Foules compactes, slogans affûtés


Khaoua, khaoua, zkara fi Bouteflika (Frères, frères, tant pis pour Bouteflika). La foule des manifestants grossissait au fur et à mesure que les jeunes des quartiers limitrophes affluaient vers la place du 1er Mai (Alger). Ils scandaient des slogans hostiles au 5e mandat. Florilège.

Les jeunes, encadrés par des policiers antiémeute, brandissaient des pancartes sur lesquelles étaient inscrits en grosses lettre noires et rouges : «Non au 5e mandat», «La likhiyanat echa3b» (Non à la trahison du peuple), «Echaâb youridou iskat nidham» (Le peuple veut la chute du régime)…
Les manifestants, visiblement bien préparés, ont repris en chœur des mots d’ordre hostiles au régime en place. Leur cible première : le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika. «Bouteflika dégage», «Bouteflika y a el Marroki, maqach 3ouhda khamissa» (Bouteflika, le Marocain, pas de 5e mandat), «Makach rais, kayen tassouira» (Y a pas de Président, nous avons une photo).

Lancés contre un Président aphone, les slogans sont ceux criés dans les stades qui servent depuis quelques mois de répétition générale à une jeunesse à bout. Le match qui devait opposer l’USM El Harrach au RC Kouba, prévu hier, a été reporté par la Ligue de football sans aucune raison «valable» à part la crainte d’affrontements à la sortie du stade. Le frère et conseiller du Président, Said Bouteflika, en a pris pour son grade : « Cha3ab layourid Bouteflika oua Said» (Le peuple ne veut ni de Bouteflika ni de Said».

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, est aussi étrillé par des marcheurs massés devant le Palais du gouvernement, dont le portail principal est bloqué par un camion de la police. «Bouteflika, houkouma irhabiya» (Bouteflika, gouvernement terroriste), «Ouyahia, ssarak el maliya» (Ouyahia, voleur), «Ouyahia ya djabane, echa3b machi farhane » (Ouyahia, le pleutre, le peuple n’est pas content), allusion à la phrase lancée par Premier ministre et SG du RND, qui a parlé, lors d’une déclaration en marge du sommet de l’Union africaine, d’un «peuple heureux de la candidature» de Bouteflika.

Le parti au pouvoir, le FLN, est aussi cité dans les slogans. «FLN dégage» est lancé, les bras tendus, par une foule très remontée devant la Kasma du FLN au Telemly (rue Krim Belkacem) fermée à double tour… Les partisans du 5e mandat avaient eu aussi leur lot d’attaques. «Zawaliya khatina El Kachir» (Démunis, mais ne nous voulons pas de cachir), ont repris les marcheurs.

Image très plaisante vue sur le «Pont des suicidés» du Telemly : un manifestant, bien inspiré, a brandi un boudin, allusion au repas froid distribué aux «soutiens» du 5e mandat, qui s’étaient rassemblés, le 9 février, au meeting de la coupole à l’appel du FLN. Des partis et des personnalités politiques ont mis en garde ces derniers contre les manipulations et la casse suite à l’appel anonyme lancé sur les réseaux sociaux.

En réponse aux critiques sur d’éventuels dérapages et de la présence des casseurs dans la foule, des mots d’apaisement sont lancés en direction des policiers antiémeute qui ont reçu l’ordre de ne pas réprimer : «Silmiya» (pacifique), «la taksir, la takhrib, nahnou nouridou ettaghyir» (pas de casse, nous voulons le changement).

Une phrase est également dans toutes les bouches : «Chaab et Chorta khawa khawa» (peuple et policiers sont frères). Des slogans répétés à l’unisson par les démocrates et les partis laïcs sont remis au goût du jour par de jeunes manifestants dont certains n’ont point connu la période de la ferveur militante des années 1990 : « Pouvoir assassin », «Djazair hourra democratia» (Algérie libre et démocratique». Mais point de slogans islamistes comme avaient l’habitude les Algériens d’entendre particulièrement à Alger.

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