Hausse inquiétante du nombre de cas covid-19 : Les aléas des discours rassurants


Faut-il alarmer la population ou, au contraire, la rassurer par rapport à cette recrudescence des cas de contamination à la Covid-19 ? La question mérite d’être posée au vu des chiffres communiqués par les autorités sanitaires ces derniers jours.

Avant-hier, l’Algérie a connu son plus haut nombre de cas depuis l’apparition de cette pandémie dans le pays, avec 283 cas. Et tout indique, a priori, que cette tendance haussière se poursuivra dans les tout prochains jours. Heureusement que jusque-là la courbe des cas de décès ne semble pas prendre la même trajectoire.

Lors de son point de presse quotidien, consacré au bilan, le docteur Djamel Fourar, porte-parole du comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, a affirmé, comme il le fait d’ailleurs à chaque fois, que «la situation épidémiologique actuelle exige de tout citoyen vigilance et observation des règles d’hygiène et de distanciation physique, rappelant l’obligation du respect du confinement et du port du masque».

En effet, après l’entame d’un processus de déconfinement (réduction des heures de confinement, réouverture de certains commerces et reprise des transports en commun), il y a deux semaines, plus d’un a remarqué un certain relâchement ou plus précisément de non-respect des mesures de distanciation et de protection (port du masque).

Des réflexes qui n’arrivent pas à se mettre en place pour l’instant et qui pourraient, éventuellement, compliquer d’avantage la situation dans les prochains jours.

Dans l’entretien qu’il nous a accordé, et paru hier, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid, a préféré être rassurant, même s’il n’a pas écarté l’éventualité d’un «confinement des localités à forte contamination». «Je ne pense pas qu’il y a lieu de s’inquiéter.

La situation n’est pas alarmante malgré cette recrudescence qui est, je le rappelle, mondiale», a-t-il répondu à propos de l’actuelle situation dans le pays. Bien évidemment, le ministre de la Santé n’est pas le premier responsable a préféré adopter un discours rassurant.

La phrase «la situation est sous contrôle» a été prononcée par plusieurs responsables, dont le président de la République, à maintes occasions.

Or, sur le terrain, de plus en plus de médecins sont entrain d’alerter la population, notamment ces derniers jours, sur l’aggravation de la situation. Si les responsables du secteur de la santé continuent d’affirmer que les taux d’occupation des lits sont assez faibles, certaines sources locales indiquent par contre qu’il y a une «pression» accrue et même une saturation dans certains cas.

Il y a une semaine, le 22 juin plus précisément, le wali de Constantine, Ahmed Abdelhafid Saci, a affirmé dans des propos repris par l’APS, en marge d’une rencontre sur le coronavirus, à propos de la saturation des services dédiés à cette pandémie que «85 lits supplémentaires seront mis à la disposition des équipes médicales chargées de la prise en charge des cas Covid-19».

Donc, il est clair que dans certaines wilayas, il y a saturation. Ne faut-il pas adopter un ton moins rassurant ? Affirmer à chaque fois que la situation «n’est pas alarmante», que le protocole à base de chloroquine donne de bons résultats et que le taux d’occupation en réanimation est assez faible, ne provoque-t-il pas l’effet inverse, c’est-à-dire un relâchement de la part de la population ?

Ceci sachant qu’il y a déjà des questionnements par rapport aux chiffres communiqués. Plusieurs intervenants se plaignent de l’absence de données précises à l’échelle locale. Selon des informations, les autorités avaient demandé aux responsables locaux de ne plus rendre publics leurs bilans quotidiens.

C’est ce qui a fait, la nature ayant horreur du vide, que les «fake news» prolifèrent, au point où dans certaines localités les habitants ne savent plus à quel sain se vouer. N’est-il pas préférable de communiquer tous les détails relatifs à la propagation de la Covid-19, même au niveau local ?

C’est souvent l’absence d’informations qui crée l’incompréhension, et par la suite la suspicion. Et s’il y a un risque que la situation se complique dans les prochains jours, le pays gagnerait à ce que la population ait une vue exacte et d’ensemble de la gravité du moment.

C’est ainsi que, par exemple, dans le cas d’un reconfinement, à l’échelle de wilayas complètes ou de localités, les citoyens seront certainement plus disposés à s’y soumettre. 

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