Hydrocarbures: quelle approche doivent adopter les USA avec l’Algérie?

En septembre dernier, des députés américains du parti républicain avaient adressé une lettre au Secrétaire d’État à travers laquelle ils lui avaient demandé de sanctionner l’Algérie en raison d’un contrat d’armement de 7 milliards de dollars avec la Russie. Face à ces voix inquiètes des relations entre Alger et Moscou, quelle approche doit adopter Washington avec l’Algérie qui est l’un des plus importants producteurs de gaz et de pétrole dans le monde ?

Dans un article rendu public hier sur le site spécialisé OilPrice, le chercheur américain James Durso s’est penché sur cette question et a affirmé qu’ « il n’était pas dans l’intérêt des États-Unis de sanctionner un acteur aussi important que l’Algérie ». En effet, selon lui, « Washington doit adopter une approche plus conviviale avec l’Algérie, qui est un important producteur de pétrole et de gaz dans le monde ». « … elle exporte 85 % de son gaz vers l’Europe », a-t-il noté.

Citant le service de recherche du Congrès américain, le chercheur a fait savoir que « l’Algérie possédait respectivement les 11ᵉ et 16ᵉ plus grandes réserves prouvées de gaz naturel et de pétrole dans le monde » ; et qu’ « elle était le 10ᵉ plus grand producteur de gaz naturel en 2019 et possédait la 3ᵉ plus grande réserve de gaz de schiste récupérable dans le monde ».

Par ailleurs, le chercheur américain n’a pas manqué de souligner le fait que « l’Algérie était la 4ᵉ économie d’Afrique avec un PIB de 167,98 milliards de dollars en 2021 ». « Les revenus pétroliers et gaziers ont augmenté de 70 % au premier semestre de 2022… Les revenus énergétiques devraient atteindre les 50 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année », a-t-il encore révélé, notant que l’économie nationale « avait augmenté de 3.9 % au cours des neufs premiers mois de 2021 ».

James Durso évoque les relations entre l’Algérie et les USA

En outre, James Durso a affirmé que « l’Algérie et les États-Unis entretiennent des relations positives qui remontent aux années 1960 », avec le Président Kennedy qui soutenait l’indépendance de notre pays. « L’Algérie a servi de médiateur dans les négociations entre les États-Unis et l’Iran qui ont permis de libérer 52 otages américains après 444 jours de captivité. L’Algérie a aussi offert son soutien aux États-Unis à la suite des événements du 11 septembre et a coopéré aux opérations de lutte contre le terrorisme », a rappelé le chercheur américain dans son article.

Toutefois, le même spécialiste a aussi souligné les divergences de points de vue entre les deux pays sur certains points. À cet effet, il a notamment rappelé le fait que « l’Algérie critiquait sévèrement Israël », et qu’ « elle s’était opposée à l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et à l’invasion de l’OTAN en Libye en 2011 et avait dénoncé les Accords d’Abraham qui reconnaissent les revendications marocaines concernant le dossier Sahraoui ».

D’ailleurs, il a saisi l’occasion pour rappeler que « les relations entre Alger et Moscou remontaient aux années 1950, lorsque l’Union soviétique avait apporté son aide à l’Algérie, puis en 1960, quand les Soviétiques furent les premiers à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) ». « L’Algérie est une ancienne colonie française… Le pays trace une voie indépendante… et entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine », a encore écrit James Durso.

De plus, il a également évoqué la récente demande que l’Algérie avait introduite en Égypte pour intégrer le groupe BRICS (Brésil-Russie-Inde-Chine-Afrique du Sud), rajoutant qu’un observateur avait indiqué que « les BRICS pourraient devenir « l’alliance mondiale des produits de base » avec la Chine comme centre de fabrication et l’Inde comme centre de services ».

Pourquoi les relations entre l’Algérie et la Russie inquiètent les Américains ?

Évoquant de nouveaux le Sénateur Marco Rubio et les membres du Congrès américain qui avaient appelé à sanctionner l’Algérie à cause de son contrat d’armement « conséquent » avec la Russie, James Durso a indiqué que « la mentalité américaine du « vous êtes soit avec nous, soit avec les terroristes » ne tenait pas compte de la coopération passée et des relations positives ».

« Washington est apparemment incapable de croire qu’une nation puisse préférer s’occuper d’abord de ses propres intérêts et voit toute réticence à se placer sous l’emprise de l’Amérique comme se rangeant du côté de l’ennemi du jour« , a encore soutenu le chercheur américain.

Ainsi, l’auteur de l’article a souhaité que « les « têtes froides » prennent l’avantage et l’emportent » et que « Washington ne s’aliène pas un pays avec lequel l’Union européenne cherche « un partenariat stratégique à long terme » pour le gaz naturel et l’électricité » ; et avec lequel « la France cherche à réparer les relations via la coopération économique, malgré le fait que la Chine soit désormais le plus grand partenaire économique de l’Algérie ».

En effet, il convient de rappeler que la guerre en Ukraine a plongé l’Europe dans une crise sans précédent, notamment avec la suspension des livraisons de gaz russes. Ainsi, plusieurs pays européens ont placé l’Algérie dans leur viseur pour palier aux hydrocarbures russes, à l’instar de l’Italie avec qui l’Algérie a augmenté ses livraisons de gaz.

« Mais en fait, l’Europe peut être un avocat efficace de l’Algérie à Washington, si elle peut faire comprendre à l’administration que l’intérêt de l’Amérique dans une Europe sûre est mieux servi par une Algérie cordiale avec les États-Unis, mais indépendante, ne cherchant qu’à progresser en des relations mutuellement respectueuses avec des partenaires pratiques », a conclu James Durso.