Hamid Belkessam. Président de l’association Récifs : «Le rôle du mouvement associatif se limite à actionner des alarmes»


Qui sont les «Eboueurs de la mer»? Pourriez-vous revenir sur les initiatives et actions de nettoyage des plages menées par ces équipes ?

Recifs (www.recifs-dz.org) est une association créée en 1993 par des plongeurs et des universitaires, qui milite pour la connaissance et la préservation du milieu marin par tous et pour tous. Recifs rassemble de nombreux universitaires et cadres des secteurs public et privé, autour de thèmes et de problèmes d’intérêt général et qui mettent en partage leur savoir et leur savoir-faire pour la recherche de l’innovation et l’excellence dans les projets et les activités que l’association organise. L’aventure des «Eboueurs de la mer» a commencé en 1993 lorsqu’un groupe de plongeurs et dans l’euphorie du siège (un ex-Souk El Fellah) qu’il venait d’occuper décide de nettoyer la plage du port de Tamentfoust (extrémité-est de la baie d’Alger). C’est-à-dire juste en face de leur siège. Nous sommes en 1993 et pour ces plongeurs «très écolo» baignant dans l’esprit de l’agenda 21 du Sommet de la Terre de Rio, c’était là une action somme toute logique.

La première opération «Eboueurs de la mer» à la fin de juillet 1993 s’était déclinée en deux phases : la récupération de macro-déchets par des plongeurs de l’association et le nettoyage de la plage du port. C’est ainsi qu’est née l’opération «Eboueurs de la mer». En 2004, la Chaîne III de la Radio algérienne et le groupe Sonelgaz ont rejoint l’opération, ce qui a donné une autre envergure à l’opération. En 2013, il y a eu plus de 32 000 volontaires sur les 14 wilayas côtières, et grâce à un partenariat Radio algérienne – Copeam (Conférence permanente de l’audiovisuel méditerranéen), l’opération s’est déroulée aussi en Croatie, en Roumanie et en France. Et l’aventure continue.

Quel constat faites-vous de l’état de la côte algérienne actuellement, notamment en rapport avec les différentes menaces qui guettent le littoral (l’urbanisation, la pollution et la surexploitation des ressources naturelles) ?

A l’instar des autres littoraux du globe, le littoral algérien est, par endroits, surexploité. De ce fait, cette surexploitation rend la côte plus vulnérable à certains risques côtiers, comme l’érosion et la submersion marine. Bien que certaines zones côtières restent encore à l’état naturel ou presque, plusieurs zones côtières, notamment celles urbanisées ou environnant les occupations anthropiques, présentent actuellement certains signes de faiblesse.

A titre d’exemple, bien que les dunes soient le bouclier protégeant le littoral contre d’éventuelles inondations littorales, plusieurs zones dunaires sont fragilisées, rendant ainsi le relief côtier de plus en plus bas. Aussi, certaines falaises littorales montrent des signes de faiblesse, où le risque d’effondrement est élevé.

Enfin, la pollution marine, engendrée directement en mer ou transportée depuis le continent à travers les oueds exoréiques, rend la côte plus vulnérable à l’érosion marine, et ce, à travers la détérioration des herbiers de posidonie. Ces derniers, sensibles à la qualité de l’eau de mer, ont, entre autres, un rôle important dans la stabilisation des fonds côtiers.

Les initiatives dispersées des associations à caractère écologique peuvent-elles à elles seules garantir la préservation de l’environnement marin?

Absolument pas ! Alors là, pas du tout. Le rôle du mouvement associatif se limite à actionner des alarmes et faire de la sensibilisation par des actions plus au moins régulières. Les associations peuvent être partenaires des structures institutionnelles en charge de la préservation de l’environnement, mais la «garantie de la préservation de l’environnement marin» relève des institutions de l’Etat.

On assiste ces dernières années à l’adhésion forte des différentes catégories de la société aux actions visant la protection de la nature. Parallèlement, des atteintes à l’environnement (feux de forêts volontaires, les ordures ménagères jetées anarchiquement, la pollution du littoral…) se multiplient. Comment expliquez-vous ce contraste ?

S’il est vrai qu’il y a un peu plus d’implication de la société civile pour tout ce qui touche à la chose environnementale, cela n’empêche pas une forte augmentation des atteintes à l’environnement. Il faudra adopter la politique de «la carotte et du bâton». Plus de sensibilisation à tous les niveaux, avec en parallèle la généralisation du principe du pollueur payeur.

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