéficient d’un mandat électif qui renforce leur légitimité et leur poids au sein du CSM ?

Lorsque le ministre a réagi de manière coléreuse, les autres se sont tus. Il ne leur a pas donné l’occasion de parler.

Est-ce suffisant pour valider ? N’auraient-ils pas pu se retirer ou refuser de signer le procès-verbal de clôture pour éviter de fermer l’examen des dossiers ?

Ils n’ont pas pu le faire en raison de la réaction du ministre. Ce que nous retenons, c’est qu’ils ont exprimé leur soutien au mouvement des magistrats et devraient aujourd’hui (hier) demander audience au chef de l’Etat, qui préside le CSM, pour poser le problème. Tant que le mouvement n’est pas réétudié, nous poursuivrons notre arrêt de travail et aucune notification de ces changements ne sera faite.

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