Grave détérioration de l’état de santé du général à la retraite Hocine Benhadid : Son avocat exige un «transfert urgent vers une clinique avant qu’il ne soit trop tard»


Poursuivi et détenu depuis le 12 mai dernier à El Harrach pour «avoir participé en connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale», le général à la retraite Hocine Benhadid «se porte très mal» en raison de la «détérioration» de son état de santé au pavillon pénitentiaire de l’hôpital Mustapha, à Alger, après une deuxième opération chirurgicale subie mardi dernier.

A la veille du dépôt de la deuxième demande de mise en liberté, son avocat, Me Bachir Mechri, alerte l’opinion publique et en même temps accuse le juge d’instruction «d’abuser de son pouvoir pour maintenir la détention alors que l’instruction a pris fin». «Nous savons de sources fiables proches de l’équipe médicale que la plaie de la seconde opération chirurgicale s’est infectée en raison de l’absence d’aseptisation du service où il est hospitalisé, d’une part, et de la détérioration de son état de santé, d’autre part.

De ce fait, et avant que l’infection n’atteigne les os et devienne intraitable et qu’il soit trop tard, nous demandons l’évacuation urgente du prévenu vers une clinique spécialisée qui assure les conditions d’hygiène et de soins», écrit Me Bachir Mechri en précisant que l’instruction avec Benhadid a pris fin, mais «le juge d’instruction abuse de son pouvoir puisqu’il n’a pris aucun acte de procédure dans le but de prolonger délibérément sa détention provisoire mettant ainsi sa vie en danger.» Le général à la retraite avait été inculpé et placé sous mandat de dépôt, à la prison d’El Harrach, alors que son état de santé, affecté par de lourdes maladies, était sévèrement dégradé ne pouvant ni parler ni se tenir debout. «C’est sur une chaise roulante qu’il est déplacé entre la prison et le tribunal de Sidi M’hamed, pour être entendu.

Il a fait une chute qui lui a causé une fracture au bassin, nécessitant une intervention chirurgicale à l’hôpital Mustapha, où il a été gardé en convalescence au pavillon pénitentiaire. Notre première demande de mise en liberté a été rejetée, malgré l’état de santé du prévenu. Malheureusement, cette opération n’a pas réussi, nécessitant une autre intervention, subie mardi dernier au même service, à la veille de son procès en appel à la cour d’Alger.

Les conditions d’hygiène n’étant pas garanties, M. Benhadid a encore une fois rechuté, avec une infection de la plaie. S’il n’est pas évacué rapidement vers d’autres structures plus aptes à stopper l’infection, il risque de perdre la vie», déclare Me Mechri.

Il est à rappeler que le général à la retraite, Hocine Benhadid, a été incarcéré le 12 mai dernier à la suite de la lettre adressée au général de corps d’armée, le chef d’état-major de l’Anp et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, qu’il avait publiée dans les colonnes d’El Watan le 25 avril dernier. Dans cette lettre, M. Benhadid exprimait sa vision sur la crise que traverse le pays et conseille au chef d’état-major de l’Anp à adopter des solutions politiques.

Des propos que le juge d’instruction a qualifié d’«entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale», un grief pour lequel il a été placé en détention. Pour son avocat, «cette inculpation ne repose sur aucune preuve. Le contenu de la lettre rend hommage à Gaïd Salah, et à aucun moment il ne nuit au moral des troupes. M. Benhadid a tendu la main au chef d’état-major.

Le contenu de la lettre est une offre d’aide pour sortir le pays de la crise.» Me Mechri s’est d’ailleurs interrogé sur le fait que dans ce dossier il n’y a aucune plainte ni partie civile. «S’il y a entreprise de déstabilisation de l’armée, pourquoi n’y a-t-il pas de partie civile ? Qui a engagé la poursuite ? Je ne pense pas que l’auteur est le vice-ministre de la Défense. Si c’est le cas, cela veut dire que ceux qui lui ont fait la lecture de la lettre de Benhadid voulaient en réalité porter atteinte à son image par une affaire qui risque de se terminer très mal…» Force est de constater que la justice se retrouve encore une fois face à la grande problématique de la détention provisoire.

Deux hommes sont déjà morts en détention, le journaliste Mohamed Tamalt et le militant des droits de l’homme, Kamel Eddine Fekhar, non pas à cause des conditions d’incarcération, mais parce que la détention elle-même était injuste et n’aurait pas dû être décidée. Hocine Benhadid a dépassé les 70 ans. Il est gravement malade. Sa place n’est pas dans un pavillon hospitalier pénitentiaire où les risques de contamination par les maladies nosocomiales sont très élevés.

Sa prise en charge médicale doit se faire dans de bonnes conditions d’hygiène et la présence de sa famille pour espérer s’en sortir. Le maintenir en détention en dépit de la détérioration de sa santé, c’est le condamner à une mort certaine, dont sera comptable la justice et ceux qui sont à l’origine de son incarcération. 

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