Imposant rassemblement de soutien aux détenus d’opinion jugés hier : «Libérez les prisonniers, ils n’ont pas vendu la cocaïne»


Journée particulière, hier, au tribunal de Sidi M’hamed d’Alger ! L’ouverture du plus grand procès des détenus de la révolution pacifique s’est faite dans une ambiance singulière, à l’intérieur comme à l’extérieur de la structure judiciaire, qui ne cesse de faire parler d’elle en raison de l’attitude de ses juges envers les manifestants du hirak.

En effet, des dizaines de citoyens et des militants de tous bords ainsi que les membres des familles des 42 détenus d’opinion, arrêtés en juin dernier, se sont rassemblés, dès les premières heures de la matinée, à proximité du tribunal.

A 9h30, les premiers groupes de manifestants étaient déjà au niveau de la rue de la Liberté, adjacente. La foule grandissait au fil des minutes, pour se transformer en un imposant rassemblement. Les manifestants, pancartes et emblème national à la main, adressent des messages d’abord aux magistrats pour leur demander de se libérer afin de réaliser l’objectif d’une justice indépendante. «Libérez les prisonniers, ils n’ont pas vendu la cocaïne !» (en référence à la grosse quantité de cette drogue saisie au port d’Oran, il y a quelques mois) et «Echaab yourid qadhaa moustakil !» (Le peuple veut une justice indépendante), tonnent les manifestants.

Ces derniers reprennent aussi en chœur les slogans phares du hirak. «Daoula madania, machi askaria !» (Pour un Etat civil et non pas militaire), «Eddiwna gaa li lhabes, chaab mahouche habes !» (Emprisonnez-nous tous, le peuple n’abdiquera pas) et «Klitou leblad ya saraquine !» (Vous avez ruiné le pays, bande de voleurs), lancent-ils devant les agents de police postés à proximité du portail réservé à l’entrée des détenus.

Pendant plusieurs heures, les protestataires ont également dénoncé les tenants du pouvoir qui, selon eux, ont «carrément bradé le pays» : «Djazair amana, ba3ouha el khawana !» (L’Algérie a été trahie par les traîtres) et «Djazair horra démocratia !» (Pour une Algérie libre et démocratique).

Une salle d’audience archicomble

Le rassemblement a duré jusque vers 15h, avant que la police n’intervienne pour disperser les manifestants. Elle a même procédé à l’interpellation d’un activiste, en l’occurrence
Mohamed Tadjadit, présent lors de ce rassemblement.

La mobilisation était aussi très importante à l’intérieur du tribunal. Le hall et la salle d’audience n°1, où s’est déroulé le procès des détenus concernés, étaient noirs de monde. Outre les avocats constitués pour plaider la cause des prisonniers, en majorité des porteurs du drapeau amazigh, il y avait aussi de nombreux militants politiques, dont Mouloud Lounaouci, des députés, Athmane Mazouz, Fetta Sadat, Noura Ouali, Ouamar Saoudi (RCD), Djamel Baloul (FFS), des députés démissionnaires, dont Khaled Tazaghart et Yacine Aissiouene ainsi que le coordinateur de l’instance présidentielle du FFS, Ali Laskri. La veuve du chanteur assassiné Matoub Lounès, Nadia, était également présente pour apporter, elle aussi, son soutien aux jeunes détenus.

Vers 12h, à l’ouverture du premier dossier sur les 10 programmés pour la journée d’hier, la salle d’audience était déjà pleine comme un œuf. La nombreuse assistance avait du mal à entendre les plaidoiries des dizaines d’avocats qui ont tenté de convaincre, arguments à l’appui, le président du tribunal que ce procès ne devrait pas avoir lieu, tant l’accusation est infondée et préfabriquée.

La foule a réagi à chacun des arguments avancés par la défense, tantôt par des applaudissements, tantôt en lançant des slogans appelant à l’instauration d’une Algérie libre et démocratique. Les présents ont continué à suivre le déroulement du procès, qui se poursuivait encore au moment où nous mettions sous presse, avec l’espoir de voir tous les détenus acquittés et libérés après plus de quatre mois d’une détention qualifiée d’abusive…

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