Hacène Menouar. Président de l’Association nationale pour la protection des consommateurs, El Aman :«L’absence d’organisation des filières agricoles facilite la spéculation»


– Votre association El Aman a appelé les Algériens à consommer les produits agricoles, afin «d’aider les producteurs et leur éviter la faillite». Des détails sur l’appel…

Même s’il n’a pas été bien suivi, le confinement a engendré une baisse considérable de la consommation, du moment que les citoyens ont évité de sortir les premières semaines de confinement. Les restaurants ont été fermés et la restauration collective à été arrêtée à cause aussi de la crise financière qui a induit un recul des dépenses.

Tout ceci a causé un déséquilibre dans le marché des produits agricoles, comme sur d’autres produits. La bonne saison de récolte et les efforts des agriculteurs, qui n’avaient pas diminué leurs horaires de travail vu que cette activité n’a pas été concernée par les restrictions sanitaires, ont fait que l’offre sur le marché a nettement augmenté par rapport à la demande.

Et comme il n’y a pas de politique protectionniste et en l’absence d’infrastructures et de système de régulation, les agriculteurs ont été contraints à liquider leurs récoltes en accusant des pertes financières importantes, faisant face à une faillite sûre et certaine.

C’est pour cela, et dans l’intérêt de protéger les consommateurs contre une rarification des produits agricoles les saisons prochaines et évidemment une hausse des prix fatale, nous voulons sincèrement être solidaires avec les producteurs pour ainsi régler le marché nous-mêmes et profiter en même temps pour améliorer nos habitudes alimentaires en privilégiant les légumes de saison.

– Les prix des produits agricoles mais surtout carnés ont connu une hausse en ces jours de Ramadhan. Comment l’expliquez-vous?

C’est l’absence d’une bonne organisation du marché qui fait que les prix descendent et montent subitement et sensiblement. Evidemment l’absence d’organisation des filières et leur manque de professionnalisation ouvrent la voie aux opérateurs malveillants pour enclencher leurs manœuvres de spéculation et profiter au maximum à chaque occasion de crise.

– Des mesures ont été annoncées par les pouvoirs publics pour réduire les prix, mais sans provoquer d’effet sur la mercuriale. Que faudra-t-il, selon vous, faire pour «contrôler» plus efficacement le marché et ainsi protéger le pouvoir d’achat des Algériens ?

Les mesures prises par les pouvoirs publics restent plus des actions politiques et populistes. Il y a un manque flagrant d’actions salvatrices et de mesures franches, sereines et pérennes.

Il faudrait d’abord  procéder au vrai cadastre du foncier agricole, recenser les surfaces cultivables, établir les programmes et plannings de production, optimiser les ressources, varier les cultures, investir dans l’industrie de transformation des légumes et fruits, professionnaliser la chaîne de distribution et puis répertorier et officialiser tous les intervenants, pour ainsi prétendre pratiquer le contrôle et imposer des marges aux commerçants ou même plafonner les prix, comme le réclament certains.

A l’heure actuelle, le marché des produits agricoles est soumis au diktat des mandataires et des intermédiaires Illégaux. Qui contrôler alors ? Le contrôle doit s’imposer sur toute la chaîne, de l’exploitation au revendeur final. Sans cela, le consommateur va toujours peiner…

– Quel a été l’impact de la crise sanitaire dans cette situation ?

La crise sanitaire à mis à nu la mauvaise gestion qui traîne depuis des dizaines d’années. Cette crise a aussi démontré que le secteur de l’agriculture n’avait pas besoin d’autant d’offices et d’organisations soi-disant professionnels qui n’ont finalement rien apporté au secteur et surtout dans les moments cruciaux.

Les pouvoirs publics vont normalement changer de politique et donner plus d’intérêt à la concrétisation des vraies actions salvatrices et aux vrais projets qu’ils soient en termes de réglementation, de recherche, de formation, de réalisation d’infrastructures ou de contrôle.

La crise sanitaire a aussi suscité un intérêt soudain des consommateurs pour leur santé et de leur immunité, ce qui va probablement les orienter à consommer plus sain, donc plus de légumes et de fruits de saison.

– Un appel pour l’Aïd…

L’association El Aman appelle les citoyens algériens à plus de vigilance par rapport au coronavirus, à rester confinés au maximum, respecter toutes les mesures sanitaires, mais aussi, passer un Aïd religieusement simple, serein et sain.

L’exception de la situation pandémique devrait nous apprendre à fêter l’Aïd sans excès, c’est-à-dire se contenter des habits des occasions précédentes, de rendre «visite» à nos proches virtuellement, ne pas exagérer dans la préparation des gâteaux, déjà très nocifs pour la santé.

Et surtout s’adonner au recueillement et à plus de compassion pour les familles qui ont perdu des proches pendant cette pandémie, sans oublier ceux aussi qui sont au front, comme les médecins et le personnel paramédical dans les hôpitaux.

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